LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN COLOMBIE

Document de discussion par Eleanor Douglas
22 juin 2000



TABLE DES MATIÈRES

PRÉSENTATION

PREMIÈRE PARTIE

  1. Introduction : la Colombie à l'heure des choix

  1. Les intervenants armés et le processus de paix

  • 2.1. La montée de la terreur paramilitaire
  • 2.2. Les insurgés à la table de négociation
  • 2.2.1. Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)
  • 2.2.2. Armée de libération nationale (ELN)
  • 2.3. Des Forces armées colombiennes méfiantes

DEUXIÈME PARTIE

  1. Perspectives de paix

  • 3.1. La négociation d'un accord politique n'est pas une utopie
  • 3.2. Perspectives de paix de la société civile
  • 3.2.1. Réseaux nationaux chargés de coordonner la consolidation de la paix
  • 3.2.2. Perspectives des régions
  • 3.2.3. Consolidation de la paix et mouvement des droits humains
  • 3.2.4. Institutions de recherche
  • 3.2.5. Perspectives de paix des secteurs sociaux
  • 3.2.6. Les Églises
  • 3.3.7. La consolidation de la paix et les populations déplacées

  1. L'appui canadien à la paix en Colombie

  • 4.1. La politique étrangère du Canada
  • 4.1.1.Programmation de l'ACDI
  • 4.1.2. Politique relative au commerce et aux investissements
  • 4.2. Les intérêts croissants du secteur privé canadien en Colombie
  • 4.3. La société civile canadienne de plus en plus inquiète
  • 4.3.1. Églises canadiennes
  • 4.3.2. Solidarité et droits humains
  • 4.3.3. Organisations syndicales
  • 4.3.4. Organisations de femmes
  • 4.3.5. Organisations universitaires et de recherche
  • 4.3.6. Aide humanitaire
  • 4.3.7. Accompagnement
  • 4.3.8. Organisations de développement international

TROISIÈME PARTIE

  1. Conclusions et recommandations

  • 5.1. Résumé
  • 5.2. Recommandations générales
  • 5.3. Recommandations spécifiques
  • 5.3.1. Au gouvernement du Canada
  • 5.3.2. À la société civile
  • 5.3.3 Au monde des affaires




PRÉSENTATION

Le présent document, commandé par DROITS ET DÉMOCRATIE, se veut un outil de réflexion pour alimenter la discussion entre divers intervenants canadiens et colombiens sur les possibilités d'appui au processus de paix en cours en Colombie. Des échanges avec de nombreux Canadiens et Colombiens ainsi qu'une revue bibliographique de la documentation actuelle sur la situation dans ce pays ont enrichi la version préliminaire du document.

Droits et Démocratie est une organisation canadienne qui, de concert avec les groupes de citoyennes et citoyens et les gouvernements au Canada et à l'étranger, travaille à promouvoir les droits humains et démocratiques. Quatre thématiques générales orientent son travail : le développement démocratique et la justice, les droits des femmes, les droits des peuples autochtones et la mondialisation et les droits humains. Droits et Démocratie met l'accent sur la promotion et le renforcement des capacités et réunit des membres de la société civile et les gouvernements de différents pays pour discuter de questions fondamentales relatives aux droits humains et au développement démocratique. Il contribue à sensibiliser l'opinion publique, au Canada et à l'étranger, aux violations des droits humains et parraine des projets de recherche, des publications, des missions d'enquête et d'autres activités publiques.

Inquiète devant l'ampleur des violations des droits humains et en même temps encouragé par les initiatives du gouvernement de la Colombie, des deux principales organisations insurgées et de secteurs de plus en plus larges de la population désireux de construire la paix et de mettre fin à la guerre, Droits et Démocratie a décidé que le moment était venu d'évaluer la situation. Même si le processus de négociation entamé par le président Pastrana avec les groupes insurgés a été, et continuera d'être, complexe, l'espoir persiste qu'un accord politique négocié mettra éventuellement fin au conflit armé qui dure depuis maintenant trente ans. La consolidation de la paix, des institutions démocratiques, du respect des droits humains et de la justice constitue manifestement la lourde tâche à venir.

Le gouvernement du Canada, les institutions de recherche et universitaires, les ONG de développement canadiennes, les Églises, les groupes de droits humains ainsi que les organisations syndicales et humanitaires intensifient leur appui en réponse à l'appel des Colombiennes et Colombiens à une solidarité permanente et redoublée, à l'accompagnement politique et physique et à la reconnaissance du fragile processus de paix. En collaboration avec des interlocuteurs canadiens et colombiens, nous proposons une analyse de la situation et une discussion de propositions concrètes en vue de renforcer la paix, les droits humains et la justice. D'autres intervenants et intervenantes enrichiront cette première contribution à mesure que la discussion avancera.

L'auteure aimerait remercier tous ceux et celles qui ont collaboré à ce travail à ce jour, en Colombie et au Canada, convaincue qu'elle est que nos meilleurs efforts contribueront à étouffer le feu de la violence. Nous nous rappelons des braves hommes et femmes qui ont perdu leur vie, leurs proches, leur foyer ou leur gagne-pain dans la défense des droits humains, de la justice et de la paix en Colombie. Le 19 mai 2000, une foule, réunie pour commémorer avec tendresse la mort d'Elsa Alvarado et de Mario Calderon, des chercheurs du Centre jésuite de recherche et d'éducation populaire, assassinés il y a trois ans en compagnie du père d'Elsa, et celle de toutes les victimes de la terrible guerre en Colombie, a proclamé :

Nous nous engageons à aider la vie en donnant plus à la vie,
Nous promettons de nous élever contre les atrocités,
Nous promettons de négocier nos conflits,
aucun crime n'échappera à la main de la justice,
l'impunité ne doit plus être l'invitation à une nouvelle injustice,
Nous promettons de faire de la Colombie un chant de vie,
Nous nous engageons à renforcer la chaîne de la solidarité
Nous promettons de nous arrêter mille fois pour la paix,
Nous nous engageons à ne pas laisser nos morts mourir une deuxième fois
Nous promettons de faire de la Colombie un chant de vie.


PREMIÈRE PARTIE



1. INTRODUCTION : LA COLOMBIE À L'HEURE DES CHOIX

Alors que les citoyens concernés partout au monde, y compris les Canadiennes et les Canadiens, sont témoins des efforts concertés de plus en plus importants pour consolider la paix et mettre un terme à la guerre en Colombie, de nouvelles formes de participation apparaissent au sein d'un large « mouvement pour une paix durable » mal organisé. Cependant, alors qu'un nombre croissant d'institutions et d'organisations canadiennes participent ou s'intéressent aux efforts de paix, il existe en même temps une profonde préoccupation à l'égard du prolongement de la guerre et de l'ampleur des violations des droits humains.1 Les atrocités des paramilitaires se multiplient et sont incontrôlées. Les actes de terrorisme de la guérilla faussent encore plus la logique du conflit. L'impunité règne en maître. Le chômage se maintient à un niveau exceptionnellement élevé de 20 %. Il y aurait pas moins de 1,8 millions de personnes déplacées. Ce ne sont certainement pas des signes de paix.

