LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN COLOMBIE
Document de discussion par Eleanor Douglas
22 juin 2000
TABLE DES MATIÈRES
PRÉSENTATION
PREMIÈRE PARTIE
- Introduction : la Colombie à l'heure des choix
- Les intervenants armés et le processus de paix
- 2.1. La montée de la terreur
paramilitaire
- 2.2. Les insurgés à la
table de négociation
- 2.2.1. Forces armées
révolutionnaires de Colombie (FARC)
- 2.2.2. Armée
de libération nationale (ELN)
- 2.3. Des Forces armées
colombiennes méfiantes
DEUXIÈME PARTIE
- Perspectives de paix
- 3.1. La négociation d'un
accord politique n'est pas une utopie
- 3.2. Perspectives de paix de la
société civile
- 3.2.1. Réseaux nationaux chargés de coordonner la
consolidation de la paix
- 3.2.2. Perspectives des régions
- 3.2.3. Consolidation de la paix et
mouvement des droits humains
- 3.2.4. Institutions de recherche
- 3.2.5. Perspectives de paix des
secteurs sociaux
- 3.2.6. Les Églises
- 3.3.7. La consolidation de la paix et
les populations déplacées
- L'appui canadien à la paix en Colombie
- 4.1. La politique étrangère du Canada
- 4.1.1.Programmation de l'ACDI
- 4.1.2. Politique relative au commerce et aux investissements
- 4.2. Les intérêts croissants du secteur privé canadien en Colombie
- 4.3. La société civile canadienne de plus en plus inquiète
- 4.3.1. Églises canadiennes
- 4.3.2. Solidarité et droits humains
- 4.3.3. Organisations syndicales
- 4.3.4. Organisations de femmes
- 4.3.5. Organisations universitaires et de recherche
- 4.3.6. Aide humanitaire
- 4.3.7. Accompagnement
- 4.3.8. Organisations de développement international
TROISIÈME PARTIE
- Conclusions et recommandations
- 5.1. Résumé
- 5.2. Recommandations générales
- 5.3. Recommandations spécifiques
- 5.3.1. Au gouvernement du Canada
- 5.3.2. À la société
civile
- 5.3.3 Au monde des affaires
PRÉSENTATION
Le présent
document, commandé par DROITS ET DÉMOCRATIE, se
veut un outil de réflexion pour alimenter la discussion entre
divers intervenants canadiens et colombiens sur les possibilités
d'appui au processus de paix en cours en Colombie. Des échanges
avec de nombreux Canadiens et Colombiens ainsi qu'une revue
bibliographique de la documentation actuelle sur la situation dans ce
pays ont enrichi la version préliminaire du document.
Droits et
Démocratie est une organisation canadienne qui, de concert
avec les groupes de citoyennes et citoyens et les gouvernements au
Canada et à l'étranger, travaille à promouvoir
les droits humains et démocratiques. Quatre thématiques
générales orientent son travail : le développement
démocratique et la justice, les droits des femmes, les droits
des peuples autochtones et la mondialisation et les droits humains.
Droits et Démocratie met l'accent sur la promotion et le
renforcement des capacités et réunit des membres de la
société civile et les gouvernements de différents
pays pour discuter de questions fondamentales relatives aux droits
humains et au développement démocratique. Il contribue
à sensibiliser l'opinion publique, au Canada et à
l'étranger, aux violations des droits humains et parraine des
projets de recherche, des publications, des missions d'enquête
et d'autres activités publiques.
Inquiète
devant l'ampleur des violations des droits humains et en même
temps encouragé par les initiatives du gouvernement de la
Colombie, des deux principales organisations insurgées et de
secteurs de plus en plus larges de la population désireux de
construire la paix et de mettre fin à la guerre, Droits et
Démocratie a décidé que le moment était
venu d'évaluer la situation. Même si le processus de
négociation entamé par le président Pastrana
avec les groupes insurgés a été, et continuera
d'être, complexe, l'espoir persiste qu'un accord politique
négocié mettra éventuellement fin au conflit
armé qui dure depuis maintenant trente ans. La consolidation
de la paix, des institutions démocratiques, du respect des
droits humains et de la justice constitue manifestement la lourde
tâche à venir.
Le
gouvernement du Canada, les institutions de recherche et
universitaires, les ONG de développement canadiennes, les
Églises, les groupes de droits humains ainsi que les
organisations syndicales et humanitaires intensifient leur appui en
réponse à l'appel des Colombiennes et Colombiens à
une solidarité permanente et redoublée, à
l'accompagnement politique et physique et à la reconnaissance
du fragile processus de paix. En collaboration avec des
interlocuteurs canadiens et colombiens, nous proposons une analyse de
la situation et une discussion de propositions concrètes en
vue de renforcer la paix, les droits humains et la justice. D'autres
intervenants et intervenantes enrichiront cette première
contribution à mesure que la discussion avancera.
L'auteure
aimerait remercier tous ceux et celles qui ont collaboré à
ce travail à ce jour, en Colombie et au Canada, convaincue
qu'elle est que nos meilleurs efforts contribueront à étouffer
le feu de la violence. Nous nous rappelons des braves hommes et
femmes qui ont perdu leur vie, leurs proches, leur foyer ou leur
gagne-pain dans la défense des droits humains, de la justice
et de la paix en Colombie. Le 19 mai 2000, une foule, réunie
pour commémorer avec tendresse la mort d'Elsa Alvarado et
de Mario Calderon, des chercheurs du Centre jésuite de
recherche et d'éducation populaire, assassinés il y a
trois ans en compagnie du père d'Elsa, et celle de toutes les
victimes de la terrible guerre en Colombie, a proclamé :
Nous nous
engageons à aider la vie en donnant plus à la vie,
Nous promettons
de nous élever contre les atrocités,
Nous promettons de négocier nos conflits,
aucun crime n'échappera à la main de la justice,
l'impunité ne doit plus être l'invitation à une nouvelle
injustice,
Nous promettons de faire de la Colombie un chant de vie,
Nous nous engageons à renforcer la chaîne de la solidarité
Nous promettons de nous arrêter mille fois pour la paix,
Nous nous engageons à ne pas laisser nos morts mourir une deuxième
fois
Nous promettons de faire de la Colombie un chant de vie.
PREMIÈRE PARTIE
1. INTRODUCTION : LA COLOMBIE À L'HEURE DES CHOIX
Alors
que les citoyens concernés partout au monde, y compris les
Canadiennes et les Canadiens, sont témoins des efforts
concertés de plus en plus importants pour consolider la paix
et mettre un terme à la guerre en Colombie, de nouvelles
formes de participation apparaissent au sein d'un large
« mouvement pour une paix durable » mal
organisé. Cependant, alors qu'un nombre croissant
d'institutions et d'organisations canadiennes participent ou
s'intéressent aux efforts de paix, il existe en même
temps une profonde préoccupation à l'égard
du prolongement de la guerre et de l'ampleur des violations des
droits humains.1
Les atrocités des paramilitaires se multiplient et sont
incontrôlées. Les actes de terrorisme de la guérilla
faussent encore plus la logique du conflit. L'impunité règne
en maître. Le chômage se maintient à un niveau
exceptionnellement élevé de 20 %. Il y aurait pas
moins de 1,8 millions de personnes déplacées. Ce
ne sont certainement pas des signes de paix.
Pourtant,
le gouvernement du président Andrés Pastrana, même
s'il met de l'avant des pourparlers directs avec les insurgés
sans la participation d'autres intervenants, malgré son
illégitimité croissante et en dépit de
l'opposition des officiers de haut rang des Forces armées,
parvient à garder les négociations de paix en vie.
