Concrétiser le droit à une alimentation suffisante : Obligations des États et commerce international des produits agricoles
Rapport d'un atelier intersessions tenu le 11 septembre 2003 à Cancún, au Mexique,
à l'occasion de la cinquième Rencontre ministérielle de l'OMC
Soumis au :
Groupe de travail intergouvernemental de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture chargé d'élaborer un ensemble de directives volontaires à l'appui de la concrétisation progressive du droit à une alimentation suffisante
dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale
2e session, 27-29 octobre 2003
Ce rapport a été rédigé par Agata Zawadzka, stagiaire en recherche à Droits et Démocratie. Ce stage s'inscrit dans un programme de collaboration conjoint avec l'Institute on Globalization and the Human Condition de l'Université McMaster. Le texte a été révisé par Carole Samdup, de Droits et Démocratie.
© Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, 2003.
TABLE DES MATIÈRES
Introduction
- Version préliminaire des directives volontaires à l'appui de la concrétisation progressive du droit à une alimentation suffisante dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale (Les directives)
- Des objectifs convergents : FAO, OMC et Système des droits humains
La nature des obligations des États
- Le pacte " faim zéro " entre le gouvernement et la société au brésil : étude de cas
Les obligations internationales
- Le rôle des droits humains dans la négociation des accords commerciaux
- Les obligations internationales dans le cadre de la typologie en trois volets
- L'expérience des agriculteurs, une histoire qui se répète
La justiciabilité
- Litige d'intérêt public à la Cour suprême de l'Inde : étude de cas
Conclusion
Concrétiser le droit à une alimentation suffisante : obligations des États et commerce international des produits agricoles : ordre du jour de l'atelier
Biographies des conférenciers
Introduction
Dans le but de réfléchir plus avant sur les sujets qui avaient fait l'objet de controverses lors de la première session du Groupe de travail intergouvernemental chargé d'élaborer un ensemble de directives volontaires à l'appui de la concrétisation progressive du droit à une alimentation suffisante dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale (IGWG) de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Droits et Démocratie, la Canadian Foodgrains Bank et FIAN International ont organisé conjointement une table ronde en marge de la 5e Rencontre ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui a eu lieu à Cancún, au Mexique.
L'orateur principal de la rencontre, intitulée Concrétiser le droit à une alimentation suffisante : Obligations des États et commerce international des produits agricoles (1), était M. Hartwig de Haen, sous-directeur général de la FAO. Outre M. de Haen, d'autres invités ont pris la parole : Miguel Rosseto, ministre brésilien du Développement agraire; Colin Gonsalvez, directeur exécutif et avocat au Socio-Legal Information Centre et à la Right to Food Campaign, en Inde; Henry Saragih, président du Comité des droits humains de Via Campesina; Caroline Dommen, avocate et directrice de 3D--Trade-Human Rights-Equitable Economy; Gowreeshankursing Rajpati, négociateur en chef en matière d'agriculture de la délégation de l'Île Maurice.
Le but de la rencontre était d'examiner comment les gouvernements s'acquittent des obligations qui sont les leurs en vertu du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) tout en se conformant aux conditions imposées par les accords commerciaux internationaux tels que l'Accord sur l'agriculture de l'OMC. L'idée d'organiser cette table ronde a émergé à la suite de la première session du Groupe de travail intergouvernemental de la FAO pour le droit à une alimentation suffisante, au cours de laquelle deux questions avaient suscité la controverse : 1) la dimension internationale du droit à l'alimentation et 2) la mise en place de recours effectifs en cas de violations de ce droit.
Version préliminaire des directives volontaires à l'appui de la concrétisation progressive du droit à une alimentation suffisante dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale (les Directives)
« Il ne sert à rien de débattre pour déterminer si on peut parler ou non de droit à l'alimentation. Notre tâche consiste à s'entendre sur les façons de concrétiser ce droit, et non pas à se demander s'il existe. »
Hartwig de Haen
L'élaboration des Directives est un aspect essentiel de la concrétisation des idéaux énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH), tant à l'échelon national qu'à l'échelon international. Elle s'inscrit dans un processus qui a débuté en 1966 avec l'adoption des deux pactes internationaux - celui relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et celui relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) -, auxquels se sont ajoutés depuis une série de textes ou de conventions plus spécifiques.
Les Directives constitueront pour les gouvernements nationaux des lignes directrices en vue de la réalisation du droit à une alimentation adéquate dans leur pays. Toutefois, elles devront également fournir des éclaircissements sur la dimension internationale des obligations en matière de droits humains, notamment en ce qui a trait à la coopération internationale. En d'autres mots, les Directives devront servir de guide pratique non seulement pour incorporer le droit à l'alimentation dans les lois et les politiques nationales, mais également pour créer un environnement international propice à la réalisation de ce droit.
Les délibérations, qui ont débuté dans le cadre de la première session du IGWG en mars 2003, à Rome, ont culminé avec la publication, en juillet dernier, d'une première version des Directives. Cette version préliminaire reflète les divergences qui étaient ressorties lors de la première session du IGWG; les désaccords portent sur les obligations internationales et la justiciabilité.
L'atelier de Cancún avait pour objectif de fournir une occasion, dans le cadre d'une rencontre intersessions, de se pencher sur ces délicates questions dans le but d'éclairer le débat qui aura lieu lors de la deuxième session du IGWG, à la fin d'octobre 2003. Ainsi, le présent rapport propose une synthèse des exposés présentés lors de l'atelier et des discussions qui ont eu lieu, sans néanmoins prétendre refléter pleinement la richesse et la qualité de ces interventions.