Pourtant, le gouvernement du président Andrés Pastrana, même s'il met de l'avant des pourparlers directs avec les insurgés sans la participation d'autres intervenants, malgré son illégitimité croissante et en dépit de l'opposition des officiers de haut rang des Forces armées, parvient à garder les négociations de paix en vie. Cependant, le controversé programme militaire approuvé récemment par le Congrès des États-Unis, qui risque de faire pencher la balance en faveur de la guerre, constitue un point d'inquiétude sérieux pour les tenants d'un règlement politique négocié. En même temps, une myriade d'initiatives, importantes mais dispersées, menées par une large gamme d'intervenants de la société civile, comportant souvent des propositions divergeantes mais pas nécessairement contradictoires, occupent l'espace local, régional, national et international pour exiger que la société civile puisse participer à la définition des solutions à une guerre qui frappe avant tout la population civile. De braves femmes, hommes, filles et garçons participent quotidiennement à une multitude d'actions créatives et ingénieuses dans le but de préserver le rêve de paix, de justice, de respect des droits humains fondamentaux et le droit à une participation réelle à la vie politique.

Dans ce contexte, quels sont le rôle et les responsabilités du Canada devant la clameur des Colombiennes et Colombiens pour une solution, non seulement à la violence, mais aussi aux causes de cette guerre qui dure depuis plusieurs décennies? Existe-t-il des groupes particuliers d'intervenants canadiens en mesure de faire une contribution modeste, durable et pertinente au processus de paix? Quels sont les besoins à court terme et les objectifs à long terme de la consolidation de la paix en Colombie? Comment assurer la durabilité de la paix étant donné qu'il n'existe pas de solution rapide à cette situation complexe? Comment les Canadiennes et Canadiens peuvent-ils coordonner leurs efforts pour qu'ils soient aussi efficaces que possible, même s'ils ne partagent pas toujours la même vision de la situation actuelle, de ses causes et des pistes de solution possibles? Est-ce que les Canadiens et leurs institutions possèdent une expertise ou une expérience particulière utile aux Colombiens et Colombiennes travaillant à la consolidation de la paix? L'appui canadien sera relativement modeste – il faut qu'il contribue à renforcer, et non à affaiblir, les perspectives d'une paix durable.

La Colombie a commencé et terminé le vingtième siècle en proie à un conflit armé interne – un signe que le pays a éprouvé des difficultés à instaurer un État représentatif, mature et démocratique. La crise politique, sociale et économique actuelle, probablement la pire de ce siècle, est aggravée par divers problèmes dont plusieurs sont abordés dans le présent document. Sans être mélodramatique, il demeure qu'à moyen terme, les Colombiennes et Colombiens devront choisir entre imaginer et recréer leur patrie ou s'enliser durant de nombreuses années dans une violence et une crise croissantes.

Partout au monde, le processus de négociation d'accords mettant fin aux conflits enracinés et violents suivent un long chemin tortueux. La Colombie ne fera certainement pas exception à cette règle étant donné la grande complexité de sa situation. Comme le souligne Jaime Zuluaga Nieto à propos des événements récents :

« En 1982, le président Belisario Betancur fit approuver une généreuse loi d'amnistie par le Congrès et signa des accords de cessez-le-feu avec les FARC, le M-19 et la EPL (les organisations insurgées de l'époque). À la fin, il ne fut pas possible de maintenir ces accords et la guerre d'insurrection entra dans une nouvelle phase où la guérilla était renforcée, la légitimité politique du gouvernement érodée, les groupes paramilitaires en expansion à l'ombre de l'impunité officielle et en coordination avec des secteurs des forces armées, les droits humains systématiquement violés par les forces armées dans le cadre de leurs activités contreinsurrectionnelles et le narcoterrorisme en éruption. Dans ce contexte de violence généralisée et de crise de gouvernabilité, le gouvernement et le M-19 ont poursuivi le processus de paix. » 2

Et ce n'est que huit années plus tard que le M-19 a officiellement abandonné les armes et est entré sur la scène politique en tant que partie légitime. La conjoncture actuelle est beaucoup plus complexe; l'illégitimité perçue du gouvernement de l'heure est bien plus grande et la force militaire des FARC et de l'ELN plusieurs fois supérieure. Maintenir les objectifs à long terme sera de la plus haute importance alors que le processus devra surmonter les innombrables obstacles qui se dresseront sur son chemin. En fait, certains affirment que seule une vision à long terme permettra d'identifier une voie pour avancer.

1.1. ÉLÉMENTS DE LA CRISE POLITIQUE ACTUELLE EN COLOMBIE

Le présent document ne se veut pas une analyse exhaustive et académique de l'histoire de la crise actuelle en Colombie; l'auteure croit toutefois que cette crise est le fruit d'un long processus. La latinoaméricaniste Jenny Pearce affirme que « la recherche par Bolivar d'une formule d'État fort, cohérent et efficace... fut contrariée par la vision bornée des élites locales... qui se sont plongées dans leurs propres luttes de pouvoir durant les années post-révolutionnaires... L'État devint un outil de médiation par lequel les membres de l'élite gouvernante se répartissaient le pouvoir et les privilèges. L'ordre social s'est maintenu grâce à des loyautés clientélistes basées sur la manipulation politique, la corruption administrative et la répression. » 3

Le système du « gamonal », un système politique clientéliste à deux partis (libéral et conservateur), en place depuis plus d'un siècle et demi en Colombie, constitue un élément central de la crise politique actuelle. Le « gamonal », ou chef politique, a traditionnellement été un éleveur de bétail ou un grand propriétaire terrien qui exerçait son pouvoir politique aux niveaux local et régional et entretenait des liens avec les structures politiques nationales, principalement par le biais du Congrès. Au cours des dernières années, les « gamonales » colombiens ont tissé des liens importants avec des secteurs capitalistes modernes, souvent par le biais de tractations économiques douteuses, et fréquemment en collaboration avec les barons de la drogue.

« Les partis politiques colombiens, loin de baser leur légitimité sur la conviction que la diversité et la dissidence ne sont pas incompatibles ni en contradiction avec l'ordre public, se sont développés en tant que fédérations d'oligarchies locales et régionales liées au reste du pays à travers des bureaucraties centralisées. Dès le début, l'exclusion de la majorité de la population était un préalable. La force de ces partis se basait sur un sens de l'ordre ‘naturel' des choses et la négation sectaire de ‘l'autre'. »4

L'immobilisme du statu quo signifie que seule la violence permet de préserver les privilèges. Ce système politique verrouillé, obsolète, corrompu et violent a contrecarré la croissance d'alternatives politiques, même celles émergeant de l'intérieur de ses propres rangs.5

La crise de légitimité actuelle

La perception que le gouvernement Pastrana est illégitime et le vide de pouvoir qui en résulte augurent mal pour une consolidation de la paix durable.6 La corruption du Congrès et du pouvoir exécutif actuels, exposée en avril de cette année, a permis une fois de plus d'attirer l'attention sur les niveaux spectaculaires de corruption omniprésente au sein de la « classe » politique clientéliste. Cependant, comme à de nombreuses autres reprises dans l'histoire de la Colombie, le président Pastrana a été contraint de modérer son apparente indignation et a maintenant proposé la réalisation d'un « grand » accord national entre les partis (libéral et conservateur) portant sur les questions fondamentales que sont les relations internationales, le trafic des stupéfiants, le programme économique et les pourparlers de paix. S'agit-il encore d'une autre manœuvre politique visant à masquer les véritables enjeux, à trahir l'indignation populaire et à permettre aux criminels de rester impunis? Au cours de l'histoire récente du pays, l'élite gouvernante colombienne n'a offert que des solutions opportunistes, intéressées et à courte vue aux abus politiques profondément enracinés et ressentis qui se poursuivent toujours.