Cependant, le controversé programme militaire approuvé
récemment par le Congrès des États-Unis, qui
risque de faire pencher la balance en faveur de la guerre, constitue
un point d'inquiétude sérieux pour les tenants d'un
règlement politique négocié. En même
temps, une myriade d'initiatives, importantes mais dispersées,
menées par une large gamme d'intervenants de la société
civile, comportant souvent des propositions divergeantes mais pas
nécessairement contradictoires, occupent l'espace local,
régional, national et international pour exiger que la société
civile puisse participer à la définition des solutions
à une guerre qui frappe avant tout la population civile. De
braves femmes, hommes, filles et garçons participent
quotidiennement à une multitude d'actions créatives et
ingénieuses dans le but de préserver le rêve de
paix, de justice, de respect des droits humains fondamentaux et le
droit à une participation réelle à la vie
politique.
Dans
ce contexte, quels sont le rôle et les responsabilités
du Canada devant la clameur des Colombiennes et Colombiens pour une
solution, non seulement à la violence, mais aussi aux causes
de cette guerre qui dure depuis plusieurs décennies?
Existe-t-il des groupes particuliers d'intervenants canadiens en
mesure de faire une contribution modeste, durable et pertinente au
processus de paix? Quels sont les besoins à court terme et les
objectifs à long terme de la consolidation de la paix en
Colombie? Comment assurer la durabilité de la paix étant
donné qu'il n'existe pas de solution rapide à cette
situation complexe? Comment les Canadiennes et Canadiens peuvent-ils
coordonner leurs efforts pour qu'ils soient aussi efficaces que
possible, même s'ils ne partagent pas toujours la même
vision de la situation actuelle, de ses causes et des pistes de
solution possibles? Est-ce que les Canadiens et leurs institutions
possèdent une expertise ou une expérience particulière
utile aux Colombiens et Colombiennes travaillant à la
consolidation de la paix? L'appui canadien sera relativement modeste
il faut qu'il contribue à renforcer, et non à
affaiblir, les perspectives d'une paix durable.
La
Colombie a commencé et terminé le vingtième
siècle en proie à un conflit armé interne
un signe que le pays a éprouvé des difficultés à
instaurer un État représentatif, mature et
démocratique. La crise politique, sociale et économique
actuelle, probablement la pire de ce siècle, est aggravée
par divers problèmes dont plusieurs sont abordés dans
le présent document. Sans être mélodramatique, il
demeure qu'à moyen terme, les Colombiennes et Colombiens
devront choisir entre imaginer et recréer leur patrie ou
s'enliser durant de nombreuses années dans une violence et une
crise croissantes.
Partout
au monde, le processus de négociation d'accords mettant
fin aux conflits enracinés et violents suivent un long chemin
tortueux. La Colombie ne fera certainement pas exception à
cette règle étant donné la grande complexité
de sa situation. Comme le souligne Jaime Zuluaga Nieto à
propos des événements récents :
« En
1982, le président Belisario Betancur fit approuver une
généreuse loi d'amnistie par le Congrès et signa
des accords de cessez-le-feu avec les FARC, le M-19 et la EPL (les
organisations insurgées de l'époque). À la
fin, il ne fut pas possible de maintenir ces accords et la guerre
d'insurrection entra dans une nouvelle phase où la guérilla
était renforcée, la légitimité politique
du gouvernement érodée, les groupes paramilitaires en
expansion à l'ombre de l'impunité officielle et en
coordination avec des secteurs des forces armées, les droits
humains systématiquement violés par les forces armées
dans le cadre de leurs activités contreinsurrectionnelles et
le narcoterrorisme en éruption. Dans ce contexte de violence
généralisée et de crise de gouvernabilité,
le gouvernement et le M-19 ont poursuivi le processus de paix. »
2
Et
ce n'est que huit années plus tard que le M-19 a
officiellement abandonné les armes et est entré sur la
scène politique en tant que partie légitime. La
conjoncture actuelle est beaucoup plus complexe; l'illégitimité
perçue du gouvernement de l'heure est bien plus grande et la
force militaire des FARC et de l'ELN plusieurs fois supérieure.
Maintenir les objectifs à long terme sera de la plus haute
importance alors que le processus devra surmonter les innombrables
obstacles qui se dresseront sur son chemin. En fait, certains
affirment que seule une vision à long terme permettra
d'identifier une voie pour avancer.
1.1. ÉLÉMENTS DE LA CRISE POLITIQUE ACTUELLE EN COLOMBIE
Le
présent document ne se veut pas une analyse exhaustive et
académique de l'histoire de la crise actuelle en
Colombie; l'auteure croit toutefois que cette crise est le fruit d'un
long processus. La latinoaméricaniste Jenny Pearce affirme que
« la recherche par Bolivar d'une formule d'État
fort, cohérent et efficace... fut contrariée par la
vision bornée des élites locales... qui se sont
plongées dans leurs propres luttes de pouvoir durant les
années post-révolutionnaires... L'État devint
un outil de médiation par lequel les membres de l'élite
gouvernante se répartissaient le pouvoir et les privilèges.
L'ordre social s'est maintenu grâce à des loyautés
clientélistes basées sur la manipulation politique, la
corruption administrative et la répression. » 3
Le
système du « gamonal », un système
politique clientéliste à deux partis (libéral et
conservateur), en place depuis plus d'un siècle et demi en
Colombie, constitue un élément central de la crise
politique actuelle. Le « gamonal », ou chef
politique, a traditionnellement été un éleveur
de bétail ou un grand propriétaire terrien qui exerçait
son pouvoir politique aux niveaux local et régional et
entretenait des liens avec les structures politiques nationales,
principalement par le biais du Congrès. Au cours des dernières
années, les « gamonales » colombiens ont
tissé des liens importants avec des secteurs capitalistes
modernes, souvent par le biais de tractations économiques
douteuses, et fréquemment en collaboration avec les barons de
la drogue.
« Les
partis politiques colombiens, loin de baser leur légitimité
sur la conviction que la diversité et la dissidence ne sont
pas incompatibles ni en contradiction avec l'ordre public, se sont
développés en tant que fédérations
d'oligarchies locales et régionales liées au reste du
pays à travers des bureaucraties centralisées. Dès
le début, l'exclusion de la majorité de la population
était un préalable. La force de ces partis se basait
sur un sens de l'ordre naturel' des choses et la négation
sectaire de l'autre'. »4
L'immobilisme
du statu quo signifie que seule la violence permet de préserver
les privilèges. Ce système politique verrouillé,
obsolète, corrompu et violent a contrecarré la
croissance d'alternatives politiques, même celles émergeant
de l'intérieur de ses propres rangs.5
La crise de légitimité actuelle
La
perception que le gouvernement Pastrana est illégitime et le
vide de pouvoir qui en résulte augurent mal pour une
consolidation de la paix durable.6
La corruption du Congrès et du pouvoir exécutif
actuels, exposée en avril de cette année, a permis une
fois de plus d'attirer l'attention sur les niveaux spectaculaires de
corruption omniprésente au sein de la « classe »
politique clientéliste. Cependant, comme à de
nombreuses autres reprises dans l'histoire de la Colombie, le
président Pastrana a été contraint de modérer
son apparente indignation et a maintenant proposé la
réalisation d'un « grand » accord
national entre les partis (libéral et conservateur) portant
sur les questions fondamentales que sont les relations
internationales, le trafic des stupéfiants, le programme
économique et les pourparlers de paix. S'agit-il encore d'une
autre manuvre politique visant à masquer les véritables
enjeux, à trahir l'indignation populaire et à permettre
aux criminels de rester impunis? Au cours de l'histoire récente
du pays, l'élite gouvernante colombienne n'a offert que
des solutions opportunistes, intéressées et à
courte vue aux abus politiques profondément enracinés
et ressentis qui se poursuivent toujours.
