LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN COLOMBIE

Document de discussion par Eleanor Douglas
22 juin 2000

DEUXIÈME PARTIE



3. PERSPECTIVES DE PAIX




3. PERSPECTIVES DE PAIX

« Le processus de paix constitue une occasion historique de renégocier les éléments dysfonctionnels du système politique; c'est-à-dire de mener des réformes que le système politique ordinaire ne peut réaliser, et de s'attaquer – ou de tenter de s'attaquer – aux causes premières du conflit »36

La documentation spécialisée sur les processus de paix montre que le succès du processus dépend dans une large mesure des questions de fond qui sont négociées. Un des dangers qui guette le processus colombien est l'absence d'une analyse poussée de l'imbrication des différentes « violences »; on a consacré beaucoup d'efforts à examiner la violence des années 50 alors que la situation d'aujourd'hui est beaucoup plus complexe. Tel que mentionné plus tôt dans le présent document, les motivations, la composition sociale, le « modus operandi » et les objectifs ultimes des différents intervenants armés ont subi un processus complexe de transformation au cours des 50 dernières années. La tendance à vouloir accélérer les négociations pourrait créer la principale faiblesse du processus de paix et malgré les coûts sociaux et humains effroyables de la guerre, il faut toujours garder à l'esprit les objectifs à long terme des négociations. Il n'existe pas de solution facile.

Aussi, même si le conflit risque de s'aggraver à court et à moyen terme, on peut observer des signes positifs poindre à l'horizon :

  • la reconnaissance généralisée qu'aucune issue militaire à la guerre n'est possible sans des coûts astronomiques humains et matériels;
  • un consensus plus large que jamais à l'effet qu'il faut réaliser la paix par le dialogue;
  • une « explosion » d'activité parmi une grande diversité d'intervenants de la société civile de sorte que le mouvement pour la paix comprend aujourd'hui un large éventail d'intervenants sociaux et non seulement la gauche et les militants et militantes de droits humains.
  • le conflit armé, auparavant un sujet marginal, est devenu un des points principaux à l'ordre du jour du pays;
  • une compréhension de plus en plus limpide qu'il faut que la paix soit « intégrale », c'est-à-dire, qu'elle doit inclure des changements structurels s'attaquant aux inégalités sociales et politiques; ces causes profondes du conflit sont toujours un obstacle important à la construction d'un État démocratique, dynamique et viable – maintenir le statu quo n'est tout simplement pas une option;
  • une conscience croissante que la consolidation de la paix ne peut se réaliser indépendamment de la protection des droits humains et que le respect du droit humanitaire international doit servir de cadre de base pour consolider la paix;
  • l'acceptation maintenant que la communauté internationale a un rôle à jouer, alors que ce point était auparavant un sujet tabou.

Malgré les nombreuses critiques portées à l'endroit du président Pastrana et de son gouvernement, on reconnaît que son audace a donné l'élan initial aux discussions avec les FARC. Pour qu'un président dirige un tel processus et surmonte la résistance de puissants secteurs de l'opposition, il doit jouir d'une solide légitimité. Succédant à l'administration du président Samper marquée par les scandales, et s'engageant à mettre en œuvre sa promesse électorale de faire de la paix une priorité, le président a commencé son mandat avec un capital politique considérable. Il jouissait aussi de l'appui du gouvernement des États-Unis.

Dès le départ, il était entendu que les négociations allaient exiger des concessions et qu'en plein conflit, il faudrait accorder une zone démilitarisée aux FARC. Même si les militaires et des secteurs de l'élite colombienne craignent que l'on ait accordé trop de privilèges à la guérilla, le processus se poursuit toujours aujourd'hui alors que plusieurs obstacles et incertitudes demeurent entiers. Le gouvernement a adopté une stratégie d'ensemble pragmatique de sorte que le dossier de l'ELN n'a reçu qu'une attention superficielle. L'ELN constitue une menace militaire beaucoup moins grande que les FARC et la campagne des AUC menée dans ses bastions l'affaiblit encore plus. La stratégie contreinsurrectionnelle des paramilitaires semble faire partie du plan de « paix » global.

Cependant, après deux années au pouvoir, le président Pastrana a gaspillé une bonne partie de son capital politique initial. Le style erratique, exclusif et élitiste avec lequel il a maintenu ses rapports avec la guérilla et le refus du gouvernement de s'attaquer sérieusement au terrorisme paramilitaire croissant a miné une partie du soutien dont il jouissait au début de son mandat. Par exemple, depuis que Pastrana a pris le pouvoir, on n'a convoqué qu'à quelques reprises et à contrecœur le Conseil national de la paix (« Consejo Nacional de Paz ») créé par le Congrès durant l'administration précédente pour s'assurer que la quête de la paix soit un engagement permanent. L'élan et le mandat originels du Conseil, lequel est composé d'une large gamme de représentants de différents secteurs sociaux, ont été ignorés.

