LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN COLOMBIE
Document de discussion par Eleanor Douglas
22 juin 2000
TROISIÈME PARTIE
5. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
5.1.0. RÉSUMÉ
Tirer des conclusions à partir de la myriade de questions liées
au processus de paix en Colombie constitue une tâche ardue.
Bien que l'on puisse beaucoup apprendre des autres processus de
paix, du Guatemala, du Salvador et du Nicaragua en Amérique
centrale, de l'Irlande du Nord et de l'Afrique du Sud, par
exemple, il n'existe pas de recette toute faite. Et c'est
justement la créativité, la passion et l'engagement
des Colombiennes et Colombiens et de leurs organisations qui
alimenteront le processus de paix et le garderont en vie. Cependant,
il y a encore de nombreuses inconnues et on ne peut sous-estimer
l'importance de mener des recherches rigoureuses et des analyses
approfondies et objectives (sans non plus faire preuve
d'insensibilité). Cette tâche profiterait de la
collaboration, de la contribution et de l'engagement
d'internationalistes travaillant sur des questions comme le
développement démocratique, les nouvelles
interprétations théoriques de la problématique
de la violence et de la paix, et le rôle de la société
civile dans la définition de nouveaux projets politiques.
Plusieurs de ces questions ont été abordées
brièvement dans le présent texte des questions
qu'il faut examiner en laissant de côté les
lunettes politiques conventionnelles et en poussant les théories
jusqu'à leurs limites sans toutefois perdre de vue
l'objectif ultime d'une paix durable avec justice.
Il
faut comprendre l'histoire de la mobilisation sociale, les
complexités du mouvement de guérilla, le développement
de concepts comme la « société civile »,
le « modus operandi » des élites
politique, militaire, économique et sociale (y compris les
paramilitaires) qui contrôlent le pays, les stratégies
alternatives de développement économique et le rôle
de la Colombie dans l'arène international si l'on
veut trouver des solutions durables à l'éternel
conflit armé. Cette situation mouvante exige une réponse
et des actions immédiates mais en même temps, il faut
éviter de se baser uniquement sur des objectifs à court
terme qui pourraient miner la dynamique requise pour les solutions à
long terme de demain. La tension entre le besoin de répondre,
d'être présent, et le besoin de prendre du recul,
d'étudier et de systématiser, produit une tension
permanente chez toute personne cherchant une issue à cette
crise.
- La période actuelle en Colombie est cruciale et charnière.
Dans le présent document, nous avons affirmé que la
Colombie est à l'heure des choix. Est-ce que le processus
de paix parviendra à « décoller »
ou est-ce que la détérioration constante de la guerre
avec ses dizaines d'années d'horreur grandissante
aura le dessus? Du côté positif, le processus actuel
comporte une différence fondamentale par rapport aux processus
de paix antérieurs en Colombie, à savoir que, pour le
meilleur ou pour le pire, la paix est à l'ordre du jour
pour la majorité de la population. L'intense débat
sur les moyens appropriés pour mettre un terme au conflit armé
confirme la vitalité de l'option de paix. Poussées
par un sentiment d'urgence, des milliers de personnes ont choisi
de travailler pour la paix.
- Malgré de nombreux points encore non résolus, il est
clair que la solution qui procurera une paix et une justice durables
en Colombie ne peut être simplement d'éradiquer la
feuille de coca et de réaliser quelques réformes
judiciaires, des ajustements fiscaux et un accord de paix mécaniste
qui ferait taire quelques fusils à court terme. Si l'on
croit que le problème essentiel est la menace immédiate
à la stabilité institutionnelle, que peut résoudre
la signature d'un accord avec la guérilla et la mise en
place de programmes d'éradication de la coca et du pavot,
les conflits sous-jacents, non résolus et enracinés
referont tôt ou tard surface sous d'autres formes. Le
mythe que la Colombie est la démocratie la plus ancienne et
stable d'Amérique latine basée sur une gestion
publique saine et la croissance économique a sûrement
été démasqué pour ce qu'il est :
un mythe. Il est aussi à espérer que le mythe
corollaire d'un État colombien pris en étau entre
la guérilla narco-terroriste communiste d'une part, et
des narco-trafiquants endurcis, d'autre part, sera aussi
détruit. La situation réelle est beaucoup plus
complexe. La vision concurrente d'une Colombie dotée
d'une démocratie ratée, avec un État raté
refusant et incapable de protéger ses citoyens, de répondre
à leurs besoins fondamentaux et d'atténuer les
conflits qui surgissent naturellement exige de profondes
réformes structurelles et un ensemble tout à fait
différent de solutions. Ce sont ces « autres »
solutions que nous recherchons si désespérément
dans un monde globalisé où les forces incontrôlées
du marché déterminent théoriquement ce qui est
bon pour les gens. Sans cette recherche, aucune solution durable ne
sera trouvée.