Concurrence entre différents intérêts
économiques
Même
si les conditions économiques et sociales se sont détériorées
de façon spectaculaire ces dernières années
lesquelles sont de toute évidence liées au conflit armé
en Colombie, et particulièrement à la violence sociale
généralisée d'autres pays ayant un pire
bilan économique n'ont pas emprunté la même voie.
La distribution très inégale du revenu et la pauvreté
ne sont manifestement pas les seules causes de la guerre en Colombie.
Beaucoup d'analystes affirment que de ces deux aspects, les
inégalités sont beaucoup plus étroitement liées
à la violence sociale que la pauvreté. En fait, au
cours des 40 dernières années, la persistance de la
violence politique n'a pas infléchi la croissance économique
globale, ce qui amène certains analystes à réfléchir
sur les liens possibles entre les deux phénomènes. Il
n'est pas du ressort du présent ouvrage de déterminer
si les intérêts économiques contradictoires des
différentes parties au conflit (principe de la « cupidité »)
constituent la source principale du conflit armé prolongé
et de la violence croissante en Colombie; cependant, le corollaire de
cette affirmation est qu'il serait par trop simpliste de considérer
que la pauvreté et la mauvaise répartition des richesse
(« injustice ») constituent l'explication
unique du conflit armé. En Colombie, serait-il que les
revendications politiques, économiques et sociales légitimes
non résolues par les gouvernements successifs durant des
décennies, se soient transformées, dans certains cas,
en cupidité?
L'analyse
du conflit colombien par les Colombiens et Colombiennes a tendance à
se centrer principalement sur les griefs liés à
l'exclusion politique, sociale et économique; toutefois,
l'Académie mondiale pour la paix, tout comme plusieurs autres
institutions, prenant en exemple la Colombie dans une recherche
qu'elle mène actuellement sur les intérêts
économiques dans les guerres civiles, nuance les analyses. Les
conséquences d'une telle vision pour la compréhension
de la « guerre » et de la « paix »
sont extrêmement importantes, tout comme les recommandations
programmatiques qui en découlent en vue de mettre un terme au
premier et de consolider le second. Une hypothèse est que
« des petits groupes d'élites politiques bien
organisés ont souvent de solides motivations pour alimenter
les conflits civils en raison des profits énormes qu'ils
en tirent, grâce au contrôle qu'ils exercent sur le
territoire et les moyens de violence ».7
En même temps, la mondialisation a permis à ces groupes
de développer des échanges internationaux dont les
profits sont parfois spectaculaires. Si les groupes qui
« prospèrent » grâce à la
guerre ne veulent pas la paix, toute solution durable nécessitera
des accords basés sur une analyse rigoureuse tenant compte de
leurs intérêts économiques. Une analyse succincte
du conflit colombien indiquerait probablement que les intérêts
économiques des élites participant au conflit sont sans
aucun doute importants intérêts militaires et
économiques des États-Unis, profits de la production de
coca et de pavot, trafic de la drogue, expansion paramilitaire, etc.
Sans pouvoir poursuivre plus à fond l'analyse de cette
question dans le présent ouvrage, nous affirmons que quelle
que soit la cause principale du conflit (« cupidité »
ou « injustice »), éventuellement
déterminée dans des analyses ultérieures, tout
projet politico-économique viable en temps de paix ne peut
être identique à celui qui est à l'origine du
conflit ou qui l'exacerbe.
1.2. INTENSIFICATION DE LA VIOLATION DES DROITS HUMAINS
Rendu public en avril 2000, le rapport du Bureau colombien du Comité
des droits de l'homme des Nations Unies condamne vigoureusement
l'incapacité et le manque de volonté politique du
gouvernement colombien de faire face à la crise des droits
humains qui n'a cessé de s'aggraver en 1999. Les événements
de l'an 2000 montrent que la tragédie se poursuit. En résumé,
le rapport « met à jour la fragilité et
l'inefficacité de l'État dans la prévention
des agressions et la protection d'un nombre important de personnes et
de communautés menacées à travers le pays. ...
on a assisté à une sérieuse détérioration
du conflit armé au cours de l'année avec de graves
conséquences pour la population civile; les paramilitaires ont
intensifié les assassinats de civils alors que la guérilla
a augmenté considérablement le nombre d'enlèvements,
y compris les enlèvements massifs... le gouvernement n'a
pas accordé suffisamment d'attention aux droits humains
et n'a pas mis en application les recommandations internationales...
étant donné la dégradation du conflit armé,
aucune des parties aux hostilités n'a fait le moindre effort
pour respecter les normes humanitaires minimales qui auraient soulagé
la souffrance de la population civile... »8
Les
vingt recommandations du rapport insistent pour que le gouvernement
colombien respecte ses engagements antérieurs de protéger
les droits des citoyens, de protéger les défenseurs des
droits humains, de combattre et de démanteler les groupes
paramilitaires et, pour y parvenir, de capturer, de juger et de punir
tous ceux qui ont favorisé, organisé, dirigé,
appuyé ou financé ces groupes, ou qui en ont fait
partie y compris les fonctionnaires, et de démontrer au peuple
colombien et à la communauté internationale qu'il est
prêt à accorder la priorité à la
protection des droits humains. De manière moins explicite, le
rapport conseille vivement à toutes les parties au conflit de
s'assurer que leurs actions respectent rigoureusement les
principes du droit international humanitaire et de la protection de
la population civile. À la 56e Session de la
Commission des droits de l'homme des Nations Unies tenue en avril
2000, les conférenciers se sont succédés pour
reprocher au gouvernement de la Colombie d'avoir reculé sur la
question de la protection des droits humains.
Comme
il fallait s'y attendre, le gouvernement colombien était sur
la défensive. Des porte-parole à la 56e
Session à Genève tentèrent de justifier le
gouvernement en insistant que le rapport accordait trop peu de place
à ses efforts de négociation avec les insurgés.
De plus, ils affirmèrent que le rapport minimisait le mépris
croissant de la guérilla pour le droit humanitaire
international que démontraient non seulement ses actes
barbares contre la population civile mais aussi sa violation des
droits économiques, sociaux et culturels des citoyens par
l'enlèvement et l'extorsion. Dans sa réplique, le
représentant du gouvernement de la Colombie déclara
« que nous désirons réitérer que les
groupes d'autodéfense actifs en Colombie n'entretiennent aucun
lien avec le gouvernement ».9
Cependant,
Anders Kompass, directeur du Bureau de la Commission des droits de
l'homme des Nations Unies en Colombie, rappelle que son bureau est
chargé de surveiller la performance du gouvernement en matière
de protection des droits des citoyens et citoyennes conformément
au droit international, aux conventions signées par le
gouvernement de la Colombie et aux vieilles promesses faites mais
jamais tenues. La protection des droits est clairement une obligation
constitutionnelle d'expliquer M. Kompass.
À
la même session, la représentante du gouvernement du
Canada, Kerry Buck, a déclaré que « la
Colombie continue d'être une source de vive inquiétude
pour notre gouvernement à la lumière de l'état
lamentable des droits humains qui ne cesse de se détériorer.