Des objectifs convergents : FAO, OMC et système des droits humains
Une bonne partie des discussions de cet atelier ont porté sur l'interdépendance des processus multilatéraux qui régissent l'économie et le développement social à l'échelle mondiale. En ce qui a trait aux Objectifs de développement de l'ONU pour le Millénaire (2), dont le premier est de réduire de moitié (d'ici à 2015) la proportion de la population souffrant de la pauvreté et de la faim, les participants ont souligné que les mandats de la FAO, de l'OMC et du système des droits humains de l'ONU convergent sur des points importants.
Les objectifs relatifs au développement durable et à l'amélioration des conditions d'existence figurent dans le préambule du document fondateur de l'OMC, l'Accord de Marrakech. Ils constituent un complément au mandat de la FAO, qui vise à améliorer le niveau de vie ainsi qu'à encourager le développement agricole durable et le développement rural. La Déclaration universelle des droits de l'homme demande aux gouvernements d'instituer, sur le plan international, un « ordre » propice à la réalisation de tous les droits humains (article 28). En ce qui a trait plus particulièrement au droit à l'alimentation, le PIDESC demande que les gouvernements adoptent les mesures nécessaires, y compris des programmes concrets, relativement aux « méthodes de production, de conservation et de distribution des denrées alimentaires », notamment par « le développement ou la réforme des régimes agraires ». Le Pacte demande également aux gouvernements de tenir compte des problèmes qui se posent « tant aux pays importateurs qu'aux pays exportateurs de denrées alimentaires » lorsqu'ils élaborent des programmes liés à la réalisation du droit à l'alimentation.
À la lumière de ces objectifs convergents, il est clair qu'une gouvernance efficace sur le plan international passe par la réalisation d'efforts de collaboration entre l'OMC, la FAO et la Commission des droits de l'homme de l'ONU dans le but de protéger et de respecter le droit à l'alimentation et de lui donner effet. Une telle collaboration donnerait certainement plus d'ampleur à des programmes individuels conçus pour réaliser des objectifs communs en matière de développement - comme par exemple les Objectifs de développement de l'ONU pour le Millénaire, qui comprennent l'élimination du problème de la faim à l'échelle mondiale.
La nature des obligations des États
« Tout en reconnaissant que le droit à l'alimentation se concrétisera de façon progressive, les États ont néanmoins l'obligation primordiale de s'assurer que la population qui relève de leur juridiction a accès au minimum d'aliments essentiels nécessaires pour qu'elle ne souffre pas de la faim. »
Caroline Dommen, 3D--Trade-Human Rights-Equitable Economy
Le Comité de l'ONU sur les droits économiques, sociaux et culturels (le Comité) s'est prononcé sur la nature des obligations qui incombent aux États au titre du PIDESC dans l'observation générale 3 (La nature des obligations des États parties) et sur les obligations nationales des gouvernements dans l'observation générale 9 (Application du Pacte au niveau national). Même si les États ne sont pas liés par les observations générales, celles-ci sont généralement considérées comme les interprétations des obligations du Pacte qui font autorité.
L'observation générale 3 indique que même si l'exercice du droit à l'alimentation, tout comme l'ensemble des autres droits économiques, sociaux et culturels, devra être assuré progressivement et en tenant compte des ressources disponibles, deux importantes obligations ayant un effet immédiat s'imposent néanmoins. La première est que les États parties s'engagent à garantir que les programmes et les stratégies conçus pour réaliser le droit à l'alimentation seront entrepris « sans discrimination ». La deuxième est qu'ils s'engagent « à agir » de façon délibérée et concrète dans un délai raisonnablement bref.
L'observation générale 9 porte plus particulièrement sur l'aspect juridique des obligations qui incombent aux États au titre du Pacte. Elle souligne l'importance de disposer de moyens de réparation afin de s'assurer que les pouvoirs publics rendent compte de leurs actes. Le Comité reconnaît devoir faire preuve d'une souplesse considérable dans son évaluation de la façon dont les gouvernements s'acquittent de leur obligation de développer des possibilités de recours judiciaire interne. Mais le Comité maintient en même temps son droit d'examiner les stratégies employées en ce sens par l'État partie à partir des rapports présentés par ces derniers, conformément à la procédure prévue par le PIDESC. De plus, il est indiqué dans l'observation générale que tout recours administratif doit être « accessible, abordable, rapide et suivi d'effets ».
L'observation générale 12, qui porte spécifiquement sur le droit à une nourriture suffisante, indique en quoi ce droit impose aux États parties trois sortes ou niveaux d'obligations : respecter et protéger ce droit et lui donner effet. Elle décrit l'obligation de donner effet comme comprenant l'obligation de faciliter l'exercice de ce droit (prendre les devants) et celle de distribuer des vivres (dans le cas de catastrophes naturelles ou autres). Cette typologie en trois volets dont fait état l'observation générale 12 constitue un cadre pour l'élaboration de politiques nationales visant la concrétisation du droit à l'alimentation.
Enfin, l'observation générale 12 aborde la dimension internationale du droit à l'alimentation, en stipulant que les États devraient « honorer leur engagement de prendre conjointement et séparément des mesures pour assurer la pleine réalisation du droit à une nourriture suffisante », et qu'ils devraient, « par voie d'accords internationaux s'il y a lieu, faire en sorte que le droit à une nourriture suffisante bénéficie de l'attention voulue ».
Le pacte « Faim zéro » entre le gouvernement et la société au Brésil : étude de cas
Bien que le Brésil soit l'un des plus importants exportateurs de denrées alimentaires et que sa constitution, adoptée en 1988, soit l'une des plus progressistes au monde pour ce qui touche à la protection des droits économiques, sociaux et culturels, il reste que plus de 22 millions de Brésiliens ne mangent pas encore à leur faim. Si le Brésil a connu une importante croissance économique, cette croissance n'a pas pour autant entraîné une réduction des inégalités en matière de revenus. Certains problèmes rencontrés dans la mise en place des programmes de redistribution continuent de faire en sorte « que les droits de l'homme ne [sont] toujours pas perçus comme concernant aussi les pauvres (3) ».