À moins de changements majeurs, il est prévu que les négociations avec les FARC se poursuivront et que la Convention nationale de l'ELN trouvera éventuellement un foyer, et ce, au milieu d'une intensification du conflit et de manœuvres de la part de tous les intervenants armés pour se positionner avantageusement, à court et peut-être même à moyen terme. Chacun des protagonistes – les FARC, l'ELN et le gouvernement – est conscient que les risques sont grands et la situation délicate. Le grand public est las de la guerre et il n'est pas rare d'entendre dire que n'importe quelle solution – même l'intervention d'un gouvernement étranger – serait préférable aux tourments actuels. Pour être crédibles sur le plan national et international, il faut que les mouvements de guérilla démontrent leur engagement envers le processus de paix en respectant le droit international humanitaire et en initiant des « œuvres de paix » concrètes. De son côté, pour assurer sa crédibilité, le gouvernement doit garantir à ses citoyens et citoyennes leurs droits humains fondamentaux et démanteler les AUC dont les incursions causent inexorablement l'intensification du conflit et éliminent toute possibilité de débat politique. Et finalement, il faut convaincre les élites politique et économique de « donner » généreusement à la paix.

3.1. LA NÉGOCIATION D'UN ACCORD POLITIQUE N'EST PAS UNE UTOPIE

Il ne faut pas penser qu'un accord politique négocié produira le genre de paix dont on rêve souvent : la conquête d'un paradis terrestre ici et maintenant. Il n'y a pas de solutions magiques. Il s'agit plutôt de la création de mécanismes étatiques permettant à tous les intervenants sociaux d'exprimer et de faire entendre leurs préoccupations, créant les conditions d'une transformation non violente du conflit actuel, et laissant fleurir les débats politiques et idéologiques sans recours à la répression ouverte ou à l'exclusion. La Colombie compte près de 20 années d'expérience à négocier la fin du conflit armé. Plusieurs modèles, dont certains ont connu plus de succès que d'autres, ont été mis en place par les différents gouvernements qui se sont succédés depuis l'administration de Belisario Betancur de 1982 à 1986. Une documentation abondante décrit ces efforts partiels dont aucun n'a réussi à atteindre ses objectifs globaux à long terme.

La consolidation de la paix en Colombie constitue sans aucun doute un processus à long terme. Il faut que le gouvernement, les insurgés, la communauté internationale et particulièrement le peuple colombien reconnaissent tous qu'une entente politique négociée, faisant partie d'un éventuel accord de paix mettant fin au conflit armé, n'éliminera pas automatiquement toutes les autres formes de violence. Et tant et aussi longtemps que les parties au conflit continuent de toucher d'importantes ressources grâce au narcotrafic, aux différents types d'extorsion et aux bailleurs de fonds externes, le conflit pourra continuer durant une période de temps indéterminée. Selon Marco Palacios, recteur de l'Université nationale,

« le problème en Colombie ne consiste pas seulement à réaliser la paix, mais aussi à construire la démocratie. Le conflit armé est causé par l'absence d'une démocratie institutionnalisée. Le problème fondamental se trouve dans la sphère politique globale et non dans la confrontation entre la guérilla et l'État. »37

Puisque la réalisation de la paix implique véritablement la destruction du mythe que la démocratie colombienne est basée sur des fondements économiques solides, l'engagement à trouver des solutions doit aller bien au-delà de négociations de paix mécanistes.

3.2. PERSPECTIVES DE PAIX DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

Devant l'absence de légitimité des deux parties au conflit armé, ou pour compenser leur faiblesse politique, la société civile peut souvent jouer un rôle crucial dans l'établissement de liens entre les parties, en présentant des propositions et en exerçant des pressions sur les parties pour qu'elles concluent et mettent en œuvre une entente de paix. Cette affirmation est partiellement valide dans le cas de la Colombie. Mais c'est avant tout pour présenter et représenter le point de vue des citoyens et citoyennes à la table de négociation – particulièrement celui des couches marginalisées – que la société civile doit participer au processus de paix car aucune des parties n'articule adéquatement leurs intérêts. Les organisations populaires et les groupes de citoyens considèrent que leurs intérêts ne sont pas défendus convenablement dans aucun des processus de négociation de haut niveau entre les élites du gouvernement et de la guérilla des FARC ou de l'ELN. Il est possible que la proposition de Convention nationale de l'ELN permette une consultation plus systématique de la société civile mais pour y arriver, il reste encore à surmonter de nombreux obstacles. Le processus de négociation entre les FARC et le gouvernement a formellement lancé une invitation à la société civile et a permis à des centaines d'organisations et d'individus de présenter leurs positions. Il y a énormément de discussions mais il faut se demander si quelqu'un écoute. Il est évident qu'il faut encore développer des mécanismes efficaces afin de permettre une participation sérieuse. Comme il y aura au moins deux négociations, et peut-être même trois ou plus, la société civile est prise dans un dilemme en ce qui concerne l'efficacité de sa contribution.