- Un corollaire au point 2 ci-dessus, et une conclusion plutôt
évidente, est que les approches de consolidation de la paix en
Colombie doivent être à long terme et polyvalentes afin
d'englober la multiplicité des « violences »
présentes dans les sphères politique, économique
et sociale ainsi qu'aux niveaux personnel, institutionnel et
structurel. Comme nous l'avons déjà indiqué,
le morcellement de la société civile et l'absence
d'une vision commune et de mécanismes de coordination
nationaux affaiblissent le rôle potentiel de la société
civile dans le processus de paix et les négociations
politiques. Il est très important d'aider les militants
politiques et les organisations de la société civile
colombiennes dans la création « d'espaces
sûrs » pour mener des débats et développer
une vision commune. Étant donné l'histoire récente
des espaces autonomes d'organisation de la société
civile, il faut consacrer temps et efforts pour résoudre les
contradictions, développer un consensus, établir des
procédures démocratiques et respecter les directions
pluralistes.
- À court terme, il faut traiter plusieurs questions importantes
qui ne sont toujours pas abordées librement dans les
discussions publiques au sein du large mouvement social pour la paix
en Colombie. Nous en avons mentionné quelques-unes dans le
présent document : les projets économiques des
nombreux intervenants armés en Colombie et comment ceux-ci
influent sur le conflit et les possibilités de paix. Le projet
des guérillas a-t-il échoué où
est-ce que les guérillas représentent toujours une
force politique et sociale pertinente en Colombie? Est-ce que les AUC
sont un appendice de l'État colombien ou sont-elles
devenues un projet politique populiste de droite? Ou s'agit-il
d'une force obscure incontrôlée? Comment aborder
les questions de l'impunité, de la vérité
et de la réconciliation de manière à permettre
la guérison de la société? Quel rôle
efficace la communauté internationale peut-elle jouer pour
aider à mettre fin à la guerre? Le défi est
lancé pour permettre un avenir de paix et de justice,
il faudra faire preuve de beaucoup de réflexion, de créativité
et d'engagement.
5.2.
RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES
Avant
de passer aux recommandations concrètes, il serait utile de
présenter des critères généraux pour
orienter l'évaluation des interventions actuelles en
Colombie et l'élaboration de nouvelles interventions.
- Dans
le présent document, nous avons constamment souligné
la complexité du conflit armé, l'horreur des
violations des droits humains ainsi que la fragilité et le
morcellement des processus de consolidation de la paix. Même
si chaque situation de conflit est unique, il va sans dire que le
contexte colombien est particulièrement « dense ».
C'est pourquoi les Colombiens et Colombiennes demandent que les
internationalistes arrivent au pays l'esprit ouvert et qu'ils
laissent de côté les solutions universelles et toutes
faites. On peut beaucoup apprendre en effectuant des analyses
comparatives de processus semblables dans d'autres régions du
monde mais, en même temps, les Colombiens devront trouver leur
propre issue au labyrinthe. Cette recherche exigera beaucoup de
soutien, de compréhension et de patience; il faut connaître
les forces de la population colombiennes avant de supposer
automatiquement que les Canadiens et Canadiennes, en vertu de leur
expérience au Canada, ont un certain avantage supplémentaire
pour réaliser la consolidation de la paix, la médiation
et la transformation des conflits.