Le ministre Miguel Rosseto a décrit les efforts réalisés par le gouvernement du Brésil pour mettre en œuvre son nouveau programme « Faim zéro » (Fome Zero). Le programme donne priorité à la lutte contre la faim, la pauvreté et la malnutrition en plus de contribuer à l'amélioration de la sécurité alimentaire à long terme ainsi qu'au développement social du pays.
Le programme Faim zéro n'a pas simplement pour objectif la redistribution de nourriture, mais vise aussi une éradication du problème de la faim par l'inclusion économique et l'engagement direct de l'ensemble des citoyens (gens d'affaires, travailleurs et société civile) dans un processus de développement commun. Faim zéro a pour objectif la revitalisation du secteur agricole national composé de fermes familiales de petite ou de moyenne envergure en fournissant une aide à l'achat de produits locaux. On envisage aussi une réforme agraire, étant donné que plus de 50 % des terres arables sont entre les mains de 1 % de la population brésilienne et que 42 % de ces terres demeurent présentement inexploitées. Le programme d'action Faim zéro comprend les mesures suivantes :
- Un programme de bons alimentaires (PCA) prévoyant la distribution de bons d'achat de nourriture à toutes les familles pauvres afin de combler l'écart entre le revenu familial et le seuil de la pauvreté.
- L'établissement de banques alimentaires chargées de redistribuer les surplus des supermarchés ainsi que de soupes populaires offrant des repas au prix coûtant.
- Des initiatives ciblées pour venir en aide à différents secteurs de la population (travailleurs à faible revenu, femmes enceintes, nouvelles mères et nouveaux-nés).
- La mise en place d'un programme amélioré de repas scolaires.
Ce programme a reçu l'appui d'organismes internationaux comme la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement et la FAO. En plus de fournir une aide financière, ces organismes ont collaboré à l'élaboration des modalités du programme. La Banque interaméricaine de développement a versé un montant de 12 milliards de dollars US, auquel est venue s'ajouter une somme progressive de 6 à 10 milliards qui sera versée par la Banque mondiale sur une période de trois ans.
Les obligations internationales
« Les petits États insulaires et la plupart des pays les moins développés sont des importateurs de nourriture, et ils ont besoin d'aide pour consolider leur secteur agricole… Ce qu'il faut, c'est trouver les moyens d'en arriver à une production alimentaire adéquate et non pas trouver les moyens d'acheter de la nourriture des grands pays exportateurs. «
Gowreeshankursing Rajpati, négociateur en chef en matière d'agriculture,
gouvernement de l'Île Maurice
Afin de progresser le plus rapidement et le plus efficacement possible vers la réalisation de la sécurité alimentaire nationale dans un contexte d'interdépendance économique à l'échelle mondiale, il faut élaborer sans tarder une stratégie mondiale qui englobera les obligations des États aux échelons national et international, telles qu'elles sont décrites dans l'observation générale 12. Si l'existence du droit à un ordre international pourrait laisser croire que ce point de vue est largement accepté et appliqué, il demeure que dans la réalité, certains pays sont en mesure d'influer sur les règles et les processus internationaux, contrairement à d'autres qui ne possèdent pas ce pouvoir. Par conséquent, l'obligation d'« agir » à l'échelon international ne s'applique pas de la même façon à tous les pays en raison de leurs différents degrés de développement. Les États qui ont la chance de jouir d'une économie solide ont l'obligation particulière d'évaluer les impacts de leurs activités commerciales sur les États plus faibles. Les États dont l'économie est plus faible, quant à eux, doivent s'assurer que les accords internationaux dont ils deviennent signataires ne menacent pas la mise en œuvre des politiques nationales qu'ils ont adoptées pour pouvoir s'acquitter de leurs obligations au chapitre des droits humains.
Même si ce sont les gouvernements nationaux qui sont avant tout responsables de la promotion et de la protection des droits humains, le Consensus de Monterrey nous rappelle que « les économies nationales sont désormais en prise directe sur le système économique mondial » et que « les efforts nationaux de développement doivent pouvoir s'appuyer sur un environnement économique international favorable (4) ». Ainsi, même en se concentrant avant tout leur stratégie nationale, les États ne doivent pas perdre de vue l'importance de leurs obligations internationales découlant des effets de l'interdépendance économique et des politiques des organismes intergouvernementaux comme l'OMC.
Le rôle des droits humains dans la négociation des accords commerciaux
« Il est intolérable que les règlements internationaux, qui n'ont rien donné en matière de développement, existent encore. »
Miguel Rosseto, ministre brésilien du Développement agraire
Dans le cadre des négociations de l'OMC, le lien entre le commerce international et la sécurité alimentaire est reconnu dans le projet d'accord sur l'agriculture. En effet, celui-ci prévoit des dispositions relatives au traitement spécial et différentié, des propositions visant l'instauration de mécanismes de sauvegarde spéciaux, l'introduction d'une catégorie « produit spécial » et le retrait des exigences relatives à la réduction des tarifs douaniers pour l'ensemble des pays les moins développés. En fait, ces mesures arrivent directement dans la foulée de la quatrième rencontre ministérielle de l'OMC, qui a eu lieu à Doha, lors de laquelle les délégués s'étaient donnés comme objectifs d'établir un système de commerce plus équitable et, dans leurs relations avec les pays en développement, de « tenir compte de leurs besoins de développement, y compris en matière de sécurité alimentaire et de développement rural (5) ». De plus, les délégués à cette conférence de l'OMC ont confirmé que « les considérations autres que d'ordre commercial [seraient] prises en compte dans les négociations comme il est prévu dans l'Accord sur l'agriculture (6) ».