La variété et la richesse des organisations colombiennes engagées dans la consolidation de la paix au niveau local dément l'apparente faiblesse globale de la société civile : défense des droits humains; programmes de neutralité active; négociations collectives; justice, réconciliation et médiation communautaires alternatives; règlement extrajudiciaire des conflits; appui aux populations déplacées; et développement communautaire. Étant donné la crise de légitimité du gouvernement actuel et des partis traditionnels, il existe beaucoup d'espace politique pour « l'explosion » d'un mouvement de masse pour la paix, les droits humains et la justice. Cependant, comme nous le rappelle Alejo Vargas, la dynamique historique « a contribué à la consolidation d'une culture politique qui tolère mal l'opposition et qui a empêché le développement de concepts ayant de profondes racines démocratiques tels que la diversité et l'hétérogénéité du système des partis, d'une part, et la reconnaissance des conflits, d'autre part, en tant qu'expressions de la multitude des opinions, des forces et des intérêts existant au sein de la société. »38

Selon une étude récente du John Hopkins University, la multiplication des organisations non gouvernementales en Colombie est une des plus élevées au monde.39 Cette variété de soi-disant organisations de la société civile peut potentiellement contribuer à élargir l'ordre du jour des discussions politiques. La forte présence des organisations non gouvernementales en Colombie est liée tant à la faible maîtrise de l'État sur les relations sociales qu'au dynamisme des espaces autonomes de citoyenneté active. Daniel Pecaut, un expert sur la Colombie bien connu, avance que la tradition de la société civile en Colombie est limitée et que le maintien des « gens ordinaires » et des militants sociaux sous le joug constant des intervenants armés leur exclut toute autonomie véritable. Au cours des années 70 et 80, plusieurs tentatives d'établir des options politiques alternatives et progressistes (c'est-à-dire de gauche) ont en réalité été soumises à une forme de tutelle de la part des nombreux groupes insurgés qui existaient à l'époque (rappelons que durant de longues périodes, il y avait six et même sept groupes insurgés différents). Même si ces mouvements politiques proclamaient leur « autonomie », autant pour se protéger contre la répression qu'en raison de leur désir fondamental de créer un espace politique indépendant, en réalité, les directions des groupes insurgés ont durablement miné leur indépendance de façons trop nombreuses et complexes pour être abordées dans le présent document.

Il en va de même pour un nombre important de mouvements sociaux et d'organisations non gouvernementales, particulièrement ceux ayant une base sociale bien définie. Cependant, avec la métamorphose de la guerre en Colombie, la détérioration du conflit, l'intégration de plusieurs groupes insurgés à l'échiquier politique et les changements spectaculaires sur la scène internationale après la chute du mur de Berlin, l'autonomie de la société civile et des organisations populaires a rarement été remise en question durant les années 90. (Par exemple, personne ne remet en question l'autonomie du nouveau Mouvement socio-politique {Movimiento Social- Político} actuellement en cours de formation – il en va de même pour les ONG et la plupart des mouvements sociaux qui sont parvenus à survivre les massacres des dernières années). Par contre, dans l'analyse de la société civile, il ne faut pas oublier que l'espace politique autonome véritable dont jouissent les groupes et mouvements organisés n'existe que depuis très peu de temps. Il n'est donc pas surprenant que la capacité de ces groupes à composer avec les différences et les conflits n'en est qu'à ses débuts.

Ainsi, au sein de la « société civile », un terme qui a été beaucoup calomnié, il existe une gamme d'approches à la consolidation de la paix. Cependant, l'impact de ce « menu » d'initiatives a été faible jusqu'à maintenant à cause :

  • de l'absence d'une proposition globale intégrant divers objectifs et mécanismes;
  • de l'adoption d'approches fragmentées dans le cadre de programmes indépendants qui ne considèrent qu'une partie de la réalité;
  • de la prolifération d'interventions centrées sur des résultats à court terme plutôt que sur des changements structuraux à long terme;
  • du nombre limité d'évaluations poussées en vue de la reproduction des meilleures expériences.

Toutefois, c'est ce « menu » qu'il faut protéger, alimenter, renforcer et encourager. Malgré la dispersion actuelle, il faut que les groupes de citoyens et de citoyennes et les organisations de la société civile s'assurent que la flamme de la paix ne vacille et ne s'éteigne. La guerre a eu d'importantes répercussions sur l'organisation sociale et politique. On a dû faire preuve de créativité, d'énergie et d'engagement remarquables pour préserver les visions alors que la méfiance, l'intolérance et la planification à court terme, liées à l'autoritarisme des organisations politiques, a dominé la scène durant 40 ans.