Le point le plus préoccupant concerne la collaboration entre
des membres des forces armées et les paramilitaires illégaux.
Nous nous préoccupons aussi au plus haut point des graves
violations du droit humanitaire international commises par les
groupes armés illégaux, notamment les enlèvements
et le recrutement de mineurs... »10
1.3. INDIFFÉRENCE CROISSANTE À L'ÉGARD DES DROITS ÉCONOMIQUES, SOCIAUX ET CULTURELS
Les indicateurs de développement humain notamment
l'espérance de vie, le taux d'alphabétisme,
le taux d'éducation primaire, l'accès à l'eau
potable, aux égouts et aux sources d'énergie, et les
niveaux généraux de revenu se sont
indubitablement améliorés en Colombie au cours des
dernières décennies. Ces données générales
cachent cependant les écarts existant entre les sexes, les
régions, les classes sociales et les ethnies. De plus, les
données ne fournissent aucun renseignement sur la qualité
de vie d'un segment important de la population : les quelque
1,8 millions de personnes dont la vie a été
violemment bouleversée par le conflit armé, qui ont été
forcées de quitter la campagne pour s'entasser dans les
bidonvilles des grandes villes et qui sont devenus invisibles en
regard de leurs droits constitutionnels.
Une restructuration économique liée à la croissance des inégalités
Depuis
le début des années 80, les politiques
macro-économiques sont fondées sur le postulat que la
restructuration de l'économie produit la croissance
économique qui, à son tour, réduit la pauvreté
et améliore la qualité de vie de la majorité. En
Colombie, tout comme dans de nombreuses autres régions de la
planète, cette hypothèse ne s'est pas confirmée.
Au contraire, les réformes libérales ratées des
15 dernières années n'ont fait qu'augmenter
la pauvreté, les inégalités, la concentration
des revenus et le chômage. Selon une publication récente
de la Plate-forme colombienne des droits humains, de la démocratie
et du développement, une coalition de 71 institutions
sociales, non gouvernementales et universitaires qui participe à
un projet interaméricain d'intégration des droits
humains et du développement, la polarisation croissante a
signifié « que l'on assiste à une érosion
visible des scénarios de dialogue possibles... là où
la concertation et la résolution de conflits auraient dû
être possibles. Le pays est plongé dans une crise
économique d'une grande ampleur entraînant une réduction
généralisée de la qualité de vie pour de
larges segments de la population. »11
Selon
la Plate-forme, les réformes économiques mises en uvre
depuis le début des années 80 pour répondre aux
mandats internationaux de libéralisation des échanges,
de déréglementation et de privatisation, et accélérées
considérablement durant les mandats de César Gaviria
(1990-1994) et du gouvernement actuel, ont ouvert une période
de recul des principaux indices de développement humain.
Durant la même période, la concentration de la richesse
a été soutenue.12
Le
rapport alternatif préparé par la Plate-forme
colombienne des droits humains, de la démocratie et du
développement constitue une excellente source de
renseignements qui présente un portrait révélateur
de l'état actuel des droits sociaux, économiques et
culturels des peuples autochtones, des Afro-Colombiens, des femmes,
des sans emploi et des enfants des deux sexes. Le droit à un
travail décent s'érode encore plus à mesure que
la crise s'approfondit. Les droits et libertés des syndicats,
garantis en théorie par l'État colombien, sont menacés.
À mesure que le taux de chômage passait de 10,5 %
en 1994 à 20,7 % en 1998, les femmes, les jeunes
travailleurs et ceux qui faisaient déjà partie des
secteurs sociaux les moins bien nantis ont été
particulièrement touchés. Une étude récente
publiée par FEDSARROLLO, un institut colombien de recherche
sociale, révèle que « à l'échelle
nationale, 55 % de la population vit dans la pauvreté; ce
chiffre augmente à 80 % à la campagne. De plus,
21 % de la population vit maintenant dans la pauvreté
extrême. »13
Les femmes sont particulièrement touchées.
L'augmentation de la pauvreté trouve son origine non pas
dans la pénurie des ressources mais bien dans les profondes
inégalités. La consolidation de la paix, qui requiert
un climat de confiance et de tolérance, ne devient possible
qu'une fois garanti le droit de la population à un niveau de
vie adéquat; pour consolider la paix « à
partir de la base », parmi les gens, il faut répondre
aux besoins humains fondamentaux et renverser la tendance des
dernières années.
La
concentration des terres
Comme
le conflit armé et les combats directs sont cantonnés
essentiellement à la campagne, la question de la propriété
de la terre est cruciale pour comprendre la violence actuelle et la
culture des produits agricoles illicites (encore une fois, cette
question ne sera pas examinée en détail dans le présent
ouvrage). On a assisté au cours des deux dernières
décennies à une concentration spectaculaire de la
propriété des terres dans les régions rurales et
en même temps à une réduction des superficies
cultivées. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène :
- les
paramilitaires ont expulsé les petits et moyens exploitants
agricoles et encouragé le processus de concentration des
terres;
- l'extension
du conflit armé a élevé la pression sur les
familles rurales les forçant à s'enfuir vers la
sécurité des centres urbains;
- les
profits du trafic de la drogue, recyclés dans l'achat de
grandes propriétés terriennes destinées
principalement au pâturage du bétail, ont causé
l'exode forcé des petits et moyens producteurs agricoles et
le « départ volontaire » des grands
producteurs;
- finalement,
la libéralisation des échanges a entraîné
une augmentation spectaculaire de l'importation de produits
alimentaires et une forte réduction des superficies
cultivées.
Selon
l'analyste agraire, Hector Mondragon, le paysan est confronté
non seulement aux desseins des grands éleveurs et agriculteurs
mais aussi au capital transnational qui accorde peu d'importance au
secteur agricole productif à petite échelle de la
Colombie. Les palmiers à huile, les bananes, les réserves
forestières et la production de fruits exotiques ne sont que
des suppléments économiques, et ce, au prix de la
destruction de l'environnement. M. Mondragon affirme que l'expulsion
constante des paysans pauvres est essentielle à la réalisation
de projets d'importance dans le contexte de la mondialisation
projets miniers, pétroliers, hydroélectriques et
d'infrastructures de transport. Hector-León Moncayo constate
aussi que le conflit armé interne de la Colombie est toujours
basé principalement dans les régions rurales. C'est une
guerre paysanne. Comparativement aux décennies antérieures,
ce qui a changé, c'est principalement l'importance
actuelle de l'arrière-pays rural dans l'extraction des
ressources naturelles, le principal secteur d'accès aux
marchés mondialisés de la Colombie.14
1.4. VIOLENCE SOCIALE GÉNÉRALISÉE
La
violence liée à la détérioration générale
du conflit s'est ancrée dans l'existence même
de la population, et l'énorme coût en vies
humaines, les effets sur la santé mentale de la population et
le déchirement généralisé du tissu social
ont un effet paralysant. Pour concevoir une proposition de paix
durable, il est utile d'élaborer un cadre d'analyse qui
caractérise et distingue les multiples types de violence en
Colombie.