Or, en dépit des engagements pris à Doha, la deuxième ébauche de déclaration ministérielle soumise à l'approbation des délégués à Cancún ne s'est pas révélée à la hauteur des attentes. En effet, elle prône la poursuite de la réduction progressive des tarifs douaniers pour les pays en développement tout en donnant très peu de précisions, voire aucune, sur les délais dont disposent les pays développés pour réduire leurs politiques de soutien interne aux agriculteurs, politiques qui ont des effets de distorsion sur les échanges. Par conséquent, les pays en développement continueront de voir leur secteur agricole dévasté par la concurrence des agriculteurs des États-Unis et de l'Union Européenne, qui bénéficient tous de subventions élevées. Et cette situation, comme l'histoire l'a démontré, entraînera sûrement un accroissement du nombre de personnes déplacées dans les régions rurales, une perte de moyens de subsistance et une recrudescence de l'insécurité alimentaire.
Ce type de pratiques en matière de commerce agricole adoptées par les pays développés a eu des conséquences négatives sur un grand nombre de communautés locales un peu partout dans le monde. Or, ces communautés sont très peu en mesure de contrer les effets des distorsions commerciales sur les droits humains en raison du pourcentage élevé de leur population dont l'agriculture est la seule source de revenu, de la faiblesse générale de leur économie et, pour un grand nombre d'entre elles, de la lourdeur de la dette nationale.
Les obligations internationales dans le cadre de la typologie en trois volets
L'observation générale 12 (par. 15) stipule que « comme tous les autres droits de l'homme, le droit à une nourriture suffisante impose aux États-parties trois sortes ou niveaux d'obligation : les obligations de protéger et de respecter ce droit et de lui donner effet ». Ces obligations ne se limitent pas à la sphère nationale, mais se rapportent également aux activités et aux responsabilités des États au sein de la communauté internationale. Au paragraphe 19 de l'observation générale 12, on demande aux gouvernements d'abroger ou de suspendre toute mesure législative ou politique qui seraient « manifestement incompatibles avec les obligations juridiques préexistantes touchant le droit à l'alimentation », et on demande que chaque État « tienne compte de ses obligations juridiques internationales concernant le droit à l'alimentation lorsqu'il conclut des accords avec d'autres États ou avec des organisations internationales ».
- L'obligation qu'ont les États parties de RESPECTER « le droit de toute personne d'avoir accès à une nourriture suffisante leur impose de s'abstenir de prendre des mesures qui aient pour effet de priver quiconque de cet accès (7) ». Ainsi, ils ont le devoir de s'abstenir de soutenir toute politique ou décision qui pourrait entraver ou empêcher la pleine réalisation des droits économiques, sociaux et politiques dans d'autres pays. Ce devoir concerne non seulement les politiques adoptées par les gouvernements, mais aussi celles des organismes intergouvernementaux comme le FMI, la Banque mondiale et l'OMC. Par conséquent, les États devraient s'assurer que les accords internationaux dont ils sont signataires ne nuisent pas à la promotion et à la protection des droits humains dans leur pays et partout ailleurs dans le monde.
- L'obligation de PROTÉGER impose aux États de prendre les mesures nécessaires pour qu'aucun individu ne soit privé de l'accès à une nourriture suffisante. Les États ne laissent pas leurs obligations en matière de droits humains au vestiaire lorsqu'ils participent à des délibérations dans le cadre d'institutions multilatérales comme l'OMC. Ils doivent continuer à négocier des règles compatibles avec les obligations qui leur incombent au titre du PIDESC. Cela veut dire qu'ils doivent faire plus que simplement s'abstenir de soutenir des politiques et des programmes qui constitueraient un obstacle à l'application du PIDESC ou une violation de ses dispositions. Il faut plutôt que chaque État prenne les devants en jouant un rôle proactif. L'obligation de protéger l'accès à la nourriture suppose aussi la nécessité d'assurer une protection contre des tierces parties, comme de puissantes institutions économiques ou des sociétés transnationales.
- L'obligation de DONNER EFFET exige que les États fassent le nécessaire pour renforcer l'accès de la population aux ressources productrices de sécurité alimentaire et pour faciliter l'utilisation de ces ressources. Les États doivent donc prendre des mesures visant à limiter l'impact des distorsions des échanges commerciaux sur les secteurs agricoles de leur pays. Ils ne peuvent pas prétendre, par exemple, n'avoir aucun pouvoir décisionnel sur la teneur des accords qu'ils concluent avec d'autres États ou institutions internationales et n'être par conséquent aucunement responsables des violations du droit à l'alimentation qui pourraient en résulter. Ils doivent plutôt s'assurer que ces accords sont compatibles avec leurs obligations en matière de droits humains, dont le droit à l'alimentation.
Si l'aspect international de l'obligation de donner effet comprend aussi l'aide alimentaire, l'obligation générale 12 dit clairement que cette aide ne doit pas « avoir de répercussion néfaste sur les producteurs locaux et les marchés locaux », et qu'elle devrait être « culturellement acceptable pour la population bénéficiaire ».