Concurrence entre différents intérêts économiques

Même si les conditions économiques et sociales se sont détériorées de façon spectaculaire ces dernières années – lesquelles sont de toute évidence liées au conflit armé en Colombie, et particulièrement à la violence sociale généralisée – d'autres pays ayant un pire bilan économique n'ont pas emprunté la même voie. La distribution très inégale du revenu et la pauvreté ne sont manifestement pas les seules causes de la guerre en Colombie. Beaucoup d'analystes affirment que de ces deux aspects, les inégalités sont beaucoup plus étroitement liées à la violence sociale que la pauvreté. En fait, au cours des 40 dernières années, la persistance de la violence politique n'a pas infléchi la croissance économique globale, ce qui amène certains analystes à réfléchir sur les liens possibles entre les deux phénomènes. Il n'est pas du ressort du présent ouvrage de déterminer si les intérêts économiques contradictoires des différentes parties au conflit (principe de la « cupidité ») constituent la source principale du conflit armé prolongé et de la violence croissante en Colombie; cependant, le corollaire de cette affirmation est qu'il serait par trop simpliste de considérer que la pauvreté et la mauvaise répartition des richesse (« injustice ») constituent l'explication unique du conflit armé. En Colombie, serait-il que les revendications politiques, économiques et sociales légitimes non résolues par les gouvernements successifs durant des décennies, se soient transformées, dans certains cas, en cupidité?

L'analyse du conflit colombien par les Colombiens et Colombiennes a tendance à se centrer principalement sur les griefs liés à l'exclusion politique, sociale et économique; toutefois, l'Académie mondiale pour la paix, tout comme plusieurs autres institutions, prenant en exemple la Colombie dans une recherche qu'elle mène actuellement sur les intérêts économiques dans les guerres civiles, nuance les analyses. Les conséquences d'une telle vision pour la compréhension de la « guerre » et de la « paix » sont extrêmement importantes, tout comme les recommandations programmatiques qui en découlent en vue de mettre un terme au premier et de consolider le second. Une hypothèse est que « des petits groupes d'élites politiques bien organisés ont souvent de solides motivations pour alimenter les conflits civils en raison des profits énormes qu'ils en tirent, grâce au contrôle qu'ils exercent sur le territoire et les moyens de violence ».7 En même temps, la mondialisation a permis à ces groupes de développer des échanges internationaux dont les profits sont parfois spectaculaires. Si les groupes qui « prospèrent » grâce à la guerre ne veulent pas la paix, toute solution durable nécessitera des accords basés sur une analyse rigoureuse tenant compte de leurs intérêts économiques. Une analyse succincte du conflit colombien indiquerait probablement que les intérêts économiques des élites participant au conflit sont sans aucun doute importants – intérêts militaires et économiques des États-Unis, profits de la production de coca et de pavot, trafic de la drogue, expansion paramilitaire, etc. Sans pouvoir poursuivre plus à fond l'analyse de cette question dans le présent ouvrage, nous affirmons que quelle que soit la cause principale du conflit (« cupidité » ou « injustice »), éventuellement déterminée dans des analyses ultérieures, tout projet politico-économique viable en temps de paix ne peut être identique à celui qui est à l'origine du conflit ou qui l'exacerbe.

1.2. INTENSIFICATION DE LA VIOLATION DES DROITS HUMAINS

Rendu public en avril 2000, le rapport du Bureau colombien du Comité des droits de l'homme des Nations Unies condamne vigoureusement l'incapacité et le manque de volonté politique du gouvernement colombien de faire face à la crise des droits humains qui n'a cessé de s'aggraver en 1999. Les événements de l'an 2000 montrent que la tragédie se poursuit. En résumé, le rapport « met à jour la fragilité et l'inefficacité de l'État dans la prévention des agressions et la protection d'un nombre important de personnes et de communautés menacées à travers le pays. ... on a assisté à une sérieuse détérioration du conflit armé au cours de l'année avec de graves conséquences pour la population civile; les paramilitaires ont intensifié les assassinats de civils alors que la guérilla a augmenté considérablement le nombre d'enlèvements, y compris les enlèvements massifs... le gouvernement n'a pas accordé suffisamment d'attention aux droits humains et n'a pas mis en application les recommandations internationales... étant donné la dégradation du conflit armé, aucune des parties aux hostilités n'a fait le moindre effort pour respecter les normes humanitaires minimales qui auraient soulagé la souffrance de la population civile... »8

Les vingt recommandations du rapport insistent pour que le gouvernement colombien respecte ses engagements antérieurs de protéger les droits des citoyens, de protéger les défenseurs des droits humains, de combattre et de démanteler les groupes paramilitaires et, pour y parvenir, de capturer, de juger et de punir tous ceux qui ont favorisé, organisé, dirigé, appuyé ou financé ces groupes, ou qui en ont fait partie y compris les fonctionnaires, et de démontrer au peuple colombien et à la communauté internationale qu'il est prêt à accorder la priorité à la protection des droits humains. De manière moins explicite, le rapport conseille vivement à toutes les parties au conflit de s'assurer que leurs actions respectent rigoureusement les principes du droit international humanitaire et de la protection de la population civile. À la 56e Session de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies tenue en avril 2000, les conférenciers se sont succédés pour reprocher au gouvernement de la Colombie d'avoir reculé sur la question de la protection des droits humains.

Comme il fallait s'y attendre, le gouvernement colombien était sur la défensive. Des porte-parole à la 56e Session à Genève tentèrent de justifier le gouvernement en insistant que le rapport accordait trop peu de place à ses efforts de négociation avec les insurgés. De plus, ils affirmèrent que le rapport minimisait le mépris croissant de la guérilla pour le droit humanitaire international que démontraient non seulement ses actes barbares contre la population civile mais aussi sa violation des droits économiques, sociaux et culturels des citoyens par l'enlèvement et l'extorsion. Dans sa réplique, le représentant du gouvernement de la Colombie déclara « que nous désirons réitérer que les groupes d'autodéfense actifs en Colombie n'entretiennent aucun lien avec le gouvernement ».9

Cependant, Anders Kompass, directeur du Bureau de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies en Colombie, rappelle que son bureau est chargé de surveiller la performance du gouvernement en matière de protection des droits des citoyens et citoyennes conformément au droit international, aux conventions signées par le gouvernement de la Colombie et aux vieilles promesses faites mais jamais tenues. La protection des droits est clairement une obligation constitutionnelle d'expliquer M. Kompass.