3.2.1. Réseaux nationaux chargés de coordonner la consolidation de la paix

Sur le plan national, il existe plusieurs entités de coordination, chacune avec un mandat légèrement différent mais aussi avec des degrés élevés de chevauchement et probablement de redondance. Nous en présentons quelques-uns ci-dessous :

L'Assemblée nationale de la société civile pour la paix est un mouvement large qui compte des représentants de tous les secteurs de la société civile, y compris l'Église et certains groupes du secteur privé (bien que de manière limitée), des institutions, des individus, des organisations de la base, des communautés autochtones et noires, des universités, des instituts de recherche, etc. Deux assemblées nationales ont été organisées, la première à Bogota en 1998 et la deuxième à Cali en 1999. Dans certaines régions du pays, des assemblées départementales ont été créées afin d'élargir la base sociale du mouvement. L'Assemblée a comme objectifs de représenter le plus largement possible les initiatives de la société civile dans l'élaboration de programmes, la planification et la promotion de la paix, et d'être un interlocuteur entre l'État, les intervenants armés et la population en général sur les questions relatives au processus de paix. Elle compte contribuer à la définition du contenu et des instruments d'une proposition nationale de construction de la paix avec justice en Colombie. Même si elle est gênée par un certain manque d'institutionnalité et de fonds, l'Assemblée constitue malgré tout un des points de référence les plus importants sur le plan national.

REDEPAZ, le Réseau national d'initiatives en faveur de la paix et contre la guerre, a commencé ses activités en 1993. Cette organisation a pour mission d'élargir et de consolider un mouvement social pour la paix aux plans politique, éthique et culturel, en tant qu'initiative du pouvoir citoyen pour la « refondation » de la Colombie. REDEPAZ compte 53 groupes de travail pour la paix, « Mesas de Trabajo por la Paz », dans plusieurs régions du pays où participent des organisations gouvernementales, de la société civile et du secteur privé. REDEPAZ a participé aux différentes campagnes d'envergure pour la paix : le Mandat pour la paix qui a récolté 10 millions de votes pour la paix le 27 octobre 1997, la Campagne des enfants pour la paix, la création de l'Assemblée nationale de la société civile pour la paix en 1998, sa propre campagne annuelle pour la paix et la campagne « Nunca Más » (« Plus Jamais ») de 1999 qui a mobilisé 12 millions de personnes dans la rue en faveur de la paix et contre la guerre. Nombre d'organisations et d'individus participent tant à l'Assemblée qu'à REDEPAZ. REDEPAZ est une ONG reconnue légalement et, à ce titre, reçoit des subventions internationales, particulièrement des Pays-Bas.

Le Groupe de coordination Colombie-ÉUA-Europe a été créé à l'origine par les plus grandes organisations des droits de l'homme de la Colombie et bien que son membership se soit élargi à l'extérieur de ce groupe original, le partage d'informations sur la situation générale des droits humains et de la paix en Colombie continue d'y être une préoccupation centrale. Des employés et une infrastructure minimale dans les trois régions géographiques facilitent le lobbying et l'élaboration de programmes en Europe et aux États-Unis, en coordination avec la Colombie.

« Colombia Va » (« En avant Colombie! ») est en réalité un projet-programme initié il y a quelques mois avec la participation de 22 ONG, organisations sociales et réseaux basés principalement, mais pas exclusivement, à Bogota. L'élan initial de ce mouvement provient de l'Ambassade des Pays-Bas qui visait à réunir des groupes dans l'articulation et le développement d'un plan de paix coordonné avec la promesse de financement européen. Bien qu'il soit encore trop tôt pour porter jugement sur ce groupe, ce processus fait face à des difficultés à cause de sa raison d'être peu orthodoxe et de sa composition hétérogène – ses membres sont des ONG individuelle, des réseaux et des mouvements sociaux.

Dirigé en partie par Francisco Santos, directeur de la Fondation País Libre (Pays libre) et un éditorialiste de El Tiempo, le plus grand quotidien de la Colombie, le mouvement « No Más » a fait sa marque à des moments précis. Associé de près aux mobilisations nationales d'octobre 1999 où plus de 12 millions de personnes ont défilé dans les rues pour la paix, le mouvement est, néanmoins, étroitement lié aux campagnes contre les enlèvements qui, à leur tour, sont étroitement liées aux guérillas. Comme M. Santos a dû quitter la Colombie à cause des menaces contre sa vie, l'avenir de ce mouvement est maintenant incertain.

3.2.2. Perspectives des régions

La Colombie est par excellence un pays de régions clairement définies et le mouvement pour la paix ne fait pas exception à cette règle. C'est au niveau régional que la collaboration entre les divers intervenants sociaux est la plus étroite : ONG, organisations autochtones, groupes de femmes, chercheurs universitaires, Églises, syndicats, centres de justice alternatifs, groupes environnementaux et organisations de droits humains. Ceux-ci unissent leurs forces autour de programmes de consolidation de la paix spécifiques. Les plans d'action stratégique intégrés comprenant des objectifs, des indicateurs, des activités et des résultats espérés en matière de consolidation de la paix ne sont pas encore la norme au niveau régional même s'il existe des cas de planification conjointe au niveau local.