L'expérience des agriculteurs, une histoire qui se répète
« Nous devons nous demander pourquoi les agriculteurs, qui vivent sur des terres fertiles et y travaillent, souffrent si souvent de la faim. «
Henry Saragih, La Via Campesina
Environ 75 à 80 % des personnes qui vivent dans des pays en développement gagnent leur vie au moyen de l'agriculture. Cela est bien loin de la situation qui prévaut au Canada, où ce pourcentage est d'environ 5 %, et aux États-Unis, où il est encore moindre. Dans les pays en développement, les agriculteurs forment la majorité des pauvres. Leurs expériences sont étonnamment similaires d'un pays à l'autre et illustrent l'impact du commerce international sur la capacité des petits fermiers des pays en développement de protéger leur gagne-pain et d'assurer leur propre sécurité alimentaire ainsi que celle de leur communauté.
Par exemple, en Jamaïque, le marché laitier a été libéralisé afin de répondre aux exigences des politiques d'ajustement structurel de la Banque mondiale. Cela a ouvert la porte aux exportations étrangères, surtout en provenance d'Europe, « où environ 4 millions d'euros par année sont consacrés à la subvention des exportations vers la Jamaïque (8) ». Le dumping européen de lait en poudre en Jamaïque (à des prix très en-deçà des coûts de production grâce aux subventions à l'exportation) a forcé les exploitants jamaïcains de fermes laitières à jeter le lait frais qu'ils n'arrivaient pas à vendre en raison de l'envahissement du marché par le lait subventionné en provenance de l'UE. De plus, le principal transformateur laitier de Jamaïque - Nestlé, société européenne - a cessé d'utiliser le lait produit localement, optant plutôt pour le lait en poudre importé, qui coûte moins cher. La société a même menacé de quitter la Jamaïque si les tarifs douaniers sur les importations étaient augmentés. Dans de telles circonstances, on peut dire que la liberté des citoyens jamaïcains de préserver leurs conditions d'existence, notamment l'accès à une alimentation adéquate, est compromise.
D'un continent à l'autre, des agriculteurs font état de tendances et de façons de faire similaires en ce qui a trait au commerce et à la sécurité alimentaire. Les témoignages suivants, provenant de fermiers vivant dans des pays en développement, illustrent ces points communs (9) :
La plus grande menace aujourd'hui, c'est le remplacement de nos produits, de nos aliments locaux par des produits d'importation bon marché… les hommes politiques pensent qu'en leur donnant accès à cette nourriture prétendument bon marché, les gens vont se tenir tranquilles. Mais ceux parmi nous qui travaillent en bas de la côte savent de quoi il en retourne. Prenez l'industrie de la volaille, par exemple. Quand nous avons entamé notre programme d'élevage ici pour produire des œufs d'incubation, l'industrie américaine a prétendu pouvoir les produire à 8 dollars la douzaine… et nos producteurs ont dit qu'ils les produiraient à 12 dollars, si bien que ce sont nos propres producteurs qui dû choisir : soit les produire pour un profit moindre, soit fermer boutique parce qu'il n'y avait aucun soutien gouvernemental. Alors ils ont fermé boutique… Si vous n'avez pas l'argent qu'il faut, vous ne pouvez pas jouer le jeu.
Mme Wendy Lee Yuen, 44 ans, Trinidad et Tobago
La menace, le pire danger, c'est l'invasion tous azimuts des produits d'importation. Nous devons concurrencer la farine de froment et le lait importés des États-Unis et d'autres pays, mais nous n'exportons pas nos produits. Et nous ne pouvons pas avoir un régime alimentaire équilibré si nous manquons des ressources nécessaires. Les produits importés détruisent nos habitudes de consommation. Avec le peu que nous avons, nous achetons des produits importés comme des spaghettis ou du lait en boîte parce qu'ils se conservent plus longtemps.
M. Everardo Orellana Villaverde, 42 ans, Pérou
Nous sommes au courant des politiques agricoles. Ce qui nous inquiète, c'est que nous ne disposons ni de la technologie nécessaire pour faire face aux politiques agricoles, ni du soutien de notre gouvernement. Nous ne croyons pas aux avantages dont nous parle l'organisation du libre-échange. La seule chose dont nous sommes sûrs, c'est l'énorme avantage que l'agro-industrie et les multinationales ont sur nous, les exploitants de fermes de taille moyenne et les petits exploitants. Il faut que le gouvernement révise ses politiques commerciales injustes.
M. Roberto Acosta Reyes, 44 ans, Honduras
J'ai été paysan toute ma vie. L'État nous aide un peu pour nous nourrir et nous vêtir. Sans les subsides de l'État, on ne pourrait pas subsister avec ce que rapporte la terre. Je n'ai pas de quoi nourrir ma famille; je dépends du gouvernement.
M. Demewez Mengesha, 39 ans, Éthiopie
Pour ce qui est du café, la concurrence vient de la compagnie Nestlé Philippines elle-même, qui possède maintenant sa propre plantation de café dans l'île de Mindanao. La concurrence des firmes transnationales est une menace terrible, pire que les typhons ou que les ravageurs. La situation ne nous porte pas à l'optimisme. Nous avons le sentiment que les choses vont encore empirer à cause des bas prix du marché et du prix élevé des intrants et des denrées de base. De plus en plus d'agriculteurs sont poussés par les circonstances à vendre leurs terres. Mais nous restons des paysans, même dans ces conditions… Pour des paysans comme nous, la terre, c'est la vie après tout…
M. Renato Alvarez, 56 ans, Philippines
L'OMC a détruit l'agriculture - les firmes étrangères sont arrivées et ont bouleversé la vie sociale des paysans. Elles ont obligé les paysans à dépendre de leurs semences à elles, plutôt que des semences locales. Les paysans ne peuvent pas faire concurrence aux produits agricoles d'autres pays. La seule solution, c'est de rejeter les politiques de l'OMC, de la Banque mondiale, du FMI, des transnationales et du gouvernement, qui ne se préoccupent pas des paysans. Ce que nous devons faire, c'est protéger le marché local et commencer à faire de l'agriculture naturelle ou biologique.