- Étant
donné la complexité et le morcellement de la société
colombienne, il va sans dire qu'il faut rassembler des
renseignements provenant d'une gamme variée de sources avant
de prendre des décisions. Des visites exploratoires
canadiennes bien planifiées constituent un outil important
pour déterminer et évaluer le potentiel de la
programmation.
- De
plus, il faut que les agents de projet et les militants cherchent à
obtenir des analyses précises et à jour du processus
de paix et de la situation des droits humains (il y a parfois une
surabondance d'informations) parce que, malgré tout ce qui a
été dit à propos des objectifs à long
terme, il faudra parfois prendre des décisions rapides. Dans
les conflits armés prolongés, les protagonistes
manuvrent inévitablement pour se donner une position de
force au début des négociations et les occasions
ponctuelles d'intervenir surgissent et disparaissent rapidement (des
témoins du processus de paix au Nicaragua racontent par
exemple que durant les négociations avec la Contra, une
percée pouvait dépendre de la présence de la
bonne personne, à la bonne place et au bon moment).
L'objectif n'est pas que les gens de l'extérieur
interviennent directement, mais plutôt qu'ils soient en mesure
d'appuyer avec compétence et au besoin les actions
immédiates et à court terme des intervenants
nationaux.
- Même
si la violence politique a historiquement reçu le plus
d'attention de la part des analystes et des militants, il est aussi
important de distinguer et de comprendre les multiples« violences »
présentes dans la société colombienne. Les
programmes devraient à tout le moins reconnaître les
trois niveaux de violence ayant une incidence sur la vie quotidienne
des gens personnelle-sociale, institutionnelle et
structurelle et essayer d'en tenir compte dans leurs
rapports avec la violence politique, économique sociale et
culturelle. Une transformation est nécessaire : il faut
rompre avec la tradition du recours à la violence comme forme
privilégiée de résolution de conflit.
- La
« flexibilité contrôlée »
serait une approche utile aux chargés de programme et aux
militants lorsqu'ils se trouvent dans un contexte instable
comme celui de la Colombie. Dans une situation où les
atrocités, l'impunité et l'injustice semblent
irrésistibles, une multitude de besoins immédiats et
concurrents surgissent, certains desquels sont réellement
cruciaux. Dans un contexte de conflit intense, d'incertitude et
d'imprévisibilité, la flexibilité devient
un besoin encore plus important. Cependant, il faut encore compter
sur des mécanismes d'évaluation pour déterminer
si les objectifs sont atteints. La programmation exigera un effort
particulier pour définir les objectifs et résultats
possibles et pour concilier la flexibilité et les mesures de
contrôle.
- Les
homologues colombiens ont besoin de l'occasion d'élaborer
un programme à long terme pour commencer à résoudre
les questions complexes liées aux étapes avancées
du processus de paix afin de limiter les risques d'échec.
Il est possible d'avancer sur certaines questions, notamment la
réinsertion des combattants et combattantes à la
société, les mécanismes relatifs à la
vérité, à la réconciliation et à
l'impunité, la justice et la réconciliation
communautaires, avant que ne vienne le moment de relever le défi.
Les communautés qui seront éventuellement touchées
doivent être intégrées très tôt à
la conception et à la planification de ce travail.
- Étant
donné le morcellement actuel de la société
civile et des organisations sociales colombiennes, il va sans dire
qu'il ne faut rien faire qui puisse contribuer à
l'augmenter et tout faire pour la diminuer.
5.3. RECOMMANDATIONS SPÉCIFIQUES
Note :
Étant donné les besoins immédiats et les
contributions potentielles des divers intervenants canadiens, il
n'est pas très difficile de dresser une liste de
participations canadiennes souhaitées en Colombie. Cependant,
comme il s'agit ici de fixer des objectifs réalistes,
étant donné les contraintes financières et
humaines, la liste des propositions est loin d'être
exhaustive. Notons aussi que les recommandations qui suivent sont à
une étape de formulation initiale, ne reflètent pas un
large consensus sur ce que le Canada devrait ou pourrait faire et
n'examinent pas le rôle d'autres intervenants
éventuels ni les actions qu'ils pourraient mener. Au
cours de prochains mois, des organisations travailleront
individuellement et en groupe sur certaines de ces propositions.