Le présent document ne peut décrire chaque région, mais en Antioquia, et notamment dans la ville de Medellin, dans le Magdalena Medio autour de la ville de Barrancabermeja40 et au Putumayo où le Plan Colombia doit être initié, il existe des réseaux importants s'intéressant à la question de la construction de la paix (ainsi qu'à d'autres problématiques politiques). Aussi, il n'est pas rare que les organisations de la société civile et les institutions étatiques régionales collaborent, soit dans le cadre d'une relation de surveillance ou d'un programme spécifique. Ce type de collaboration est plus difficile à établir au niveau national. (Les gens vivant au Canada n'auront aucune difficulté à comprendre tant la richesse que les limites de ce type de dynamique!). L'appui aux initiatives régionales est important mais comme toujours, le défi consiste à articuler et à gérer des propositions nationales bien fouillées et adaptées aux différences culturelles mettant à profit le travail dans les régions. Cette question est cruciale pour la construction d'un processus de paix « à partir de la base » et pour que la société civile colombienne contribue à la définition et à la mise en œuvre d'un plan de paix. Les tensions entre les dynamiques régionales et nationale sont constantes.

3.2.3. La consolidation de la paix et le mouvement des droits humains

Bien qu'il y avait, et qu'il y a toujours, des tensions entre la consolidation de la paix et les droits humains, on se rend de plus en plus compte que la paix durable ne peut être établie si les droits politiques, civils, économiques, sociaux et culturels de la population sont violés, s'il n'y a pas de système judiciaire fonctionnel et fiable et si les auteurs de crimes sont invariablement libérés. En même temps, le besoin de réduire les niveaux de violence, de mettre un terme au conflit armé et de sauver des vies au moyen d'une entente politique négociée signifie qu'il faut avancer dans un contexte très imparfait. La « négociation » ne signifie-t-elle pas que les « deux côtés » gagnent et cèdent des points, avec l'espoir que tout le monde en sorte gagnant?

Les militants des droits humains trouvent que les travailleurs de la paix risquent de faire échouer l'objectif global de justice sociale en mettant de l'avant des négociations et la consolidation de la paix, et en participant activement à celles-ci, alors qu'il n'existe aucune garantie que la crise des droits humains et de l'impunité sera résolue. De leur côté, les travailleurs de la paix se sentent paralysés par un discours centré exclusivement sur les droits humains qui exige que l'État assume sa responsabilité constitutionnelle de protéger les droits humains, de mettre fin à l'impunité et de faire justice avant même que l'on ne puisse parler de « paix juste ». Comme l'ont noté plusieurs auteurs cités un peu partout dans le présent document, l'État colombien a toujours eu de fortes réticences à opter pour une solution négociée aux conflits qui surgissent naturellement au sein de la société et c'est justement ce refus qui constitue un facteur important de l'impunité, de la violence et de la violation des droits humains. En fait, certains militants avancent que le fait de condamner la réticence et l'incapacité de l'État à respecter son obligation de garantir les droits humains fondamentaux de la population, sans offrir de solution, pourrait envenimer une situation déjà précaire où l'État a de toute évidence « besoin » d'une intervention externe, justement « pour protéger les droits humains ».

À long terme, les deux pôles – la protection des droits humains et la consolidation de la paix – sont non seulement complémentaires mais également nécessaires à une paix juste et durable. Il faut élaborer un modus operandi commun et respectueux qui tienne compte des conditions politiques objectives et subjectives, d'une analyse commune, d'une vision à long terme et globale des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.

3.2.4. Institutions de recherche

Il existe des centres de recherche universitaires importants, particulièrement à Bogota et à Medellin, dont le personnel et les institutions se spécialisent dans la recherche sur le conflit armé interne – ses causes, ses protagonistes, ses effets et les pistes de solution. Souvent, il s'agit d'initiatives interdisciplinaires comme le programme à l'Université d'Antioquia (Medellin) par exemple, une initiative de recherche sur la problématique de la violence et de la paix dans une perspective pluridisciplinaire et régionale. De la même manière, dans les universités Nacional et Javeriana de Bogota notamment, la recherche spécialisée et interdisciplinaire sur la consolidation de la paix, l'étude comparative des processus de négociation, la résolution de conflits, la jeunesse et la violence, les effets socio-psychologiques des déplacements, la portée et la « densité » de la violence, les coûts économiques du conflit, la violence sociale et politique, un programme de paix et les effets démographiques du conflit, accumule une masse de connaissances utiles. Beaucoup d'ouvrages ont été publiés et il existe une documentation impressionnante traitant de l'histoire des initiatives de consolidation de la paix ainsi que de la conjoncture actuelle. En fait, les principales universités en Colombie ont formé l'Association des universités pour la paix.