M. M. Yunus Nasution, 32 ans, Indonésie
Est-ce que les choses vont s'améliorer ? Pour nous, c'est toujours une année à la fois. Nous ne pouvons rien prédire… Les gouvernements et les ONG peuvent diriger leurs efforts pour aider les paysans. Ce sont les paysans sur qui repose le développement, mais ce sont eux qui sont les plus pauvres. Voilà le message qu'il faut transmettre, parce que ce que dit le gouvernement ne correspond pas à notre situation.
M. Adama Donigolo, 62 ans, Mali
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La justiciabilité
« À une heure de route en voiture de Jaipur… les gens n'avaient absolument rien à manger. À quelques milles de là, les godowns de la Food Corporation de l'Inde regorgeaient de grains, jusqu'à en pourrir sur place, au grand bonheur des rats. Voilà le spectre de l'Inde affamée. »
Colin Gonsalvez, avocat et directeur de la Right to Food Campaign, en Inde
La DUDH affirme clairement l'importance des recours judiciaires. On peut y lire que « toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi » (article 8). L'observation générale 9 du PIDESC indique que l'absence de recours judiciaires contre d'éventuelles violations des droits économiques, sociaux et culturels désavantagerait les groupes les plus vulnérables de la société, ce qui aurait un effet discriminatoire :
L'adoption d'une classification rigide des droits économiques, sociaux et culturels qui les placerait, par définition, en dehors de la juridiction des tribunaux serait, par conséquent, arbitraire et incompatible avec le principe de l'indivisibilité et de l'interdépendance des deux types de droits de l'homme. Elle aurait en outre pour effet de réduire considérablement la capacité des tribunaux de protéger les droits des groupes les plus vulnérables et les plus défavorisés de la société (par. 10).
L'observation générale 12 encourage également les États à mettre en place et à faire fonctionner des mécanismes permettant de suivre les progrès accomplis dans la voie de la réalisation du droit à l'alimentation; ils doivent aussi favoriser l'accès aux tribunaux ainsi que respecter et protéger le travail des commissions des droits humains ou des ombudsman, qui peuvent exiger réparation en cas de violation de ce droit. L'observation stipule que toute personne qui est victime d'une violation du droit à une nourriture suffisante « devrait avoir accès à des recours effectifs, judiciaires ou autres, aux échelons tant national qu'international » (par. 32), et que « les tribunaux seraient alors habilités à se prononcer sur les violations du contenu essentiel du droit à l'alimentation en invoquant directement les obligations découlant du Pacte » (par. 33).
Le droit à l'alimentation n'est pas simplement une question de justice sociale - il s'agit d'une prescription du droit international qui a un caractère exécutoire pour les 147 États ayant ratifié le PIDESC. L'obligation incombant aux gouvernements nationaux de fournir des outils législatifs visant à faciliter la réalisation du droit à l'alimentation constitue une composante intrinsèque d'un cadre des droits humains en matière de sécurité alimentaire. Même si quelque 20 pays ont incorporé ce droit dans leur législation nationale et même - comme c'est le cas pour l'Afrique du Sud (10) - dans leur constitution, ces moyens de protection juridiques ne servent à rien s'il n'existe aucune possibilité véritable pour la population de s'en prévaloir.
Il existe des précédents qui prouvent que la réalisation du droit à une alimentation suffisante peut être exigée par un recours judiciaire. Par exemple, dans un cas décrit par Caroline Dommen dans le cadre de son atelier, la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples a trouvé le gouvernement du Nigeria coupable de ne pas s'être acquitté des obligations lui incombant au titre du PIDESC, qui comprennent notamment le respect du droit à l'alimentation, parce qu'il n'a pris aucune mesure visant à empêcher certaines compagnies pétrolières privées de détruire les ressources alimentaires du peuple Ogoni, dans le delta du Niger. Dommen cite un passage de la décision rendue par la Commission africaine :
« La Charte africaine et le droit international exigent du Nigeria qu'il protège et améliore les ressources alimentaires existantes et qu'il s'assure que tous les citoyens aient accès à une nourriture adéquate. »
La décision de la Commission n'exige pas du gouvernement du Nigeria qu'il verse une compensation financière au peuple Ogoni pour avoir violé son droit à l'alimentation, mais elle indique clairement que ce type de violation ne doit plus se reproduire.
Litige d'intérêt public à la Cour suprême de l'Inde (11) : étude de cas
Ironiquement, la majorité des personnes qui souffrent de faim et de malnutrition vivent dans des pays qui produisent un surplus de nourriture. Ainsi, la situation de l'Inde a été qualifiée de « famine dans l'abondance ». Alors que plus de 60 millions de tonnes de surplus de céréales dorment dans les entrepôt gouvernementaux, la moitié de tous les enfants du pays sont sous-alimentés, et presque la moitié de toutes les femmes adultes souffrent d'anémie. Même lors des graves sécheresses qui ont sévi partout au pays en 2001, ce surplus de céréales n'a pas été distribué, et des millions de personnes ont été en proie à la famine ou sont mortes de faim.
Face à ce manquement du gouvernement à sa responsabilité de concrétiser le droit à l'alimentation de ses citoyens durant la sécheresse, une pétition a été déposée par la People's Union for Civil Liberties (PUCL)-Rajasthan devant la Cour suprême de l'Inde en avril 2001 contre la Union of India, l'ensemble des gouvernements d'États et la Food Corporation of India (FCI).