5.3.1.
Au gouvernement du Canada :
À
court terme
- Le
Canada devrait tout faire en son pouvoir pour s'assurer que
tous les protagonistes armés signent et respectent un accord
humanitaire intégral régissant la conduite de la
guerre et protégeant la population civile. Tout comme dans la
plupart des processus de négociation et de paix, ce type
d'accord représente le premier pas dans la création
d'un climat de confiance permettant de passer à la discussion
sur les autres points au programme. Une décision politique
claire de la part du gouvernement du Canada à ce sujet
impliquerait qu'il accorde aux représentants
gouvernementaux compétents le mandat et les moyens d'aider à
établir l'accord. Les fonctionnaires canadiens devraient
poursuivre cet objectif de concert avec d'autres gouvernements et
dans les forums internationaux. Une crainte existe à l'effet
que si le conflit se dégrade encore plus, il pourrait mettre
en péril l'ensemble du processus de négociation. Dans
le cadre de cette discussion, il faut appuyer le gouvernement de la
Colombie et en même temps faire pression sur lui pour qu'il
mette un terme à la complicité évidente entre
les Forces armées et les paramilitaires ainsi qu'à
l'absence de garanties en ce qui concerne les droits humains
fondamentaux.
- Il
faut que le Canada prenne une position de principe claire sur le
Plan Colombia. À ce jour, les messages du Canada ont été
déroutants. Que le Canada affirme qu'il n'accepte pas la
proposition militaire des États-Unis mais que l'on pourrait
extraire et appuyer quelques « bonnes »
sections du Plan dénote un manque de clarté. Pourtant,
le gouvernement canadien pourrait très bien adopter une
position de principe sur cette question sans payer un prix politique
élevé. Il faut que la communauté internationale
appuie un plan de paix en Colombie, non pas un plan de guerre. Les
organisations de la société civile tant au Canada
qu'en Colombie (ainsi qu'en Europe et au Japon) s'entendent pour
dire que l'appui international en ce moment est crucial pour le
peuple colombien. Mais ce qui compte c'est d'être clair sur le
type d'appui à donner. Qui doit participer? Qui doit prendre
les décisions? Qui doit surveiller? Qui doit sanctionner? Il
faut affecter des ressources internationales au financement de
programmes et de projets qui s'attaquent aux causes fondamentales de
l'exclusion économique, politique et sociale. Ces programmes
et projets devront être définis à partir d'une
large consultation auprès des populations visées. Ils
devront comporter des mécanismes de surveillance clairs étant
donné les niveaux de corruption extrêmes en Colombie.
Le gouvernement du Canada ne fera pas entendre son désaccord
avec la militarisation du conflit en choisissant discrètement
des « morceaux » moins répugnants du
Plan. C'est le message vigoureux que les ONG internationales et les
organisations de la société civile ont livré
juste avant la rencontre internationale des donateurs en juillet à
Madrid.
À
moyen terme
- Le
gouvernement canadien devrait mettre à profit sa position de
leader dans les Amériques (c'est-à-dire se distinguer
de son voisin du sud tout en étant pour ainsi dire un membre
de l'élite internationale); compter sur sa tradition
internationale de consolidation de la paix; et consulter des membres
de confiance de la société civile colombienne dans le
but de définir son propre rôle spécifique dans
l'appui à la consolidation de la paix en Colombie. Le Canada
peut choisir de mettre à profit son prestige politique en
matière de consolidation de la paix. Il pourrait exercer ce
rôle dans les coulisses ou publiquement selon les
circonstances l'important ici étant de prendre la
décision politique d'agir pour le changement. Très
souvent, les politiques canadiens semblent manquer d'audace ou être
paralysés en raison d'autres considérations lorsqu'ils
mettent en uvre dans l'arène politique les
déclarations d'intention de la politique étrangère
canadienne. L'expérience du Canada en matière de
maintien de la paix, acquise dans des missions antérieures,
serait utile en Colombie. Par exemple, Juan G. Tokatlian, un
internationaliste colombien bien connu, a récemment proposé
une intervention politique mesurée en Colombie. Il a demandé
qu'un large appui diplomatique soit accordé à une
solution politique négociée au conflit.