Dans
un projet réalisé pour la Banque mondiale, Caroline
Moser15
a préparé un tel cadre qui établit des liens
entre les scénarios individuel (histoire personnelle),
interpersonnelle (le contexte immédiat dans lequel la violence
se produit), institutionnelle (institutions formelles et informelles
au travail et dans la communauté) et structurelle (structures
politiques au niveau plus large) de la violence en Colombie. La
violence structurelle englobe les autres types de violence et ainsi
de suite de sorte que la violence individuelle est emboîtée
dans les trois autres types de violence. Dans chaque partie de son
cadre d'analyse, l'auteure mentionne de nombreuses causes de la
violence et aboutit finalement à une analyse de la nature
complexe et des dimensions multiples de la violence dans le pays.
Elle ajoute qu'il existe des conditions spécifiques en
Colombie qui sous-tendent les trois principales catégories de
violence politique, économique et sociale :
- l'inefficacité
de l'État dans plusieurs régions du pays;
- la
violence institutionnalisée de l'État est ignorée
alors que la protestation sociale et politique est criminalisée;
- les
niveaux extrêmement élevés de corruption et
d'impunité au sein des institutions étatiques;
- l'usage
de la violence comme moyen de résoudre les conflits jouit
d'un niveau d'acceptation élevé au sein de
la société;
- des
régionalismes historiques qui ont produit une fragmentation
économique, politique et sociale;
- l'autorité
de l'État déléguée aux pouvoirs
locaux de fait;
- les
liens complexes entre la violence rurale et urbaine.
1.5. IL FAUT QUE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE S'OCCUPE DES DÉPLACÉS
Le
drame des populations déplacées mérite une
attention particulière. Même si aucun chiffre exact ne
fait consensus, des sources dignes de foi comme le CODHES (Bureau de
consultation sur les droits humains et les personnes déplacées),
UNICEF et le Bureau de mobilité sociale de l'Église
catholique estiment qu'il y a 1,8 millions de personnes
déplacées. La recrudescence de la confrontation armée,
l'expansion territoriale des intervenants armés depuis
1985 et le non respect d'une définition des
« combattants » et des « non-combattants »
ont forcé des milliers de familles, paysannes pour la plupart,
à s'enfuir. La grande majorité des réfugiés
demeurent loin des regards du public. On les aperçoit
seulement lors des déplacements massifs qui donnent lieu à
la mise en place de refuges. Cependant, on observe maintenant une
recrudescence des déplacements massifs qui, selon le Project
Counselling Service, représentaient 21 % des déplacements
en 1998.16
Les
autres déplacés abandonnent leurs terres au
compte-goutte. Une à une, les familles arrivent
silencieusement dans les centres urbains et gonflent les rangs des
pauvres en marge de la société. La plupart des
personnes déplacées sont des femmes, des enfants et des
adolescents dont les normes culturelles, le mode de vie, le
gagne-pain et les liens familiaux et communautaires sont en lambeaux.
Du jour au lendemain, ils deviennent des « personnes
jetables » mal préparées pour revendiquer
leurs droits constitutionnels fondamentaux.
La
réponse du gouvernement à l'urgence a été
extrêmement faible en dépit des recommandations répétées
du rapporteur spécial des Nations Unies sur les déplacements
forcés, Francis Deng. Les principales critiques à
l'endroit du gouvernement sont la non prévention de tragédies
prévisibles (notamment lorsque des massacres ou des
assassinats ont été annoncés à l'avance),
le manque de coordination, l'affectation de ressources insuffisantes
et un manque de préoccupation déshumanisant pour le
sort des personnes déplacées dont le nombre atteindra
sans aucun doute 2 millions en l'an 2000. Même si le
Réseau de solidarité sociale (Red de Solidaridad
Social) est chargé de répondre à la crise des
déplacés, on reconnaît en général
qu'il n'a pas suffisamment de ressources humaines, financières
et techniques. De plus, les déplacés doivent composer
avec une lourde bureaucratie. La période d'aide de trois mois
que le gouvernement accorde actuellement aux déplacés
est cruellement insuffisante pour s'occuper des populations
déracinées au moment même où elles vivent
leur drame.
Les
organisations internationales ont décidé d'intervenir.
Le Comité international de la Croix-Rouge, le bureau local du
haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés
(HCNUR) et le bureau du Haut Commissaire aux droits de l'homme des
Nations Unies jouent un rôle de premier plan. De plus, les
organisations internationales comme Peace Brigades et Médecins
Sans Frontières jouent un rôle crucial d'accompagnement
et d'aide humanitaire. De la même manière, plusieurs
agences de développement mettent en uvre des programmes
d'aide d'urgence et de reconstruction économique à plus
long terme mais sont bien conscientes que leur rôle doit être
complémentaire. Il revient au gouvernement de développer
des solutions à long terme.
Selon
plusieurs organisations, dont le CODHES, la Commission de juristes de
la Colombie, Human Rights Watch et le département d'État
des États-Unis, les groupes paramilitaires sont la principale
cause des expulsions, les civils fuyant les massacres, les
assassinats sélectifs, la torture, les menaces et
l'intimidation alors qu'on les accuse d'appartenir à un groupe
de guérilla, de collaborer avec celui-ci ou d'y exprimer leur
sympathie. Les mouvements insurgés sont également
responsables de déplacements forcés, un phénomène
que l'on observe de plus en plus fréquemment.
Malgré
les nombreuses difficultés, les personnes déplacées
continuent de s'organiser. À une conférence nationale
en février 2000, elles ont pu témoigner directement de
leurs préoccupations. Des petits groupes de personnes
déplacées tentant de retourner dans leurs communautés,
ou de s'établir ailleurs à la campagne, affrontent des
obstacles insurmontables, l'insécurité permanente,
la violence, les abus continuels et un labyrinthe impénétrable
de procédures bureaucratiques. Les Communautés de Paix,
un modèle de résistance pacifique créé
pour affirmer le droit de demeurer neutre vis-à-vis tous les
intervenants armés, y compris les Forces armées,
participent à ces processus de retour dans les régions
touchées par le conflit armé. Malgré
l'admiration et l'accompagnement international qu'elles ont inspirés,
ces communautés continuent d'être victimes d'assassinats
et de massacres.
Le
phénomène des déplacements comporte de
nombreuses dimensions. C'est une crise humanitaire d'une ampleur
sérieuse et croissante qui mérite une attention
internationale concertée. L'exode des régions rurales
ne constitue qu'une manifestation du conflit armé colombien;
en même temps, il engendre davantage de violence dans les
centres urbains surpeuplés et sous-équipés. La
colonisation forcée repousse les limites de la frontière
agricole du pays et à mesure que les groupes armés
exercent leur contrôle territorial, le pays se fragmente encore
plus. Le nombre croissant de familles forcées de fuir au-delà
des frontières internationales, au Venezuela, au Panama, en
Équateur, au Brésil et au Pérou ajoutent une
autre dimension au conflit. À ce jour, les pays voisins ont
traité ce problème de manière inhumaine en
violant le droit international relatif aux réfugiés :
ceux-ci sont forcés de retourner en Colombie contre leur gré.
Il faudra attendre plusieurs années avant de pouvoir mesurer
les conséquences de cette crise qui détruit la société
rurale.
1.6. CRISE DE L'ADMINISTRATION DE LA JUSTICE
De
nombreux livres ont été publiés sur l'état
dysfonctionnel du système judiciaire de la Colombie. Comme
l'affirme le Centre de recherche et d'enseignement sur les droits de
la personne de l'Université d'Ottawa, la primauté du
droit, le respect des droits humains et le gouvernement pour et par
le peuple ne sont pas une réalité pour la plupart des
peuples d'Amérique latine. La Colombie ne fait pas exception.