À la même session, la représentante du gouvernement du Canada, Kerry Buck, a déclaré que « la Colombie continue d'être une source de vive inquiétude pour notre gouvernement à la lumière de l'état lamentable des droits humains qui ne cesse de se détériorer. Le point le plus préoccupant concerne la collaboration entre des membres des forces armées et les paramilitaires illégaux. Nous nous préoccupons aussi au plus haut point des graves violations du droit humanitaire international commises par les groupes armés illégaux, notamment les enlèvements et le recrutement de mineurs... »10



1.3. INDIFFÉRENCE CROISSANTE À L'ÉGARD DES DROITS ÉCONOMIQUES, SOCIAUX ET CULTURELS

Les indicateurs de développement humain – notamment l'espérance de vie, le taux d'alphabétisme, le taux d'éducation primaire, l'accès à l'eau potable, aux égouts et aux sources d'énergie, et les niveaux généraux de revenu – se sont indubitablement améliorés en Colombie au cours des dernières décennies. Ces données générales cachent cependant les écarts existant entre les sexes, les régions, les classes sociales et les ethnies. De plus, les données ne fournissent aucun renseignement sur la qualité de vie d'un segment important de la population : les quelque 1,8 millions de personnes dont la vie a été violemment bouleversée par le conflit armé, qui ont été forcées de quitter la campagne pour s'entasser dans les bidonvilles des grandes villes et qui sont devenus invisibles en regard de leurs droits constitutionnels.

Une restructuration économique liée à la croissance des inégalités

Depuis le début des années 80, les politiques macro-économiques sont fondées sur le postulat que la restructuration de l'économie produit la croissance économique qui, à son tour, réduit la pauvreté et améliore la qualité de vie de la majorité. En Colombie, tout comme dans de nombreuses autres régions de la planète, cette hypothèse ne s'est pas confirmée. Au contraire, les réformes libérales ratées des 15 dernières années n'ont fait qu'augmenter la pauvreté, les inégalités, la concentration des revenus et le chômage. Selon une publication récente de la Plate-forme colombienne des droits humains, de la démocratie et du développement, une coalition de 71 institutions sociales, non gouvernementales et universitaires qui participe à un projet interaméricain d'intégration des droits humains et du développement, la polarisation croissante a signifié « que l'on assiste à une érosion visible des scénarios de dialogue possibles... là où la concertation et la résolution de conflits auraient dû être possibles. Le pays est plongé dans une crise économique d'une grande ampleur entraînant une réduction généralisée de la qualité de vie pour de larges segments de la population. »11

Selon la Plate-forme, les réformes économiques mises en œuvre depuis le début des années 80 pour répondre aux mandats internationaux de libéralisation des échanges, de déréglementation et de privatisation, et accélérées considérablement durant les mandats de César Gaviria (1990-1994) et du gouvernement actuel, ont ouvert une période de recul des principaux indices de développement humain. Durant la même période, la concentration de la richesse a été soutenue.12

Le rapport alternatif préparé par la Plate-forme colombienne des droits humains, de la démocratie et du développement constitue une excellente source de renseignements qui présente un portrait révélateur de l'état actuel des droits sociaux, économiques et culturels des peuples autochtones, des Afro-Colombiens, des femmes, des sans emploi et des enfants des deux sexes. Le droit à un travail décent s'érode encore plus à mesure que la crise s'approfondit. Les droits et libertés des syndicats, garantis en théorie par l'État colombien, sont menacés. À mesure que le taux de chômage passait de 10,5 % en 1994 à 20,7 % en 1998, les femmes, les jeunes travailleurs et ceux qui faisaient déjà partie des secteurs sociaux les moins bien nantis ont été particulièrement touchés. Une étude récente publiée par FEDSARROLLO, un institut colombien de recherche sociale, révèle que « à l'échelle nationale, 55 % de la population vit dans la pauvreté; ce chiffre augmente à 80 % à la campagne. De plus, 21 % de la population vit maintenant dans la pauvreté extrême. »13 Les femmes sont particulièrement touchées. L'augmentation de la pauvreté trouve son origine non pas dans la pénurie des ressources mais bien dans les profondes inégalités. La consolidation de la paix, qui requiert un climat de confiance et de tolérance, ne devient possible qu'une fois garanti le droit de la population à un niveau de vie adéquat; pour consolider la paix « à partir de la base », parmi les gens, il faut répondre aux besoins humains fondamentaux et renverser la tendance des dernières années.

La concentration des terres

Comme le conflit armé et les combats directs sont cantonnés essentiellement à la campagne, la question de la propriété de la terre est cruciale pour comprendre la violence actuelle et la culture des produits agricoles illicites (encore une fois, cette question ne sera pas examinée en détail dans le présent ouvrage). On a assisté au cours des deux dernières décennies à une concentration spectaculaire de la propriété des terres dans les régions rurales et en même temps à une réduction des superficies cultivées. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène :

  • les paramilitaires ont expulsé les petits et moyens exploitants agricoles et encouragé le processus de concentration des terres;
  • l'extension du conflit armé a élevé la pression sur les familles rurales les forçant à s'enfuir vers la sécurité des centres urbains;
  • les profits du trafic de la drogue, recyclés dans l'achat de grandes propriétés terriennes destinées principalement au pâturage du bétail, ont causé l'exode forcé des petits et moyens producteurs agricoles et le « départ volontaire » des grands producteurs;
  • finalement, la libéralisation des échanges a entraîné une augmentation spectaculaire de l'importation de produits alimentaires et une forte réduction des superficies cultivées.

Selon l'analyste agraire, Hector Mondragon, le paysan est confronté non seulement aux desseins des grands éleveurs et agriculteurs mais aussi au capital transnational qui accorde peu d'importance au secteur agricole productif à petite échelle de la Colombie. Les palmiers à huile, les bananes, les réserves forestières et la production de fruits exotiques ne sont que des suppléments économiques, et ce, au prix de la destruction de l'environnement. M. Mondragon affirme que l'expulsion constante des paysans pauvres est essentielle à la réalisation de projets d'importance dans le contexte de la mondialisation – projets miniers, pétroliers, hydroélectriques et d'infrastructures de transport. Hector-León Moncayo constate aussi que le conflit armé interne de la Colombie est toujours basé principalement dans les régions rurales. C'est une guerre paysanne. Comparativement aux décennies antérieures, ce qui a changé, c'est principalement l'importance actuelle de l'arrière-pays rural dans l'extraction des ressources naturelles, le principal secteur d'accès aux marchés mondialisés de la Colombie.14

1.4. VIOLENCE SOCIALE GÉNÉRALISÉE

La violence liée à la détérioration générale du conflit s'est ancrée dans l'existence même de la population, et l'énorme coût en vies humaines, les effets sur la santé mentale de la population et le déchirement généralisé du tissu social ont un effet paralysant. Pour concevoir une proposition de paix durable, il est utile d'élaborer un cadre d'analyse qui caractérise et distingue les multiples types de violence en Colombie.