- Parmi
les pays de l'hémisphère américain, le Canada,
et plus précisément, certains membres des Forces
armées canadiennes choisis avec soin, pourraient jouer un
rôle déterminant en encourageant les Forces armées
colombiennes à se définir un rôle différent
à jouer en temps de paix, à comprendre la nécessité
et la possibilité d'un dialogue et de débats au sein
de la société, et à explorer l'établissement
éventuel de l'autorité civile sur les Forces armées.
Il s'agit d'une proposition délicate et à long terme
mais que mettent de l'avant des protagonistes de la société
civile colombienne qui comprennent le rôle central des Forces
armées avant et après les négociations.
- Les
initiatives de la politique étrangère canadienne
doivent faire preuve d'une cohérence globale. Il va sans
dire que cette affirmation est facile et peut tout aussi bien
s'appliquer à n'importe quel autre pays du monde. Cependant,
dans une situation de crise comme celle que traverse actuellement la
Colombie, on ne peut simplement continuer comme si tout fonctionnait
normalement. Les organisations de la société civile
canadienne qui suivent de près la situation colombienne
insistent que le développement et le renforcement de la
société civile est fondamental pour le succès
du processus de paix. Par conséquent, l'appui du
gouvernement canadien ne doit pas négliger ce besoin au
profit d'avantages économiques à court terme qui
finiraient par nuire aux populations dont il devrait se préoccuper
le plus. C'est une question épineuse : est-ce que le
Canada est disposé à abandonner sa course vers le
libre-échange et la mondialisation s'il y a tout lieu de
croire qu'elle causera un plus grand nombre de conflits? Comme nous
l'avons mentionné plus tôt, il s'agit d'un
point de discussion et de désaccord permanent entre la
société civile canadienne et le gouvernement
les deux volets, la promotion des échanges et de
l'investissement et le respect des droits humains fondamentaux,
sont rarement réunis au moment de prendre les décisions
politiques. Il faut encourager le gouvernement canadien à
reformuler ouvertement ses objectifs d'ensemble en matière
de politique étrangère, et en l'occurrence,
vis-à-vis la Colombie.
À l'ACDI :
- Étant
donné que l'ACDI a déclaré qu'elle
voulait se donner un cadre de travail axé sur la
consolidation de la paix et encourager la participation des
organisations de la société civile canadiennes et
colombiennes, et étant donné le besoin d'assurer
un impact visible à un tel programme sur cinq ans doté
de peu de ressources, il est recommandé que l'ACDI
concentre ses efforts dans une région spécifique de la
Colombie le sud-ouest, y compris le département de
Putumayo, par exemple (il va sans dire que d'autres régions
feraient tout aussi bien l'affaire). Une approche régionale
faciliterait la création de liens entre l'aide humanitaire
aux personnes déplacées, l'appui aux initiatives de
paix de la société civile et le renforcement
institutionnel (tant gouvernemental que non gouvernemental). De
plus, elle permettrait une approche à facettes multiples
(développement démocratique, formation en règlement
de conflits, intégration de genre, négociations,
etc.). On reconnaît en Colombie qu'il faut renforcer la
consolidation de la paix « par le bas » afin
d'assurer une participation plus directe des communautés
à celle-ci. En même temps, une approche régionale
aiderait d'autres organisations canadiennes à développer
des programmations complémentaires appui à une
proposition de recherche venant d'une université régionale,
liens avec les peuples autochtones, coordination avec des
initiatives semblables dans d'autres régions du pays, etc.
- Il
faut encourager l'ACDI à s'engager auprès des ONG
canadiennes prêtes sur le plan organisationnel à
développer de nouvelles initiatives programmatiques
conjointes en Colombie, et à leur apporter un appui financier
étant donné qu'il n'y a pas de nouvelles ressources
disponibles pour ce type de projet. Il est recommandé que les
propositions concrètes des ONG canadiennes soient considérées
comme faisant partie du programme d'ensemble sur cinq ans de
l'ACDI.