« Le problème clé réside dans le
refus de partager le pouvoir et l'abus du pouvoir par ceux qui le
détiennent. Toute tentative de réformer le système
qui ne s'attaque pas à cette question centrale est vouée
tôt ou tard à l'échec. Nulle part ce problème
est-il plus évident que dans le domaine de la réforme
judiciaire et juridique. »17
Lorsque
les citoyens considèrent que leur système judiciaire
national n'est pas juste et légitime, l'activité
criminelle se développe de manière exponentielle. Il
n'y a pas de doute que la coexistence pacifique exige que tout le
monde soit assujetti aux mêmes règles appliquées
impartialement par un système judiciaire fonctionnel. Comme ce
fondement n'a pas été développé, la
solution a été de « se faire justice
soi-même », ce qui accroît les niveaux de
violence et d'impunité. « Un des problèmes
les plus sérieux qu'affronte la Colombie depuis maintenant
quelques décennies, malgré les réformes de 1991
à la Constitution politique, est l'efficacité de la
justice, que reflètent le plus clairement la criminalité
et l'impunité cachées. »18
Se faire justice et imposer ses propres intérêts
sont devenus la méthode par excellence de résolution
des conflits.
Dans
la perspective des droits humains, l'impunité constitue
l'aspect le plus dévastateur du système judiciaire
dysfonctionnel colombien. Des rapports nationaux et internationaux
révèlent un taux d'impunité de presque
100 % pour les cas de violation des droits humains, et des taux
presque aussi élevés pour les autres types de crime. La
grande majorité des crimes ne sont pas signalés. « En
Colombie, les coûts sociaux de l'impunité sont énormes.
L'impunité cache les crimes derrière un voile de
silence, empêchant ainsi leur assimilation dans la conscience
collective... L'impunité accentue la désintégration
sociale des communautés en reproduisant la violence et
maintient ces communautés dans un état de misère
et d'amnésie. »19
Le
système judiciaire militaire, chargé de juger les
officiers supérieurs impliqués dans des crimes contre
l'humanité, constitue une autre source de profonde
préoccupation liée à l'impunité. Les
récentes révisions apportées au code militaire,
saluées par les autorités étasuniennes, ne sont
toujours pas entrés en vigueur et des éléments
clés de la nouvelle loi régissant le fonctionnement du
système de justice militaire ont été modifiés
à la dernière minute suite aux pressions du haut
commandement militaire. Bien que les plus hautes cours de la Colombie
exigent depuis des années que les membres des Forces armées
accusés de graves violations des droits humains soient
traduits devant des cours civiles, les commandants militaires
insistent que les « excès » sont des
infractions disciplinaires commises par les accusés dans
l'exercice de leurs fonctions. En d'autres termes, il faudrait
tout simplement considérer que les viols et les exécutions
sommaires font partie des fonctions normales d'un soldat.
1.7.
PLANS DE DÉVELOPPEMENT CONTRADICTOIRES
Le
plan de développement original du gouvernement Pastrana est
mort seulement deux ans après le début de son mandat.
La sénatrice libérale Piedad Cordoba a noté
récemment que chaque gouvernement national a l'obligation
constitutionnelle d'élaborer un plan de développement
national et d'assurer la participation active des organes de
planification, des autorités régionales et du Haut
Conseil judiciaire... Selon la Loi 508 adoptée le 29
juillet 1999, le Plan de développement national, intitulé
« Changement pour construire la paix, 1999-2002 »,
est devenu le plan officiel du gouvernement Pastrana... Le
président Pastrana, violant la Constitution, a mis de côté
ce plan approuvé par le Congrès de la République
et l'a remplacé par le Plan Colombia.20
Le
Plan Colombie, sous n'importe quelle de ses nombreuses
versions, est controversé. Des organisations de la
société civile des quatre coins du monde ont décrit
ce plan, élaboré dans un premier temps en secret et en
anglais avec la participation directe du gouvernement des États-Unis,
comme un programme contre-insurrectionnel. En effet, l'inclusion d'un
effort militaire d'envergure dans le sud de la Colombie, sous
couvert de l'éradication de la coca et du pavot, accroîtra
inévitablement le niveau des confrontations armées avec
les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie,
la plus grande organisation insurgée du pays), une force
redoutable dans cette région. Critiquant le Plan Colombia, la
sénatrice Cordoba affirme que la thèse voulant que le
trafic des stupéfiants et le conflit armé sont les
causes principales de la crise de gouvernabilité et de
légitimité de l'État, et sont les deux éléments
auxquels il faut s'attaquer, est basée sur une fausse
prémisse.21
La
version USA du Plan Colombia qui apportera de l'aide
aux Forces armées ayant le pire dossier en matière de
droits humains dans l'hémisphère comporte un
budget original de 1,573 milliards $US sur une période de
deux ans et cinq parties :
- soutien
au gouvernement colombien pour qu'il reprenne le contrôle du
sud du pays (599 millions $US);
- accroissement
de la capacité des autorités colombiennes à
intercepter le trafic de la cocaïne (341 millions $US);
- renforcement
des compétences techniques et en matière de
renseignements de la police nationale (95 millions $US);
- alternatives
de développement économique pour les cultivateurs de
la coca (145 millions $US);
- gouvernance
améliorée par le soutien de la protection des droits
humains, la réforme du système judiciaire et le
contrôle du blanchiment de l'argent et d'autres activités
criminelles (93 millions $US).
Des
différences politiques au sein du gouvernement des États-Unis
lui-même, ainsi que des pressions efficaces exercées par
la société civile, ont retardé la décision
finale durant plusieurs mois. Toutefois, après un long débat,
le Plan fut adopté à une écrasante majorité
par le Congrès américain à la fin de juin 2000
pour un montant total de 1,3 milliards $US (au moment d'écrire
ces lignes, l'auteure n'avait pas obtenu la confirmation des montants
affectés à chaque poste). Même avec quelques
modifications (l'achat d'un nombre moins élevé
d'hélicoptères sophistiqués par exemple), un
langage plus serré concernant les droits humains et un
renforcement des instruments de vérification, le Plan
Colombia demeure un important programme d'aide militaire au
moment même où les Colombiens et Colombiennes sont de
l'avis qu'il faut plutôt consacrer tous les efforts à
encourager les compétences des Forces armées en matière
de consolidation de la paix. Ce plan ignore les paramilitaires de
droite qui, aux dires de tous, y compris du gouvernement des
États-Unis, dépendent du commerce de la drogue pour
survivre; il encouragera les FARC à faire la guerre et non la
paix; c'est une politique qui ne tient pas compte des racines du
conflit; il prolongera la guerre qui dure déjà depuis
des décennies; et il ne fait aucun doute que ce plan échouera
en tant que politique de lutte contre la drogue. Le Plan Colombia est
un plan en trois phases qui doit être mis en uvre sur
plusieurs années, si tout va bien : Phase 1 dans Putumayo
et le sud; Phase 2 dans le sud-est et le centre de la Colombie, et
Phase 3, un programme intégré pour le reste du pays.
