Madame Sima Samar
Lauréate du Prix John-Humphrey pour la liberté 2001
Notice biographique
Photo par: Olivia Heussler.
Au risque de sa propre sécurité, la docteure Samar a défié les décrets des Talibans qui privent les femmes et les filles de leurs droits fondamentaux à l'instruction, à l'emploi, à la liberté de mouvement et à l'accès aux soins médicaux. Elle administre depuis 1989 des écoles de filles et des cliniques médicales dans de nombreuses provinces de l'Afghanistan ainsi que dans le camp de réfugiés de Quetta, au Pakistan. Avec une extraordinaire détermination, elle s'est toujours efforcée d'aider les femmes afghanes dans leurs luttes contre l'oppression tout en leur donnant accès à des services de santé et des programmes d'instruction. Elle milite aussi pour l'implication des femmes afghanes au gouvernement et dans la reconstruction de la société civile en Afghanistan.
Sima Samar est née en février 1957 à Ghazani, en Afghanistan. Enfant, elle a appris à l'école ce que signifiait appartenir à une minorité dans un pays dominé par l'ethnie pachtoune. Elle est en effet Hazara, l'une des minorités ethniques les plus persécutées d'Afghanistan et qui représente environ 17% de la population. Doublement opprimée parce que membre d'une minorité et femme vivant dans une société musulmane conservatrice, elle s'est mariée à l'âge de 18 ans et a entrepris des études de médecine. Première femme hazara à le faire, elle a obtenu son diplôme de docteur en médecine à l'Université de Kaboul en février 1982. Après l'invasion russe, survenue peu de temps après, elle va aider, en tant que médecin, le mouvement de résistance contre les Soviétiques, les Mudjaheddin.

En 1984, son mari est arrêté et personne ne le reverra jamais. Sima s'enfuit alors avec son jeune fils au Pakistan et va exercer la médecine dans le camp de réfugiés installé dans la petite ville frontalière de Quetta. Des milliers d'Afghans qui ont fui leur pays ravagé par la guerre s'y entassent dans une misère épouvantable, en particulier les femmes à qui on interdit de consulter des hommes médecins, de sortir de chez elles pour travailler ou de fréquenter l'école. Avec d'autres femmes, Sima Samar met sur pied en 1987 son premier hôpital pour femmes et fonde deux ans plus tard l'Organisation Shuhada, un organisme non gouvernemental sans but lucratif voué à la reconstruction et au développement de l'Afghanistan et qui défend en particulier les intérêts des femmes et des enfants.
La docteure Samar et son équipe médicale administrent aujourd'hui quatre hôpitaux et dix cliniques en Afghanistan, ainsi qu'un hôpital à Quetta. Ces établissements dispensent les soins médicaux et les services d'éducation dont les femmes et les enfants afghans ont tant besoin. Désireuse de former une relève de femmes médecins, Sima Samar fournit également des cours de formation médicale dans les hôpitaux qu'elle administre. Elle a implanté des écoles dans les régions rurales d'Afghanistan que fréquentent plus de 20 000 écolières et elle s'occupe d'une autre école à Quetta qui accueille 1 000 fillettes réfugiées. Les programmes d'alphabétisation sont assortis de distribution d'aide alimentaire et de services d'information en matière d'hygiène et de planification des naissances. Des auxiliaires médicaux font en outre du travail de porte-à-porte. L'an dernier, les Talibans sont parvenus à fermer deux de ses établissements en Afghanistan, mais ses autres hôpitaux sont toujours en service.
La docteure Samar n'accepte pas que les femmes soient cloîtrées chez elles (la purdah qui les isole de l'espace public) et elle intervient contre le port de la burqa (vêtement qui les recouvre des pieds à la tête), imposé par les Talibans. Elle a également attiré l'attention sur le fait qu'un grand nombre de femmes de la région souffrent d'ostéomalacie, un ramollissement généralisé des os dû à des carences alimentaires. La burqa empêche toute exposition aux rayons du soleil, ce qui aggrave encore l'état des femmes atteintes d'ostéomalacie.
La docteure Samar milite en outre dans le réseau international Femmes vivant sous la loi musulmane qui entretient des contacts dans une quarantaine de pays et intervient vigoureusement devant les Nations Unies. Elle s'est vu décerner en 1984 le prestigieux prix Ramon Magsaysay pour son travail d'animation communautaire.