5.3.2.
À la société civile :
- Il
est recommandé que les ONG et les institutions canadiennes de
développement, de recherche et de droits humains ayant une
expertise pertinente articulent une proposition de collaboration en
vue de mettre sur pied un mécanisme de financement flexible
et réceptif, administré en Colombie par des Canadiens
et Canadiennes. Le but ultime de cette collaboration serait de
renforcer les compétences de la société civile
en matière de consolidation de la paix, alors que les
objectifs d'un tel fonds administré conjointement serait
d'appuyer le développement de programmes liés au
processus de paix, de systématiser et de partager les
meilleures pratiques en la matière et d'aider les
organisations sociales à élaborer des propositions
concrètes en vue des négociations par la réalisation
de recherches pratiques. Un tel mécanisme permettrait une
surveillance plus serrée de la situation dans le pays tout en
« rassemblant » les groupes colombiens ayant
des affinités de sorte qu'ils travaillent ensemble sur un
projet commun. Les fonds seraient demandés à l'ACDI
et garantis sur une période de cinq ans, ce qui donnerait un
an pour la collecte de données et la mise en place d'une
équipe administrative sur le terrain, trois ans de travail et
un an de réduction progressive des activités,
d'évaluation et de planification ultérieure. Si
l'organisme a suffisamment d'employés, il sera
possible de lui confier le mandat supplémentaire de fournir
aux ONG et aux groupes au Canada des mises à jour et des
analyses régulières.
- Il
faut organiser, dans un proche avenir, une discussion entre les ONG,
les institutions de recherche, les organisations de droits humains
et les grandes sociétés privées canadiennes
présentes en Colombie Alberta Petroleum et d'autres
sociétés pétrolières, Bell et d'autres
sociétés de télécommunications, Grey
Star, President's Choice, McCain's, etc. et le
gouvernement canadien. L'objectif d'une telle rencontre serait de
partager l'analyse de la situation politique globale en
Colombie et des responsabilités tant des intervenants de la
société civile que du secteur privé dans les
situations de conflit armé intense, de corruption et
d'inégalités croissantes. Le résultat serait
l'identification de défis, des orientations pour
l'avenir et la surveillance du comportement responsable des
sociétés présentes en Colombie.
- Afin
d'encourager une discussion sur les stratégies, il faudrait
mettre sur pied un groupe de travail permanent et multisectoriel sur
la Colombie (gouvernemental, non gouvernemental et privé) qui
se réunirait deux ou trois fois par année pour
partager les préoccupations, les défis et les
propositions en ce qui concerne l'évolution de la situation
dans le pays et des sujets d'intérêt spécifiques.
Ce groupe serait logé dans une ONG chargée de la
logistique et des communications. En même temps, il faut que
les ONG, les chercheurs, les organisations sociales et les
travailleurs de droits humains se dotent de moyens pour développer
eux-mêmes leur capacité d'élaborer des
programmes relatifs à la Colombie.
- Afin
d'améliorer le fonctionnement démocratique de
l'État colombien, les ONG tant canadiennes que
colombiennes sont de l'avis qu'il existe un besoin urgent
de réformer le système judiciaire. La demande de
l'ILSA présentée au Osgoode Hall Law School et à
l'ACDI d'initier un projet qui encouragerait la réflexion
parmi les fonctionnaires du système judiciaire colombien,
particulièrement les juges, nécessite la mise sur pied
d'un petit groupe d'appui formé d'ONG
canadiennes compétentes et intéressées. Le
premier objectif consisterait à aider les juges et les
travailleurs judiciaires colombiens à réfléchir
sur leur rôle et leurs responsabilités dans la
promotion et le maintien d'une société démocratique
dans un pays en proie à l'impunité et aux conflits.
Les juges et les avocats canadiens intéressés seraient
invités à participer à une discussion
collective au Canada avec des représentants d'ILSA de la
Colombie et par la suite à partager leurs idées avec
leurs homologues en Colombie, si c'était considéré
utile.