Depuis lors, des audiences sur le droit à l'alimentation (pas seulement pour les cas de sécheresse) se tiennent à la Cour suprême de l'Inde à intervalles réguliers. Lors de l'audience du 23 juillet 2001, la Cour a fait état de récents décès attribuables à la famine et reconnu la gravité de la situation ainsi que le caractère très répandu de l'insécurité alimentaire, puis a dénoncé la FCI pour n'avoir pas distribué les grains aux personnes nécessiteuses. En plus d'exprimer ses préoccupations pour les groupes les plus vulnérables (les personnes âgées ou handicapées) et les États les plus touchés par la famine galopante, la Cour a insisté pour dire que la distribution de nourriture gratuite devrait s'accompagner de solutions à long terme pour favoriser l'accès des populations à la nourriture.
La Cour a émis d'importantes « ordonnances provisoires » donnant force de loi à huit programmes touchant la sécurité alimentaire et la sécurité sociale, et demandé au gouvernement central ainsi qu'aux autorités des États de protéger le droit à l'alimentation par les mesures suivantes :
- Une mise en œuvre efficace de tous les programmes relatifs à l'alimentation.
- La distribution de repas cuisinés à midi à tous les enfants qui fréquentent les écoles gouvernementales.
- La réforme et l'expansion du système de distribution public, ce qui comprend la distribution de céréales à toutes les familles dans le besoin sur une base régulière, conformément aux directives officielles.
- La mise en place de programmes vivres contre travail dans toutes les régions touchées par la famine.
- L'établissement de bilans sociaux dans le cadre de divers programmes liés à la distribution de nourriture ou à l'emploi.
- L'adoption de mesures spécifiques pour sensibiliser le public à l'existence de ces programmes et pour en assurer la transparence.
La Cour a prévu un calendrier pour l'application de ces mesures et demandé aux intimés de présenter des rapports de conformité. Pour inciter les intimés à se conformer aux décisions, des commissaires spéciaux de la Cour ont été nommés afin d'aider à contrôler la mise en application des ordonnances; ces commissaires seront assistés par la société civile, qui constituera en quelque sorte leurs yeux et leurs bras.
Depuis, les problèmes entourant le droit à l'alimentation ont commencé à prendre plus de place dans le domaine public. Conséquence directe des ordonnances de la Cour suprême et de la pression exercée par le public et les médias, de nombreux États de l'Inde se sont mis à offrir des repas cuisinés à midi dans les écoles. Face aux réticences manifestées par certains gouvernements d'États dans la mise en application des ordonnances de la Cour, des poursuites ont été intentées auprès de tribunaux de grande instance, et des équipes d'inspection et de contrôle (secteur public, secteur privé, ONG) ont été mises sur pied dans les régions concernées.
Conclusion
Étant donné que le droit à l'alimentation fait partie du droit international, il devrait constituer un outil efficace de lutte contre la faim pour les États et leurs citoyens, tant au pays qu'à l'étranger. Rappelons-nous que même si la planète produit d'ores et déjà « de la nourriture en quantité plus que suffisante pour offrir un régime alimentaire adéquat à toute l'humanité », il y a dans le monde 840 millions de personnes sous-alimentées, et 6 millions d'enfants de moins de cinq ans périront cette année des conséquences de la faim et de la malnutrition (12). Clairement, le défi ne consiste pas à accroître la production alimentaire. Le problème tient plutôt à l'absence de volonté politique de mettre fin à ce que le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, a appelé un « génocide silencieux ».
Les Directives constituent une étape importante dans l'élaboration d'approches pratiques visant la concrétisation du droit à l'alimentation. Elles serviront de guide aux gouvernements qui cherchent à s'acquitter de leurs obligations. Cependant, elles ne doivent pas se substituer aux obligations déjà existantes auxquelles les États sont tenus de se conformer en vertu de leur adhésion au PIDESC. Bien qu'appliquées sur une base volontaire, elles doivent être conçues comme faisant partie intégrante du cadre du droit international.
Comme nous le rappelait Stuart Clark de la Canadian Foodgrains Bank en conclusion de son atelier, notre époque marquée par la mondialisation a produit un langage commun touchant l'activité économique. Toutefois, nous sommes toujours à la recherche d'une vision et d'un langage communs en ce qui a trait à l'élaboration de politiques sociales.
La diversité des cultures qui peuplent notre monde se reflète dans les nombreuses approches nationales et régionales en matière de développement humain. Dans ce contexte, la série d'instruments relatifs aux droits humains pourrait constituer un cadre commun pour la gouvernance mondiale, sur les plans tant social qu'économique, en s'appuyant sur le consensus atteint en 1993 à Vienne, lorsque 171 gouvernements ont déclaré que leur responsabilité première était la promotion et la protection des droits de la personne. L'élaboration des Directives constitue un petit pas dans cette direction. Notre défi consiste à en faire profiter l'humanité tout entière.
Concrétiser le droit à une alimentation suffisante : obligations des États et commerce international des produits agricoles
Hôtel Sierra, Cancún, Salle 10a
Le 11 septembre de 9 h à midi
- Mot de bienvenue
Jean-Louis Roy, président
Droits et Démocratie
- Présentation du Groupe de travail intergouvernemental sur le droit à l'alimentation
Hartwig de Haen, sous-directeur général
Département économique et social, FAO
- Présentation du PIDESC, nature des obligations des États et mise en œuvre du Pacte à l'échelle nationale
Caroline Dommen, directrice
3D-Trade-Human Rights-Equitable Economy
- Définition du droit à l'alimentation et nature des obligations internationales en vertu du PIDESC
Renate Schüssler, directrice de la formation et de l'éducation
FIAN International
- L'impact du commerce sur la mise en œuvre du droit à l'alimentation dans les pays en développement
Henry Saragih, président, Comité des droits humains
Via Campesina
- Discussion
- Le droit fondamental à des recours effectifs et la justiciabilité du droit à l'alimentation
Colin Gonsalvez, avocat et directeur exécutif
Socio-Legal Information Centre, Right to Food Campaign, Inde
- Le rôle des droits de la personne dans la négociation d'accords commerciaux
Miguel Rosseto, ministre du Développement agraire, Brésil
Gowreeshankursing Rajpati, négociateur en chef en matière d'agriculture, délégation de l'Île Maurice à l'OMC
- Droits de la personne et justice dans les accords sur le commerce des produits agricoles
Stuart Clark, principal conseiller en politiques
Canadian Foodgrains Bank
- Discussion
- Conclusion
Biographies des conférenciers
Stuart Clark est principal conseiller en politiques à la Canadian Foodgrains Bank. Au cours des 25 dernières années, il a travaillé à des questions liées à l'alimentation et au développement en Asie et en Afrique. Il œuvre aujourd'hui dans les domaines des droits humains, des échanges commerciaux et des politiques d'aide.