Plusieurs ONG, comme le CINEP (Centre de recherche et d'éducation populaire), la Commission des juristes colombiens, l'ILSA (Institut latino-américain de services juridiques alternatifs) et la Casa de la Mujer (Maison des femmes) à Bogota, et l'IPC (Institut de formation populaire) et la Corporation Región à Medellin, pour n'en nommer que quelques-unes, ont développé une importante capacité de recherche liée à leur travail quotidien d'organisation, de formation et de promotion. Un grand nombre d'ONG colombiennes, trop nombreuses pour être mentionnées dans un document comme celui-ci, font de la « vraie » recherche dans le but d'influer sur les politiques et de développer une opinion publique critique. Un important projet sur trois ans, « Démocratie, droits humains et paix en Colombie : Comprendre la crise, élaborer de nouvelles politiques et soutenir la société civile », mettra en lien des organisations colombiennes, notamment la Commission de juristes colombiens, et l'Université Notre Dame en Indiana.

Une fois de plus, le morcellement constitue probablement le défi le plus important à relever. Il n'existe pas d'organisme représentatif chargé de coordonner les programmes de recherche sur l'état actuel du conflit et la consolidation de la paix. Ce type d'information est crucial pour les groupes de citoyennes et de citoyens alors qu'ils élaborent des stratégies pour la paix. En même temps, plusieurs institutions de recherche importantes ont été affaiblies dernièrement alors que leurs membres ont été assassinés, ont subi des menaces directes ou ont été forcés à quitter le pays.

3.2.5. Perspectives de paix des secteurs sociaux

Pour la première fois dans l'histoire récente de la Colombie, tous les secteurs sociaux discutent de l'urgence de trouver une issue au labyrinthe de la violence et de la guerre. Parfois, on parle tellement de la « paix » que son contenu est dilué. Comme la paix durable signifie plus que l'absence de conflit armé, une grande partie du travail des organisations sociales colombiennes est liée directement ou indirectement à la consolidation de la paix. Alors que l'on accumule de riches expériences de consolidation de la paix dans plusieurs domaines – justice communautaire, règlement extrajudiciaire des conflits, neutralité active, objection de conscience, médiation et négociation, non violence active, prévention de la violence contre les femmes et les enfants, effets psychologiques de la guerre et finalement, réconciliation – ces expériences demeurent souvent isolées, les acquis ne sont pas partagés et causent un morcellement qui affaiblit le « mouvement social de la paix ».

En 1998, le Mouvement des enfants pour la paix, fondé en 1996 avec un solide appui de l'UNICEF et de REDEPAZ, a reçu une nomination pour le prix Nobel de la paix. Ce mouvement a mobilisé les enfants des municipalités les plus violentes de la Colombie pour voter dans des élections spéciales, le Mandat des enfants pour la paix et les droits. De milliers d'enfants en Colombie reçoivent une formation en tant que constructeurs de la paix par le biais de programmes scolaires et de projets de la Croix Rouge, de l'UNICEF, d'organisations locales de femmes, d'Églises et d'ONG colombiennes. Des pressions sont exercées pour mettre fin au recrutement des jeunes dans les groupes armés et un projet de recherche sur les mineures combattantes partagera ses conclusions dans une conférence internationale plus tard cette année.

Dans presque toutes les villes, petites et grandes, les organisations de femmes aident la communauté et les individus à surmonter les effets de la guerre et fournissent des services spécialisés aux victimes de la violence sociale, politique et familiale, particulièrement les femmes et les enfants. À ce jour, l'absence des femmes aux négociations entre le gouvernement et les groupes insurgés est notoire, de sorte que les questions de genre mises de l'avant par les organisations de femmes sont de la plus haute importance. Malheureusement, ce mouvement est morcelé, peut-être plus encore qu'au cours des années précédentes, malgré son travail parfois innovateur. Les groupes s'unissent pour des événements spécifiques mais l'absence de direction aux niveaux national et même régional saute aux yeux. Des initiatives telles que le Réseau national des femmes, la Voie non violente et le Réseau populaire des femmes, qui prétendent toutes avoir une envergure nationale, n'arrivent pas à développer une stratégie commune en ce moment, même si l'on continue d'essayer de résoudre le problème du morcellement. En même temps, les organisations de femmes dans de nombreux endroits – Barrancabermeja, Medellin, Bogota, Cartagena – participent activement à des réseaux pacifistes locaux et régionaux.