Comme
Robert White, ancien ambassadeur des États-Unis au El Salvador
et au Paraguay, l'a indiqué dans une lettre publiée le
8 février 2000, le Plan Colombia constitue la pente
savonneuse de l'intervention directe des États-Unis en
Colombie. « Il
est difficile d'éviter de conclure qu'il s'agit d'une
stratégie contre-insurrectionnelle déguisée en
programme de lutte contre la drogue. Pour le général
McCaffrey, qui possède peu de connaissances en matière
de politique étrangère et dont le mandat est de gagner
la guerre contre la drogue, il doit paraître logique de réduire
des forces politiques, économiques et sociales complexes en
une cible maniable et de l'attaquer militairement... Est-ce
vraiment insignifiant que la déclaration de guerre contre les
FARC nous rend complices des militaires colombiens entretenant des
liens de longue date avec les paramilitaires barbares qui commettent
plus de 75 % des violations des droits humains affligeant ce
pays déchiré par la violence et qui se consacrent au
trafic de la drogue? »22
D'autres
observateurs qui ont analysé le plan du point de vue de la
lutte contre la drogue sont tout aussi critiques. Ricardo Vargas,
auteur de plusieurs livres et articles sur le trafic des stupéfiants,
affirme que le Plan Colombia adopte les mêmes stratégies
qui ont échoué depuis plus de 25 ans.23
Dans l'industrie illicite de la drogue, le problème le
plus difficile à résoudre est la capacité du
crime organisé d'introduire des substances illégales
sur les marchés nord-américains et européens. La
consommation des stupéfiants dans les pays du Nord et de
l'Ouest mérite autant d'attention, sinon davantage, si l'on
espère réduire de manière appréciable le
trafic de la cocaïne et de l'héroïne. Le paysan
pauvre de la Colombie, avant même de soustraire ses frais de
production, reçoit seulement 0,67 % du prix de vente
final de la drogue. Pourquoi, demande Vargas pour la forme,
affecterait-on 82 % du budget d'un plan de développement
à un programme militaire de lutte contre des cultivateurs et
des guérillas dont les parts des recettes de l'industrie
représentent respectivement de 0,67 % et 1 %?24
La
version du Plan Colombia destinée aux gouvernements
européens (et canadien) est très différente.
Plan Colombia, Institutional Strengthening and Social Development,
2002-2002 se veut une stratégie de reconstruction
économique et sociale, de négociation du conflit armé,
de lutte intégrée contre le narcotrafic, de
renforcement institutionnel et de développement social. Se
concentrant sur les droits humains, l'aide humanitaire et le
remplacement de la coca et du pavot par d'autres cultures, on y
demande aux Européens (et vraisemblablement aux Canadiens)
1,6 milliards $US sur une période de trois ans pour les
volets non militaires du Plan Colombia d'ensemble. Les critiques
soutiennent que l'on ne peut passer sous silence les
contradictions fondamentales existant entre les deux plans. En fait,
les éléments de la version US du Plan annulent les
chances de succès de la version européenne. Les
organisations de la société civile internationale,
conjointement avec leurs homologues colombiens, demandent que tous
les gouvernements apportent leur appui à la Colombie sans
égard aux restrictions du Plan Colombia, quel qu'en
soit la version. Ils demandent que les critères de
transparence et de gouvernance soient appliqués. Et ils
demandent une rencontre avec la communauté internationale en
septembre au Costa Rica pour discuter d'un éventail de
questions concernant le Plan Colombia et des alternatives viables.
1.8
LA GUERRE CONTRE LE NARCOTRAFIC SE FAIT PLUS DISCRÈTE DANS LES
MÉDIAS
Sans
aucun doute, la « guerre » contre la drogue en
Colombie ne fait plus les manchettes dans des médias
aujourd'hui, sauf dans le contexte du Plan Colombia et de la
politique étrangère des États-Unis, même
si les superficies cultivées ont augmenté de manière
spectaculaire (voir ci-dessus), malgré le pouvoir corrosif de
l'argent de la drogue sur la société en général
et les institutions de l'État, et malgré l'augmentation
de la consommation locale. C'est la manière de faire les
affaires qui a changé. Les cartels ostentatoires de Medellin
et de Cali ont été remplacés par une génération
plus jeune de trafiquants de drogue qui s'est organisée dans
une myriade de petites structures semblables à des entreprises
ordinaires et moins faciles à détecter. La police
colombienne croit que 80 organisations comptant de 20 à 40
personnes chaque sont responsables du commerce illégal de la
drogue à l'extérieur de la Colombie et que 20 autres
groupes seraient prêts à entrer en action. Selon le
Programme des Nations Unies pour le contrôle international des
drogues, UNDCP, la puissance économique des trafiquants de
drogue en Colombie est passée de 5,8 % à 2,2 %
du PNB au cours des trois dernières années. Les
trafiquants placent leur argent ailleurs en raison de la récession
et de la législation visant la saisie des profits illicites.
Mais
cela ne signifie pas que « l'industrie »
n'inspire pas l'inquiétude. Les « narcos »
ont acheté approximativement 4,4 millions d'hectares de
terres et fait reculer la réforme agraire de plusieurs
décennies. Plus important encore, le narcotrafic contribue
(mais ne cause pas) l'extension et l'intensité du conflit armé
interne. Tant les paramilitaires que la guérilla,
particulièrement les FARC, entretiennent des liens « intimes »
avec cette industrie, les derniers protégeant les petits
producteurs et imposant des impôts sur les trafiquants et les
premiers participant directement à la production et à
la vente de narcotiques. Ils utilisent leurs profits fabuleux pour
acheter des armes sophistiqués et de l'équipement
militaire qui attisent la guerre et intensifient l'horreur.
L'épandage
aérien des cultures constitue un des aspects les plus
controversés de la politique de lutte contre la drogue des
États-Unis en Colombie; en 1996, des dizaines de milliers de
producteurs de coca se sont mobilisés pour protester contre de
telles pratiques. Selon les résidents de nombreux villages
éloignés de la Colombie,25
la fumigation aérienne est effectuée sans discernement
et de manière irresponsable. Il est très difficile
d'épandre avec précision et il n'est pas rare que des
cultures vivrières fanent et meurent et que les animaux
domestiques tombent malades.26
L'épandage transforme en réfugiés les nombreux
paysans que ne produisent que la coca; en fait, le Plan Colombia
comporte un petit budget pour aider durant trois mois quelque
120 000 personnes qui risquent d'être déplacées
en raison des programmes anti-drogues des États-Unis. Selon un
reportage d'enquête publié dans la revue Mother Jones le
3 mai 2000, le gouvernement des États-Unis songe à
lâcher un nouveau mycoherbicide ou champignon toxique dans le
cadre de ses activités de fumigation. « S'il est
appliqué massivement, Le Fasarium Oxisporum pourrait en fait
représenter un danger grave pour l'environnement et la santé
humaine. Cette question n'est pas anodine en Colombie, le pays ayant
le deuxième biosystème le plus diversifié au
monde. Des années d'épandage aérien financé
par les États-Unis n'ont jusqu'à maintenant même
pas réussi à ralentir la croissance de la florissante
industrie de la coca et du pavot.27
La politique de lutte anti-drogues actuelle des Etats-Unis ne
fonctionne tout simplement pas. « Une victoire militaire
contre les producteurs colombiens et les groupes de guérilla
qui les extorquent ne mettra pas fin au trafic de la drogue. D'autres
paysans dans d'autres régions de la planète cultiveront
et vendront leurs récoltes aux trafiquants de drogue qui les
traiteront et les transporteront là où la demande
existe. »28
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NOTES
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1 Communiqué de presse des Nations Unies, 14 avril 2000, www.unhchr.ch/Hurricane. Le haut commissaire aux droits de l'homme, Mary Robinson, a déclaré en avril de cette année que « la situation des droits de l'homme en Colombie demeure sérieuse et se détériore ».