Dans un projet réalisé pour la Banque mondiale, Caroline Moser15 a préparé un tel cadre qui établit des liens entre les scénarios individuel (histoire personnelle), interpersonnelle (le contexte immédiat dans lequel la violence se produit), institutionnelle (institutions formelles et informelles au travail et dans la communauté) et structurelle (structures politiques au niveau plus large) de la violence en Colombie. La violence structurelle englobe les autres types de violence et ainsi de suite de sorte que la violence individuelle est emboîtée dans les trois autres types de violence. Dans chaque partie de son cadre d'analyse, l'auteure mentionne de nombreuses causes de la violence et aboutit finalement à une analyse de la nature complexe et des dimensions multiples de la violence dans le pays. Elle ajoute qu'il existe des conditions spécifiques en Colombie qui sous-tendent les trois principales catégories de violence – politique, économique et sociale :

  • l'inefficacité de l'État dans plusieurs régions du pays;
  • la violence institutionnalisée de l'État est ignorée alors que la protestation sociale et politique est criminalisée;
  • les niveaux extrêmement élevés de corruption et d'impunité au sein des institutions étatiques;
  • l'usage de la violence comme moyen de résoudre les conflits jouit d'un niveau d'acceptation élevé au sein de la société;
  • des régionalismes historiques qui ont produit une fragmentation économique, politique et sociale;
  • l'autorité de l'État déléguée aux pouvoirs locaux de fait;
  • les liens complexes entre la violence rurale et urbaine.

1.5. IL FAUT QUE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE S'OCCUPE DES DÉPLACÉS

Le drame des populations déplacées mérite une attention particulière. Même si aucun chiffre exact ne fait consensus, des sources dignes de foi comme le CODHES (Bureau de consultation sur les droits humains et les personnes déplacées), UNICEF et le Bureau de mobilité sociale de l'Église catholique estiment qu'il y a 1,8 millions de personnes déplacées. La recrudescence de la confrontation armée, l'expansion territoriale des intervenants armés depuis 1985 et le non respect d'une définition des « combattants » et des « non-combattants » ont forcé des milliers de familles, paysannes pour la plupart, à s'enfuir. La grande majorité des réfugiés demeurent loin des regards du public. On les aperçoit seulement lors des déplacements massifs qui donnent lieu à la mise en place de refuges. Cependant, on observe maintenant une recrudescence des déplacements massifs qui, selon le Project Counselling Service, représentaient 21 % des déplacements en 1998.16

Les autres déplacés abandonnent leurs terres au compte-goutte. Une à une, les familles arrivent silencieusement dans les centres urbains et gonflent les rangs des pauvres en marge de la société. La plupart des personnes déplacées sont des femmes, des enfants et des adolescents dont les normes culturelles, le mode de vie, le gagne-pain et les liens familiaux et communautaires sont en lambeaux. Du jour au lendemain, ils deviennent des « personnes jetables » mal préparées pour revendiquer leurs droits constitutionnels fondamentaux.

La réponse du gouvernement à l'urgence a été extrêmement faible en dépit des recommandations répétées du rapporteur spécial des Nations Unies sur les déplacements forcés, Francis Deng. Les principales critiques à l'endroit du gouvernement sont la non prévention de tragédies prévisibles (notamment lorsque des massacres ou des assassinats ont été annoncés à l'avance), le manque de coordination, l'affectation de ressources insuffisantes et un manque de préoccupation déshumanisant pour le sort des personnes déplacées dont le nombre atteindra sans aucun doute 2 millions en l'an 2000. Même si le Réseau de solidarité sociale (Red de Solidaridad Social) est chargé de répondre à la crise des déplacés, on reconnaît en général qu'il n'a pas suffisamment de ressources humaines, financières et techniques. De plus, les déplacés doivent composer avec une lourde bureaucratie. La période d'aide de trois mois que le gouvernement accorde actuellement aux déplacés est cruellement insuffisante pour s'occuper des populations déracinées au moment même où elles vivent leur drame.

Les organisations internationales ont décidé d'intervenir. Le Comité international de la Croix-Rouge, le bureau local du haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCNUR) et le bureau du Haut Commissaire aux droits de l'homme des Nations Unies jouent un rôle de premier plan. De plus, les organisations internationales comme Peace Brigades et Médecins Sans Frontières jouent un rôle crucial d'accompagnement et d'aide humanitaire. De la même manière, plusieurs agences de développement mettent en œuvre des programmes d'aide d'urgence et de reconstruction économique à plus long terme mais sont bien conscientes que leur rôle doit être complémentaire. Il revient au gouvernement de développer des solutions à long terme.

Selon plusieurs organisations, dont le CODHES, la Commission de juristes de la Colombie, Human Rights Watch et le département d'État des États-Unis, les groupes paramilitaires sont la principale cause des expulsions, les civils fuyant les massacres, les assassinats sélectifs, la torture, les menaces et l'intimidation alors qu'on les accuse d'appartenir à un groupe de guérilla, de collaborer avec celui-ci ou d'y exprimer leur sympathie. Les mouvements insurgés sont également responsables de déplacements forcés, un phénomène que l'on observe de plus en plus fréquemment.

Malgré les nombreuses difficultés, les personnes déplacées continuent de s'organiser. À une conférence nationale en février 2000, elles ont pu témoigner directement de leurs préoccupations. Des petits groupes de personnes déplacées tentant de retourner dans leurs communautés, ou de s'établir ailleurs à la campagne, affrontent des obstacles insurmontables, l'insécurité permanente, la violence, les abus continuels et un labyrinthe impénétrable de procédures bureaucratiques. Les Communautés de Paix, un modèle de résistance pacifique créé pour affirmer le droit de demeurer neutre vis-à-vis tous les intervenants armés, y compris les Forces armées, participent à ces processus de retour dans les régions touchées par le conflit armé. Malgré l'admiration et l'accompagnement international qu'elles ont inspirés, ces communautés continuent d'être victimes d'assassinats et de massacres.

Le phénomène des déplacements comporte de nombreuses dimensions. C'est une crise humanitaire d'une ampleur sérieuse et croissante qui mérite une attention internationale concertée. L'exode des régions rurales ne constitue qu'une manifestation du conflit armé colombien; en même temps, il engendre davantage de violence dans les centres urbains surpeuplés et sous-équipés. La colonisation forcée repousse les limites de la frontière agricole du pays et à mesure que les groupes armés exercent leur contrôle territorial, le pays se fragmente encore plus. Le nombre croissant de familles forcées de fuir au-delà des frontières internationales, au Venezuela, au Panama, en Équateur, au Brésil et au Pérou ajoutent une autre dimension au conflit. À ce jour, les pays voisins ont traité ce problème de manière inhumaine en violant le droit international relatif aux réfugiés : ceux-ci sont forcés de retourner en Colombie contre leur gré. Il faudra attendre plusieurs années avant de pouvoir mesurer les conséquences de cette crise qui détruit la société rurale.