Dans plusieurs régions du pays, les communautés autochtones sont prises entre deux feux dans le conflit. Même si elles ont pu établir il y a plusieurs années leur autonomie vis-à-vis chacun des intervenants armés, elles sont néanmoins victimes des paramilitaires, des Forces armées et de la guérilla dans plusieurs départements. Des douzaines d'autochtones, la plupart des dirigeants, ont été assassinés au cours des quinze dernières années et plusieurs conseillers et collaborateurs ont été réduits au silence ou forcés à quitter le pays. L'Organisation nationale des peuples autochtones de la Colombie, ONIC, lutte pour soutenir ses membres régionaux et malgré des ressources financières et humaines limitées, s'est attirée beaucoup de reconnaissance et de soutien internationaux. Comme pour les autres groupes sociaux, les organisations autochtones jouent un rôle significatif dans les réseaux régionaux. Attaqués non seulement dans le cadre du conflit armé mais aussi en raison de conflits avec des sociétés transnationales d'extraction de ressources naturelles et des administrateurs de méga-projets dans des régions comme Antioquia, Cordoba, Santander du Nord et Putumayo, les autochtones se trouvent dans une situation vraiment alarmante. Par contraste, c'est aussi chez les communautés autochtones que l'on peut tirer des leçons sur des modes de vie paisible, la « paix environnementale », la lutte non violente et le respect de l'autonomie. La faible population autochtone – moins de 2 % - ajoutée à leur situation extrêmement vulnérable dans les régions rurales de la Colombie, signifie qu'ils sont soumis à une menace sérieuse. De la même manière, les communautés afro-colombiennes, dont beaucoup se trouvent sur la côte du Pacifique et des Caraïbes, ont une riche culture ancienne de vie communautaire paisible et en harmonie avec l'environnement. Elles aussi ont été déplacées par la guerre et particulièrement par les attaques brutales des paramilitaires. Nombre d'entre eux ont été forcés de s'exiler dans les grands centres urbains ou les camps de déplacés.

Le mouvement syndical, malgré l'existence de trois centrales distinctes, a mis de côté ses différences politiques pour atteindre un niveau de coordination assez élevé. Même si la Colombie a le taux d'homicide de syndicalistes le plus élevé au monde et un taux de chômage sans précédent de 20 %, même si la dissidence pacifique y est criminalisée et que l'on y sape les droits syndicaux gagnés de haute lutte, le mouvement syndical joue un important rôle de leadership. Leurs représentants participent à toutes les initiatives de consolidation de la paix mentionnées dans le présent document; aussi, le gouvernement, les Églises, les intervenants armés et les médias consultent les directions syndicales et publient leurs points de vue. Au milieu de la répression en cours, l'organisation fructueuse de protestations pacifiques constitue un exploit remarquable. Malgré son affaiblissement généralisé, le mouvement syndical, à qui les petites, moyennes et grandes entreprises reprochent souvent « d'aggraver » une situation déjà difficile, a démontré sa capacité de mener d'importantes luttes pour les droits humains, la dignité et la paix. La création récente du Front social et politique (« Frente Social-Politico »), un projet fortement appuyé par les centrales est d'un grand intérêt. Il ne s'agit pas d'un parti politique mais plutôt d'une tentative d'offrir une expression politique à la multitude d'initiatives locales, régionales, nationales et sectorielles qui existent aujourd'hui.

3.2.6. Les Églises

Les dirigeants de l'Église catholique ont joué un rôle crucial dans les premières étapes de la création de l'Assemblée de la société civile pour la paix, ont mis sur pied la Commission nationale de conciliation et ont participé à plusieurs consultations gouvernementales sur les négociations avec les guérillas. On consulte souvent la hiérarchie à propos des principales initiatives de paix. Plusieurs communautés religieuses – les Jésuites, les Franciscains et la Commission intercongrégationnelle pour la justice et la paix – ont fidèlement défendu les militants de droits humains; la Commission a produit une analyse poussée de l'écroulement du système judiciaire colombien et de questions éthiques, morales et politiques relatives à l'impunité, au pardon et à la réconciliation.41 Le Programme jésuite pour la paix appuie les projets concrets de consolidation de la paix menés par les organisations à la base alors que le Bureau de la mobilité sociale de l'Église catholique fournit un appui crucial aux personnes déplacées. Dans les régions, jusqu'à un certain point selon l'orientation de l'évêque en poste, l'Église catholique constitue un important « acteur de la paix » avec d'autres intervenants sociaux. Cependant, contrairement à d'autres pays d'Amérique latine, la hiérarchie de l'Église catholique colombienne se caractérise par son conservatisme. C'est la souffrance causée par l'interminable conflit qui l'a forcée à s'engager clairement et publiquement en faveur de la paix.

Comme partout ailleurs en Amérique latine, de petites Églises protestantes locales se multiplient aux côtés des Églises protestantes « traditionnelles ». Le Conseil œcuménique des Églises appuie un programme de consolidation de la paix en Colombie avec des partenaires locaux, mais ce sont probablement les Mennonites qui ont le plus audacieusement avancé dans le domaine de la consolidation de la paix. Ils sont des instigateurs de la Commission des droits humains et de la paix des Églises protestantes et du mouvement des « Sanctuaires de paix ».42 Leurs programmes d'objecteurs de conscience, de médiation et de conciliation dans les écoles et chez les jeunes, et de justice communautaire sont exemplaires au sein du mouvement croissant de justice alternative.43 « Justapaz » met à profit sa crédibilité bien connue pour rejoindre les gens de toutes origines dans le but de construire des « ponts de la paix » humains unissant les rivaux et les « ennemis » historiques.