- Sous
les auspices du Comité coordinateur canadien pour la
consolidation de la paix, il faudrait explorer la possibilité
d'un dialogue entre les ONG et le gouvernement sur un thème
convenu mutuellement qui serait pertinent au stade actuel du
processus de paix et qui profiterait au travail en cours dans les
deux secteurs ainsi qu'aux Colombiens et Colombiennes travaillant à
la consolidation de la paix.
À
la communauté des chercheurs et chercheuses :
- Il
est recommandé d'appuyer une initiative en Colombie
visant à systématiser les expériences pratiques
en matière de consolidation de la paix menées à
la base, dans les ONG et dans le milieu universitaire : qui
fait quoi d'utile relativement à la consolidation de la
paix en Colombie?, élaboration de programmes pour les tables
de négociation, justice alternative, magistrats de la paix
communautaires, règlement extrajudiciaire des conflits,
neutralité active, négociations, réconciliation,
etc. Les expériences abondent mais il n'existe pas d'analyse
descriptives identifiant les meilleures pratiques.
- La
consolidation d'un réseau de chercheurs et de chercheuses en
Colombie et dans d'autres parties du monde, y compris au Canada, en
vue d'enrichir un programme mondial de recherche sur la
consolidation de la paix en Colombie poursuivrait deux objectifs :
présenter à la communauté internationale une
analyse objective de questions particulières et souvent
controversées; et être un groupe digne de confiance
chez qui les décideurs internationaux pourraient sonder leurs
idées nouvelles concernant les défis concrets du
processus de paix (par exemple, le rôle du commerce des
stupéfiants dans la prolongation de la guerre, la
contribution du secteur privé à la construction de la
paix, des plans de développement alternatifs, l'identité
des paramilitaires, le rôle des médias dans la guerre
colombienne, une analyse comparative d'autres expériences
de consolidation de la paix et la dépolitisation du conflit
colombien).
- Il
faut ouvrir une discussion large, internationale et scientifique sur
la question du rôle du trafic des stupéfiants dans le
processus de paix. Il faut examiner l'efficacité des
stratégies adoptées à ce jour pour contrôler
l'offre, la circulation et la demande de la drogue ainsi que le
blanchiment des profits. Dans le but de promouvoir des alternatives
aux stratégies actuelles, les pays andins et européens
ont formé un réseau doté d'un ambitieux
programme de recherche, de publications, d'analyses régulières
du contexte et de rapports directs avec les « protagonistes »
de la paix. L'existence d'un équivalent canadien serait
particulièrement intéressante étant donné
la situation géographique particulière du Canada et
son rôle de chef de file dans l'hémisphère.
À
la communauté autochtone :
- Afin
d'établir des relations directes et d'explorer les
possibilités à l'heure actuelle que des
communautés autochtones au Canada protègent et
appuient les communautés autochtones menacées en
Colombie, il faudrait organiser une « importante »
délégation de dirigeants autochtones canadiens en vue
d'une tournée en Colombie. Pour développer une analyse
de la situation et étudier les activités potentielles,
il faut que les liens soient directs. En même temps toutefois,
il faudrait que les ONG canadiennes et colombiennes apportent leur
soutien à l'organisation d'un tel échange. Les
communautés autochtones canadiennes ont une riche expérience
politique qui profiterait aux communautés autochtones de la
Colombie qui, en plus d'être toujours confrontées
à la violence de tous les intervenants armés contre
leurs communautés, doivent aussi négocier avec des
sociétés internationales de ressources naturelles.
5.3.3
Au monde des affaires :
- Il
faudrait que les représentants de la communauté
canadienne des affaires présente en Colombie, y compris la
Société de l'expansion des exportations, soient
disposés à participer à une table ronde
organisée par les ONG et les organisations de droits humains
canadiennes. L'objectif d'une telle rencontre serait d'échanger
sur le comportement des sociétés privées en
Colombie étant donné la fragilité de la
situation actuelle. La table ronde définirait pour chacune
des parties d'autres mesures à prendre et obligations à
remplir.
Table des matières
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