1.6. CRISE DE L'ADMINISTRATION DE LA JUSTICE

De nombreux livres ont été publiés sur l'état dysfonctionnel du système judiciaire de la Colombie. Comme l'affirme le Centre de recherche et d'enseignement sur les droits de la personne de l'Université d'Ottawa, la primauté du droit, le respect des droits humains et le gouvernement pour et par le peuple ne sont pas une réalité pour la plupart des peuples d'Amérique latine. La Colombie ne fait pas exception. « Le problème clé réside dans le refus de partager le pouvoir et l'abus du pouvoir par ceux qui le détiennent. Toute tentative de réformer le système qui ne s'attaque pas à cette question centrale est vouée tôt ou tard à l'échec. Nulle part ce problème est-il plus évident que dans le domaine de la réforme judiciaire et juridique. »17

Lorsque les citoyens considèrent que leur système judiciaire national n'est pas juste et légitime, l'activité criminelle se développe de manière exponentielle. Il n'y a pas de doute que la coexistence pacifique exige que tout le monde soit assujetti aux mêmes règles appliquées impartialement par un système judiciaire fonctionnel. Comme ce fondement n'a pas été développé, la solution a été de « se faire justice soi-même », ce qui accroît les niveaux de violence et d'impunité. « Un des problèmes les plus sérieux qu'affronte la Colombie depuis maintenant quelques décennies, malgré les réformes de 1991 à la Constitution politique, est l'efficacité de la justice, que reflètent le plus clairement la criminalité et l'impunité cachées. »18 Se faire justice et imposer ses propres intérêts sont devenus la méthode par excellence de résolution des conflits.

Dans la perspective des droits humains, l'impunité constitue l'aspect le plus dévastateur du système judiciaire dysfonctionnel colombien. Des rapports nationaux et internationaux révèlent un taux d'impunité de presque 100 % pour les cas de violation des droits humains, et des taux presque aussi élevés pour les autres types de crime. La grande majorité des crimes ne sont pas signalés. « En Colombie, les coûts sociaux de l'impunité sont énormes. L'impunité cache les crimes derrière un voile de silence, empêchant ainsi leur assimilation dans la conscience collective... L'impunité accentue la désintégration sociale des communautés en reproduisant la violence et maintient ces communautés dans un état de misère et d'amnésie. »19

Le système judiciaire militaire, chargé de juger les officiers supérieurs impliqués dans des crimes contre l'humanité, constitue une autre source de profonde préoccupation liée à l'impunité. Les récentes révisions apportées au code militaire, saluées par les autorités étasuniennes, ne sont toujours pas entrés en vigueur et des éléments clés de la nouvelle loi régissant le fonctionnement du système de justice militaire ont été modifiés à la dernière minute suite aux pressions du haut commandement militaire. Bien que les plus hautes cours de la Colombie exigent depuis des années que les membres des Forces armées accusés de graves violations des droits humains soient traduits devant des cours civiles, les commandants militaires insistent que les « excès » sont des infractions disciplinaires commises par les accusés dans l'exercice de leurs fonctions. En d'autres termes, il faudrait tout simplement considérer que les viols et les exécutions sommaires font partie des fonctions normales d'un soldat.

1.7. PLANS DE DÉVELOPPEMENT CONTRADICTOIRES

Le plan de développement original du gouvernement Pastrana est mort seulement deux ans après le début de son mandat. La sénatrice libérale Piedad Cordoba a noté récemment que chaque gouvernement national a l'obligation constitutionnelle d'élaborer un plan de développement national et d'assurer la participation active des organes de planification, des autorités régionales et du Haut Conseil judiciaire... Selon la Loi 508 adoptée le 29 juillet 1999, le Plan de développement national, intitulé « Changement pour construire la paix, 1999-2002 », est devenu le plan officiel du gouvernement Pastrana... Le président Pastrana, violant la Constitution, a mis de côté ce plan approuvé par le Congrès de la République et l'a remplacé par le Plan Colombia.20

Le Plan Colombie, sous n'importe quelle de ses nombreuses versions, est controversé. Des organisations de la société civile des quatre coins du monde ont décrit ce plan, élaboré dans un premier temps en secret et en anglais avec la participation directe du gouvernement des États-Unis, comme un programme contre-insurrectionnel. En effet, l'inclusion d'un effort militaire d'envergure dans le sud de la Colombie, sous couvert de l'éradication de la coca et du pavot, accroîtra inévitablement le niveau des confrontations armées avec les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie, la plus grande organisation insurgée du pays), une force redoutable dans cette région. Critiquant le Plan Colombia, la sénatrice Cordoba affirme que la thèse voulant que le trafic des stupéfiants et le conflit armé sont les causes principales de la crise de gouvernabilité et de légitimité de l'État, et sont les deux éléments auxquels il faut s'attaquer, est basée sur une fausse prémisse.21

La version USA du Plan Colombia – qui apportera de l'aide aux Forces armées ayant le pire dossier en matière de droits humains dans l'hémisphère – comporte un budget original de 1,573 milliards $US sur une période de deux ans et cinq parties :

  • soutien au gouvernement colombien pour qu'il reprenne le contrôle du sud du pays (599 millions $US);
  • accroissement de la capacité des autorités colombiennes à intercepter le trafic de la cocaïne (341 millions $US);
  • renforcement des compétences techniques et en matière de renseignements de la police nationale (95 millions $US);
  • alternatives de développement économique pour les cultivateurs de la coca (145 millions $US);
  • gouvernance améliorée par le soutien de la protection des droits humains, la réforme du système judiciaire et le contrôle du blanchiment de l'argent et d'autres activités criminelles (93 millions $US).

Des différences politiques au sein du gouvernement des États-Unis lui-même, ainsi que des pressions efficaces exercées par la société civile, ont retardé la décision finale durant plusieurs mois. Toutefois, après un long débat, le Plan fut adopté à une écrasante majorité par le Congrès américain à la fin de juin 2000 pour un montant total de 1,3 milliards $US (au moment d'écrire ces lignes, l'auteure n'avait pas obtenu la confirmation des montants affectés à chaque poste). Même avec quelques modifications (l'achat d'un nombre moins élevé d'hélicoptères sophistiqués par exemple), un langage plus serré concernant les droits humains et un renforcement des instruments de vérification, le Plan Colombia demeure un important programme d'aide militaire au moment même où les Colombiens et Colombiennes sont de l'avis qu'il faut plutôt consacrer tous les efforts à encourager les compétences des Forces armées en matière de consolidation de la paix. Ce plan ignore les paramilitaires de droite qui, aux dires de tous, y compris du gouvernement des États-Unis, dépendent du commerce de la drogue pour survivre; il encouragera les FARC à faire la guerre et non la paix; c'est une politique qui ne tient pas compte des racines du conflit; il prolongera la guerre qui dure déjà depuis des décennies; et il ne fait aucun doute que ce plan échouera en tant que politique de lutte contre la drogue. Le Plan Colombia est un plan en trois phases qui doit être mis en œuvre sur plusieurs années, si tout va bien : Phase 1 dans Putumayo et le sud; Phase 2 dans le sud-est et le centre de la Colombie, et Phase 3, un programme intégré pour le reste du pays.

Comme Robert White, ancien ambassadeur des États-Unis au El Salvador et au Paraguay, l'a indiqué dans une lettre publiée le 8 février 2000, le Plan Colombia constitue la pente savonneuse de l'intervention directe des États-Unis en Colombie.