3.2.7. La consolidation de la paix et les populations déplacées

Les quelque deux millions de personnes déplacées par le conflit armé constituent un défi de taille pour les bâtisseurs de la paix. Après avoir vécu quelques années à la ville, et étant donné l'intensité actuelle du conflit, beaucoup des déplacés ne songent plus à retourner à la campagne. Heureusement, un certain nombre d'ONG colombiennes et d'institutions internationales hautement qualifiées ont développé des services généraux et spécialisés destinés à cette population cachée particulièrement dans les principaux centres d'arrivée notamment Bogota, Medellin, Barrancabermeja, Cali, Bucaramanga, Cartagena, Barranquilla et Pasto. Plusieurs programmes s'intéressant aux traumatismes psychologiques et sociaux liés à l'exil ont acquis une reconnaissance nationale et internationale. Dans le cadre de ces programmes, l'aide aux jeunes à devenir autonomes est cruciale afin d'éviter qu'ils soient poussés à mener des activités illicites pour survivre. Afin de démontrer leur neutralité dans le conflit armé, mais non dans la lutte politique, les personnes déplacées ont développé les Communautés de paix, des expériences de non violence active situées principalement dans les régions rurales et semi-rurales. Des programmes de réconciliation innovateurs sont pilotés avec des groupes choisis de personnes dont le déplacement a été causé par des groupes armés opposés sur le plan idéologique. Lorsque mené avec sensibilité, la transformation, le pardon et la réconciliation semblent réalisables à ce niveau très personnel. Ce travail va bien au-delà de l'aide d'urgence et humanitaire. Les personnes déplacées ont formé leur propre organisation, le Groupe de soutien aux déplacés (GAD), qui développe des projets organisationnels, de formation et d'intégration économique. Le plus important, c'est que les personnes déplacées elles-mêmes et les organisations travaillant avec elles s'assurent que les victimes ne soient pas ignorées et simplement oubliées. Le développement de projets et les pressions exercées sur les gouvernements aux niveaux régional, national et international représentent une part importante de leurs activités courantes.


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Table des matières


NOTES

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36 Noticias, The Latin American Program of the Woodrow Wilson Centre, Peace and Human Rights in Colombia in Comparative Perspective, sous la direction de ARNSON, Cynthia, décembre 1998.

37 LOPEZ MONTANO, Cecilia et GARCÍA DURÁN, « Los Costos ocultos de la paz en Colombia », dans Ensayos sobre paz y desarrollo, Tercer Mundo Editores, septembre 1999.

38 VARGAS VELÁSQUEZ, Alejo, « Toward Democratic Governance in Colombia at the Close of the Century », dans Beyond Law, Vol. 7, numéro 21, page 111.

39 SEMANA, « El Quinto Poder », 24 avril 2000. En 1997, le secteur sans but lucratif en Colombie a dépensé, rien qu'au chapitre des frais d'exploitation, dix fois plus que ce que l'État colombien a dépensé en soins de santé. La Interamerican Foundation des États-Unis affirme que 35 % de toutes les ONG existant en Amérique latine sont colombiennes.

40 Des projets pilotes ont été conçus pour appuyer le développement à la base, la transformation des conflits, la surveillance du respect des droits humains, les négociations et la consolidation de la paix au niveau régional, comme par exemple le programme de Développement et Paix dans le Magdalena Medio. Ces projets sont suivis de près par des groupes de la société civile, dont certains qui appuient ces initiatives et d'autres qui sont sceptiques, par la Banque mondiale qui a fourni les ressources pour leur réalisation et par le gouvernement colombien qui prend un risque en les appuyant.

41 GIRALDO, Javier, Colombia, The Genocide Democracy, Common Courage Press, 1996.

42 Ce programme, appuyé par le Centre mennonite Justapaz, vise à fournir un refuge aux personnes persécutées. Ces refuges sont des espaces ou des territoires physiques qui s'affichent publiquement comme tel, où l'on forme les gens désirant une vie de paix et de réconciliation et où les pratiques non violentes et la transformation non violente des conflits deviennent possibles.

43 Par exemple, les « Casas de Justicia » (Maisons de justice) travaillent au sein du système pénitentiaire à encourager la conciliation plutôt que d'identifier les perdants et les gagnants dans les conflits. Leur objectif est d'améliorer l'accès de la communauté aux services de conciliation et l'assistance juridique ainsi que de fournir de la formation en transformation des conflits. En même temps, le Réseau de justice communautaire met en lien plusieurs projets similaires dans différentes régions du pays.



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