Hartwig de Haen est présentement sous-directeur général et chef du Département économique et social de la FAO. Avant de joindre les rangs de l'Organisation, il a occupé le poste de doyen de la Faculté d'agriculture à l'Université de Göttingen, en Allemagne. M. de Haen a également siégé à titre de président d'un groupe de conseillers scientifiques lié au ministère fédéral de la Coopération et du Développement économiques.
Caroline Dommen est une avocate et une experte en matière de commerce international et de droits humains. Elle a beaucoup écrit sur le sujet et a récemment fondé le groupe 3D-Trade-Human Rights-Equitable Economy, à Genève. Caroline est l'auteur d'un livre à paraître intitulé Trading Rights? Human Rights and the World Trade Organization (London, New York, Zed Books, 2004).
Colin Gonsalvez est avocat à la Cour suprême de l'Inde, à Delhi. Il est également responsable du Human Rights Law Network, directeur exécutif du Socio-Legal Information Centre et membre de la Right to Food Campaign en Inde. Colin est aujourd'hui un avocat prolifique qui traite près de 100 causes d'intérêt public chaque année.
Henry Saragih est président du Comité des droits humains de La Via Campesina. Il est membre de la Fédération des syndicats paysans indonésiens (FSPI), qui est l'organisme de coordination des activités de La Via Campesina dans les régions du nord et du sud-est de l'Asie.
Gowreeshankursing Rajpati est négociateur en chef en matière d'agriculture au sein de la délégation de l'Île Maurice à l'OMC ainsi que directeur exécutif (depuis 1986) de la Mauritius Sugar Authority (MSA). Depuis 1987, il a également fait partie de la délégation de l'Île Maurice à diverses négociations entre l'UE et les pays ACP portant sur la mise en œuvre et le renouvellement des traités sur le commerce ACP-UE (Lomé III, Lomé IV, Lomé IVbis et Cotonou).
Miguel Rosseto est ministre du Développement agraire au Brésil et membre de la section brésilienne du réseau de solidarité constitué du Groupe socialiste international (USFI) et de Démocratie socialiste (DS).
Renate Schüssler est directrice de la formation et de l'éducation à FIAN International. Elle est titulaire d'une maîtrise en études interculturelles et en pédagogie. Elle a travaillé pour la German Development Cooperation Agency au Pérou et en Allemagne.
Notes
1) Le droit à l'alimentation est énoncé à l'article 25(1) de la DUDH ainsi qu'à l'article 11 du PIDESC, lequel reconnaît « le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu'à une amélioration constante de ses conditions d'existence ». Retour
2) Objectifs de développement de l'ONU pour le Millénaire. La totalité des 191 États membres de l'ONU se sont engagés à atteindre ces objectifs d'ici l'année 2015. Retour
3) Conseil économique et social. Droits économiques, sociaux et culturels : Le droit à l'alimentation - Mission au Brésil. Rapport soumis par le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, M. Jean Ziegler, conformément à la résolution 2000/10 de la Commission des droits de l'homme. E/CN.4/2003/54/Add.1 (3 janvier 2003), p. 2. Retour
4) Article 6, Consensus de Monterrey de la Conférence internationale sur le financement du développement, Monterrey, Mexique, 18-22 mars 2002, Nations Unies : A/CONF.198/11. Retour
5) Paragraphe 13 de la Déclaration ministérielle, Conférence ministérielle de l'OMC, Doha, 2001. Adoptée le 14 novembre 2001 (WT/MIN(01)/DEC/1). Retour
6) Ibid. Retour
7) Observation générale 12, par. 15. Retour
8) London et Sterling, Making Global Trade Work for People, Virginie, Earthscan Publications Ltd., 2003, p. 121. Retour
9) Pour consulter le document d'où proviennent les entrevues, voir Lauren Posner, Récoltes inégales : le commerce international et le droit à l'alimentation vus par les agriculteurs, Droits et Démocratie, 2001. Retour
10) Les autres sont notamment le Bangladesh, la Colombie, le Malawi et l'Ukraine. En Afrique du Sud, on a fait appel au Tribunal constitutionnel ainsi qu'à la Commission des droits de l'homme pour assurer le respect du droit au logement, ce qui a ouvert la porte à l'emploi de procédures similaires pour assurer la concrétisation d'autres droits économiques et sociaux, en particulier le droit à l'alimentation. Retour
11) « Right to Food in India Campaign ».
Note : Ce cas se fonde sur l'affirmation du droit à la vie consacré au titre de la constitution nationale de l'Inde. Cet article de la constitution nationale, toutefois, s'inspire directement du droit international relatif aux droits humains.
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12) FAO, L'état de l'insécurité alimentaire dans le monde 2002, « Avant-propos ». Retour
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