« Il est difficile d'éviter de conclure qu'il s'agit d'une stratégie contre-insurrectionnelle déguisée en programme de lutte contre la drogue. Pour le général McCaffrey, qui possède peu de connaissances en matière de politique étrangère et dont le mandat est de gagner la guerre contre la drogue, il doit paraître logique de réduire des forces politiques, économiques et sociales complexes en une cible maniable et de l'attaquer militairement... Est-ce vraiment insignifiant que la déclaration de guerre contre les FARC nous rend complices des militaires colombiens entretenant des liens de longue date avec les paramilitaires barbares qui commettent plus de 75 % des violations des droits humains affligeant ce pays déchiré par la violence et qui se consacrent au trafic de la drogue? »22

D'autres observateurs qui ont analysé le plan du point de vue de la lutte contre la drogue sont tout aussi critiques. Ricardo Vargas, auteur de plusieurs livres et articles sur le trafic des stupéfiants, affirme que le Plan Colombia adopte les mêmes stratégies qui ont échoué depuis plus de 25 ans.23 Dans l'industrie illicite de la drogue, le problème le plus difficile à résoudre est la capacité du crime organisé d'introduire des substances illégales sur les marchés nord-américains et européens. La consommation des stupéfiants dans les pays du Nord et de l'Ouest mérite autant d'attention, sinon davantage, si l'on espère réduire de manière appréciable le trafic de la cocaïne et de l'héroïne. Le paysan pauvre de la Colombie, avant même de soustraire ses frais de production, reçoit seulement 0,67 % du prix de vente final de la drogue. Pourquoi, demande Vargas pour la forme, affecterait-on 82 % du budget d'un plan de développement à un programme militaire de lutte contre des cultivateurs et des guérillas dont les parts des recettes de l'industrie représentent respectivement de 0,67 % et 1 %?24

La version du Plan Colombia destinée aux gouvernements européens (et canadien) est très différente. Plan Colombia, Institutional Strengthening and Social Development, 2002-2002 se veut une stratégie de reconstruction économique et sociale, de négociation du conflit armé, de lutte intégrée contre le narcotrafic, de renforcement institutionnel et de développement social. Se concentrant sur les droits humains, l'aide humanitaire et le remplacement de la coca et du pavot par d'autres cultures, on y demande aux Européens (et vraisemblablement aux Canadiens) 1,6 milliards $US sur une période de trois ans pour les volets non militaires du Plan Colombia d'ensemble. Les critiques soutiennent que l'on ne peut passer sous silence les contradictions fondamentales existant entre les deux plans. En fait, les éléments de la version US du Plan annulent les chances de succès de la version européenne. Les organisations de la société civile internationale, conjointement avec leurs homologues colombiens, demandent que tous les gouvernements apportent leur appui à la Colombie sans égard aux restrictions du Plan Colombia, quel qu'en soit la version. Ils demandent que les critères de transparence et de gouvernance soient appliqués. Et ils demandent une rencontre avec la communauté internationale en septembre au Costa Rica pour discuter d'un éventail de questions concernant le Plan Colombia et des alternatives viables.

1.8 LA GUERRE CONTRE LE NARCOTRAFIC SE FAIT PLUS DISCRÈTE DANS LES MÉDIAS

Sans aucun doute, la « guerre » contre la drogue en Colombie ne fait plus les manchettes dans des médias aujourd'hui, sauf dans le contexte du Plan Colombia et de la politique étrangère des États-Unis, même si les superficies cultivées ont augmenté de manière spectaculaire (voir ci-dessus), malgré le pouvoir corrosif de l'argent de la drogue sur la société en général et les institutions de l'État, et malgré l'augmentation de la consommation locale. C'est la manière de faire les affaires qui a changé. Les cartels ostentatoires de Medellin et de Cali ont été remplacés par une génération plus jeune de trafiquants de drogue qui s'est organisée dans une myriade de petites structures semblables à des entreprises ordinaires et moins faciles à détecter. La police colombienne croit que 80 organisations comptant de 20 à 40 personnes chaque sont responsables du commerce illégal de la drogue à l'extérieur de la Colombie et que 20 autres groupes seraient prêts à entrer en action. Selon le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues, UNDCP, la puissance économique des trafiquants de drogue en Colombie est passée de 5,8 % à 2,2 % du PNB au cours des trois dernières années. Les trafiquants placent leur argent ailleurs en raison de la récession et de la législation visant la saisie des profits illicites.

Mais cela ne signifie pas que « l'industrie » n'inspire pas l'inquiétude. Les « narcos » ont acheté approximativement 4,4 millions d'hectares de terres et fait reculer la réforme agraire de plusieurs décennies. Plus important encore, le narcotrafic contribue (mais ne cause pas) l'extension et l'intensité du conflit armé interne. Tant les paramilitaires que la guérilla, particulièrement les FARC, entretiennent des liens « intimes » avec cette industrie, les derniers protégeant les petits producteurs et imposant des impôts sur les trafiquants et les premiers participant directement à la production et à la vente de narcotiques. Ils utilisent leurs profits fabuleux pour acheter des armes sophistiqués et de l'équipement militaire qui attisent la guerre et intensifient l'horreur.

L'épandage aérien des cultures constitue un des aspects les plus controversés de la politique de lutte contre la drogue des États-Unis en Colombie; en 1996, des dizaines de milliers de producteurs de coca se sont mobilisés pour protester contre de telles pratiques. Selon les résidents de nombreux villages éloignés de la Colombie,25 la fumigation aérienne est effectuée sans discernement et de manière irresponsable. Il est très difficile d'épandre avec précision et il n'est pas rare que des cultures vivrières fanent et meurent et que les animaux domestiques tombent malades.26 L'épandage transforme en réfugiés les nombreux paysans que ne produisent que la coca; en fait, le Plan Colombia comporte un petit budget pour aider durant trois mois quelque 120 000 personnes qui risquent d'être déplacées en raison des programmes anti-drogues des États-Unis. Selon un reportage d'enquête publié dans la revue Mother Jones le 3 mai 2000, le gouvernement des États-Unis songe à lâcher un nouveau mycoherbicide ou champignon toxique dans le cadre de ses activités de fumigation. « S'il est appliqué massivement, Le Fasarium Oxisporum pourrait en fait représenter un danger grave pour l'environnement et la santé humaine. Cette question n'est pas anodine en Colombie, le pays ayant le deuxième biosystème le plus diversifié au monde. Des années d'épandage aérien financé par les États-Unis n'ont jusqu'à maintenant même pas réussi à ralentir la croissance de la florissante industrie de la coca et du pavot.27 La politique de lutte anti-drogues actuelle des Etats-Unis ne fonctionne tout simplement pas. « Une victoire militaire contre les producteurs colombiens et les groupes de guérilla qui les extorquent ne mettra pas fin au trafic de la drogue. D'autres paysans dans d'autres régions de la planète cultiveront et vendront leurs récoltes aux trafiquants de drogue qui les traiteront et les transporteront là où la demande existe. »28

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NOTES

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1   Communiqué de presse des Nations Unies, 14 avril 2000, www.unhchr.ch/Hurricane. Le haut commissaire aux droits de l'homme, Mary Robinson, a déclaré en avril de cette année que « la situation des droits de l'homme en Colombie demeure sérieuse et se détériore ».

2 De las Armas a la política, sous la direction de PENARANDA, Ricardo et GUERRERO, Javier, dans « De Guerrillas a Movimientos Políticos (Análisis de la Experiencia Colombiana: El Caso del M-19) », ZULUAGA NIETO, Jaime, page 9; traduction anglaise de l'auteure.