2 De las Armas a la política, sous la direction de PENARANDA, Ricardo et GUERRERO, Javier, dans « De Guerrillas a Movimientos Políticos (Análisis de la Experiencia Colombiana: El Caso del M-19) », ZULUAGA NIETO, Jaime, page 9; traduction anglaise de l'auteure.
3 PEARCE, Jenny, Colombia: Inside the Labyrinth; pages 4 et 5.
4 ZULUAGA, Jaime, De las Armas a la Política.
5 Les assassinats des dirigeants du Parti libéral, Jorge Eliecer Gaitan, en 1948, et Luis Carlos Gaitan, presque quarante ans plus tard, en témoignent. Les larges coalitions arc-en-ciel
et les alternatives politiques, notamment l'Union patriotique (1985) et les mouvements sociaux, ont été systématiquement réduits au silence et, à l'occasion, éliminés physiquement par le recours incessant à la violence et à la répression.
6 Un récent sondage a montré que la majorité des
Colombiennes et Colombiens consultés pense que la situation
d'ensemble va se détériorer (78 %) et que le
président Pastrana a fait preuve d'inefficacité dans
sa gestion de la plus récente crise (57 %) provoquée
par sa décision précipitée et unilatérale
de tenir un référendum en juillet qui, notamment,
destituerait les membres actuels du Congrès en raison de leur
corruption.
7 ADEBAJO, Adekeye, « Economic Agendas in Civil Wars: A Conference Summary », Site Internet de l'Académie mondiale de la paix, page 1.
8 Informe de la Alta Comisionada de las Naciones Unidas para los Derechos Humanos sobre la Oficina en Colombia, avril 2000.
Durant la période examinée, soit de janvier à décembre 1999 :
- le nombre de massacres en Colombie a
presque doublé, la majorité de ceux-ci, d'une cruauté
extrême, étant l'uvre de groupes
paramilitaires;
- le bureau de Bogota a reçu des
témoignages indiquant la participation directe de militaires
à l'organisation de nouveaux groupes paramilitaires et à
la diffusion de menaces; dans certains cas, les membres des forces
armées ont été identifiés en tant que
participants aux massacres; dans d'autres, les militaires, en
s'abstenant d'intervenir, ont permis aux paramilitaires de
compléter leur travail d'extermination;
- les efforts de l'État pour garantir
et fournir une protection aux intervenants et intervenantes en
droits humains ont été insuffisants à
l'extrême;
- la torture et le traitement inhumain ont
continué d'être sous-déclarés; les
paramilitaires ont habituellement torturé les personnes
qu'ils ont détenues;
- les disparitions forcées demeurent
un problème sérieux et il y a peu de renseignements
sur celles-ci; et
- le problème actuel de l'impunité
a été lié directement au niveau élevé
de corruption au sein de l'État colombien.
9 Communiqué de presse des Nations Unies; Commission des droits de l'homme, 56e Session, 14 avril 2000, matin, page 7.
11 Así van los DESC, Plataforma Colombiana de Derechos Humanos, Democracia y Desarrollo, mai 2000, page 5, traduction anglaise de l'auteure.
12 Op. cit., page 6; On trouvera des références dans : SARMIENTO, Libardo ; « Las Perdidas son socializadas y las ganancias privatizadas »
in Utopías, Année VI, No. 60, Bogota,
Novembre-Décembre, 1998, page 21. Les 5 principaux
conglomérats financiers du pays détiennent 92 %
des actions; 50 groupes économiques possèdent
60 % de l'industrie, des services, du commerce, du transport et
de l'agriculture; 1,3 % des propriétaires à la
campagne détiennent 48 % des terres; 4 groupements
d'entreprises dominent 80 % des médias, les 10 %
les plus riches de la population s'accaparent 58,4 % des
revenus des ménages alors que les 10 % les plus pauvres
touchent seulement 0,3 %.
13 SEMANA, le 26 mai 2000, rapport de la FEDESARROLLO.
14 MONCAYO, Hector-Leon, « The Nature of the War and the Possibilities for Peace in Colombia », dans Beyond Law, Vol. 7, Numéro 21, janvier 2000.
15 MOSER, Caroline, « La Violencia en
Colombia: cómo construir una paz sostenible y fortalecer el
capital social », dans Ensayos sobre paz y desarrollo,
El Caso Colombiano y la Experiencia Internacional, sous la
direction d'Andrés SOLIMANO, Felipe SAEZ, Caroline
MOSER, et Cecilia LOPEZ, 1999, page 15.
16 Colombia, Report on Forced Displacement,
1998-1999; Project Counselling Service, 1999, page 9.
17 Human Rights Research and Education
Bulletin, No. 39, juin 2000, page 1.
18 VARGAS VALÁSQUEZ, Alejo, « Toward
Democratic Governance in Colombia at the Close of the Century »,
dans Beyond Law, Vol. 7, numéro 21, janvier 2000.
19 MARTINEZ, María Inés; « The
International Campaign Against Impunity », dans Colombia
Bulletin, été 2000, page 18.
20 Desde Abajo, Supplément spécial,
mars 2000.
22
WHITE, Robert, « Shades of Vietnam »,
Washington Post, le 8 février 2000.
23
Par exemple, de 1992 à 1999, une période d'efforts
d'éradication importants (particulièrement de 1995 à
1999), les superficies de coca ont triplé, passant de 41 206
à 122 000 hectares.
24 VARGAS MEZA, Ricardo, Fumigación y Conflicto, TM Editores, novembre 1999; et VARGAS MEZA, Ricardo, Drogas, Máscaras y Juegos , TM Editores, mai 1999.
25 Les paysans, les travailleurs, les communautés
afro-colombiens et autochtones du département de Putumayo
s'inquiètent au plus haut point que l'épandage
sans discernement ait simplement comme effet de forcer les
populations rurales à s'établir dans des régions
encore plus reculées, entraînant une aggravation de la
crise environnementale, une érosion redoublée du
fragile tissu social dans la région et l'augmentation des
déplacements forcés massifs. Un rapport préparé
par le Inter-institutional Project Group pour Convivencia de
Putumayo, et présenté à la communauté
internationale résidant à Bogota, affirme dans son
introduction que « la lutte entre les FARC, les
paramilitaires et les Forces armées pour le contrôle du
territoire, la crise de l'économie de la coca et plus
récemment, la fumigation des plantations de coca, ont produit
une importante crise humanitaire qui touche les communautés
paysannes, les colons, les peuples autochtones, les Afro-Colombiens
et les cueilleurs de feuilles de coca. Comme le Putumayo est une
région prioritaire pour l'application des mesures répressives
du Plan Colombia et des politiques de lutte anti-drogues des
États-Unis, on risque d'assister dans ce département à
une intensification du conflit armé et à une
détérioration des droits humains, du droit humanitaire
international et des droits économiques, sociaux et
culturels.
26 ROHTER, Larry, « To Colombians,
Drug War is a Toxic Foe », The New York Times, le
1er mai 2000. Par exemple, des paysans de la région
de Caquetá, où l'on cultive la coca, se sont plaints
l'année dernière à un journaliste du New York
Times que les avions d'épandage avaient dévasté
les cultures qu'ils avaient semé après avoir abandonné
la coca.
27
En 1998, 104 000 acres de coca et 20 000 acres
de pavot asiatique ont été soumis à l'épandage,
à un coût de plus de 150 millions $US, mais
la production de cocaïne et d'héroïne a néanmoins
plus que doublé depuis 1995 en Colombie.
28
GALLON, Gustavo, « Setting the Record Straight: The Real
Situation in Colombia », dans Colombia Bulletin,
été 2000, page 8.
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