3 PEARCE, Jenny, Colombia: Inside the Labyrinth; pages 4 et 5.

4 ZULUAGA, Jaime, De las Armas a la Política.

5 Les assassinats des dirigeants du Parti libéral, Jorge Eliecer Gaitan, en 1948, et Luis Carlos Gaitan, presque quarante ans plus tard, en témoignent. Les larges coalitions arc-en-ciel et les alternatives politiques, notamment l'Union patriotique (1985) et les mouvements sociaux, ont été systématiquement réduits au silence et, à l'occasion, éliminés physiquement par le recours incessant à la violence et à la répression.

6 Un récent sondage a montré que la majorité des Colombiennes et Colombiens consultés pense que la situation d'ensemble va se détériorer (78 %) et que le président Pastrana a fait preuve d'inefficacité dans sa gestion de la plus récente crise (57 %) provoquée par sa décision précipitée et unilatérale de tenir un référendum en juillet qui, notamment, destituerait les membres actuels du Congrès en raison de leur corruption.

7 ADEBAJO, Adekeye, « Economic Agendas in Civil Wars: A Conference Summary », Site Internet de l'Académie mondiale de la paix, page 1.

8 Informe de la Alta Comisionada de las Naciones Unidas para los Derechos Humanos sobre la Oficina en Colombia, avril 2000.
Durant la période examinée, soit de janvier à décembre 1999 :

  • le nombre de massacres en Colombie a presque doublé, la majorité de ceux-ci, d'une cruauté extrême, étant l'œuvre de groupes paramilitaires;
  • le bureau de Bogota a reçu des témoignages indiquant la participation directe de militaires à l'organisation de nouveaux groupes paramilitaires et à la diffusion de menaces; dans certains cas, les membres des forces armées ont été identifiés en tant que participants aux massacres; dans d'autres, les militaires, en s'abstenant d'intervenir, ont permis aux paramilitaires de compléter leur travail d'extermination;
  • les efforts de l'État pour garantir et fournir une protection aux intervenants et intervenantes en droits humains ont été insuffisants à l'extrême;
  • la torture et le traitement inhumain ont continué d'être sous-déclarés; les paramilitaires ont habituellement torturé les personnes qu'ils ont détenues;
  • les disparitions forcées demeurent un problème sérieux et il y a peu de renseignements sur celles-ci; et
  • le problème actuel de l'impunité a été lié directement au niveau élevé de corruption au sein de l'État colombien.

9 Communiqué de presse des Nations Unies; Commission des droits de l'homme, 56e Session, 14 avril 2000, matin, page 7.

10 Ibid., page 4.

11 Así van los DESC, Plataforma Colombiana de Derechos Humanos, Democracia y Desarrollo, mai 2000, page 5, traduction anglaise de l'auteure.

12 Op. cit., page 6; On trouvera des références dans : SARMIENTO, Libardo ; « Las Perdidas son socializadas y las ganancias privatizadas » in Utopías, Année VI, No. 60, Bogota, Novembre-Décembre, 1998, page 21. Les 5 principaux conglomérats financiers du pays détiennent 92 % des actions; 50 groupes économiques possèdent 60 % de l'industrie, des services, du commerce, du transport et de l'agriculture; 1,3 % des propriétaires à la campagne détiennent 48 % des terres; 4 groupements d'entreprises dominent 80 % des médias, les 10 % les plus riches de la population s'accaparent 58,4 % des revenus des ménages alors que les 10 % les plus pauvres touchent seulement 0,3 %.

13 SEMANA, le 26 mai 2000, rapport de la FEDESARROLLO.

14 MONCAYO, Hector-Leon, « The Nature of the War and the Possibilities for Peace in Colombia », dans Beyond Law, Vol. 7, Numéro 21, janvier 2000.

15 MOSER, Caroline, « La Violencia en Colombia: cómo construir una paz sostenible y fortalecer el capital social », dans Ensayos sobre paz y desarrollo, El Caso Colombiano y la Experiencia Internacional, sous la direction d'Andrés SOLIMANO, Felipe SAEZ, Caroline MOSER, et Cecilia LOPEZ, 1999, page 15.

16 Colombia, Report on Forced Displacement, 1998-1999; Project Counselling Service, 1999, page 9.

17 Human Rights Research and Education Bulletin, No. 39, juin 2000, page 1.

18 VARGAS VALÁSQUEZ, Alejo, « Toward Democratic Governance in Colombia at the Close of the Century », dans Beyond Law, Vol. 7, numéro 21, janvier 2000.

19 MARTINEZ, María Inés; « The International Campaign Against Impunity », dans Colombia Bulletin, été 2000, page 18.

20 Desde Abajo, Supplément spécial, mars 2000.

21 Op. cit., page 33.

22 WHITE, Robert, « Shades of Vietnam », Washington Post, le 8 février 2000.

23 Par exemple, de 1992 à 1999, une période d'efforts d'éradication importants (particulièrement de 1995 à 1999), les superficies de coca ont triplé, passant de 41 206 à 122 000 hectares.

24 VARGAS MEZA, Ricardo, Fumigación y Conflicto, TM Editores, novembre 1999; et VARGAS MEZA, Ricardo, Drogas, Máscaras y Juegos , TM Editores, mai 1999.

25 Les paysans, les travailleurs, les communautés afro-colombiens et autochtones du département de Putumayo s'inquiètent au plus haut point que l'épandage sans discernement ait simplement comme effet de forcer les populations rurales à s'établir dans des régions encore plus reculées, entraînant une aggravation de la crise environnementale, une érosion redoublée du fragile tissu social dans la région et l'augmentation des déplacements forcés massifs. Un rapport préparé par le Inter-institutional Project Group pour Convivencia de Putumayo, et présenté à la communauté internationale résidant à Bogota, affirme dans son introduction que « la lutte entre les FARC, les paramilitaires et les Forces armées pour le contrôle du territoire, la crise de l'économie de la coca et plus récemment, la fumigation des plantations de coca, ont produit une importante crise humanitaire qui touche les communautés paysannes, les colons, les peuples autochtones, les Afro-Colombiens et les cueilleurs de feuilles de coca. Comme le Putumayo est une région prioritaire pour l'application des mesures répressives du Plan Colombia et des politiques de lutte anti-drogues des États-Unis, on risque d'assister dans ce département à une intensification du conflit armé et à une détérioration des droits humains, du droit humanitaire international et des droits économiques, sociaux et culturels.

26 ROHTER, Larry, « To Colombians, Drug War is a Toxic Foe », The New York Times, le 1er mai 2000. Par exemple, des paysans de la région de Caquetá, où l'on cultive la coca, se sont plaints l'année dernière à un journaliste du New York Times que les avions d'épandage avaient dévasté les cultures qu'ils avaient semé après avoir abandonné la coca.

27 En 1998, 104 000 acres de coca et 20 000 acres de pavot asiatique ont été soumis à l'épandage, à un coût de plus de 150 millions $US, mais la production de cocaïne et d'héroïne a néanmoins plus que doublé depuis 1995 en Colombie.

28 GALLON, Gustavo, « Setting the Record Straight: The Real Situation in Colombia », dans Colombia Bulletin, été 2000, page 8.

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